Avant de frotter quoi que ce soit, il faut savoir ce que l’on tient. Sur de l’argent massif, un polissage occasionnel est sans conséquence : le métal est massif de part en part. Sur du métal argenté, la couche d’argent est un film déposé sur une âme de maillechort, et chaque polissage en consomme une part définitive.
Le seul critère fiable : le poinçon
Une pièce d’argent massif française porte deux empreintes : un poinçon de garantie de l’État, et un poinçon de maître en losange, qui contient les initiales du fabricant et un symbole personnel. Un poinçon ovale désigne un importateur.
Le métal argenté ne porte jamais de poinçon d’État. Il porte la marque du fabricant et, très souvent, un carré ou un rectangle contenant un chiffre : 33, 60, 84, 100. Ce chiffre est un grammage — la quantité d’argent fin déposée sur un service de douze couverts. Le 84 grammes est le plus répandu.
Cherchez ces marques au dos des manches, sous le pied, sur le rebord d’un plateau, à l’intérieur d’un couvercle. Elles sont souvent minuscules : une loupe et une lumière rasante valent mieux que de la patience.
Les poinçons d’État qu’on rencontre
- La Minerve — le plus courant depuis 1838. Un chiffre 1 derrière la nuque désigne le premier titre, un chiffre 2 devant le cou le second titre, à 800 millièmes.
- Le vieillard — période 1819-1838, deux profils selon le titre.
- Le coq — période révolutionnaire et Empire.
- La tête de sanglier et la tête de crabe — les menus ouvrages. Le sanglier pour Paris, le crabe pour la province.
- Le cygne — ouvrages d’occasion ou d’origine indéterminée, garantis à 800 millièmes au minimum.
Une précision d’honnêteté : les sources se contredisent sur le titre exact du premier titre — 950 ou 925 millièmes — et sur les dates précises d’emploi de la tête de sanglier et de la tête de crabe. Nous ne trancherons pas ici. Pour une pièce dont la valeur est en jeu, un expert lit un poinçon en quelques secondes.
Le test à l’aimant ne sert à rien — et on le recommande partout
L’argent n’est pas magnétique, c’est exact. Mais le maillechort, l’alliage de cuivre, de zinc et de nickel qui constitue l’âme de la quasi-totalité du métal argenté, ne l’est pas davantage. Un aimant qui ne tient pas ne prouve donc rien du tout : il permet seulement de repérer une âme en fer. Ce conseil circule partout ; il est faux dans le seul cas où on en a besoin.
Les indices secondaires
- Les mentions littérales : « métal blanc », « métal argenté », « alfénide », « ruolz », ou le sigle anglais EPNS. Toutes désignent du métal argenté.
- L’usure aux arêtes. Un ton rosé ou jaune sur le dos des cuillères, la pointe des dents de fourchette, les filets d’un plateau : l’argenture est percée et l’âme apparaît. C’est un métal argenté, et il ne faut plus le polir.
- Les marques de maison. Christofle a utilisé une balance jusqu’aux années 1930, puis un cavalier d’échecs. Une tête de chat signale une pièce réargentée par la maison.
Ce que cela change concrètement
Sur un métal argenté, on bannit les bains chimiques et on réduit le polissage au strict nécessaire. Là où l’argenture est déjà percée, une solution alcaline chaude attaque l’âme mise à nu et s’infiltre sous le film d’argent par capillarité : il cloque et se décolle. Une pièce très usée relève de la réargenture — un travail d’atelier, à mettre en balance avec la valeur de l’objet.
Le principe est exactement celui du bronze doré, où la dorure au mercure ne fait qu’une pellicule extrêmement mince : dans les deux cas, ce qui fait la valeur de l’objet est un film que le frottement emporte, et qui ne revient pas.
Une fois la matière identifiée, la marche à suivre est ici : nettoyer l’argenterie sans l’abîmer.
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