Le canneur-rempailleur refait les assises et les dossiers de sièges avec des fibres végétales : du rotin refendu pour le cannage, de la paille de seigle, du jonc ou de la cellulose pour le paillage. C’est un métier d’atelier, discret, largement tourné vers la réparation : la majorité du travail consiste à redonner une assise à des chaises que leurs propriétaires ne veulent pas jeter. Cette page décrit ce que recouvre exactement le métier, comment reconnaître un cannage fait main d’un cannage en feuille collée, ce qui fait le prix d’une réfection, comment entretenir une assise tressée sans l’abîmer, et par quelles voies on apprend un savoir-faire qui se transmet surtout devant l’établi.
Cannage, paillage, garnissage : trois métiers que l’on confond
C’est la première question que se posent les propriétaires de chaises anciennes, et c’est celle qui détermine l’artisan à qui confier le siège.
Le cannage
Le cannage est un tressage de canne de rotin refendue, passée dans une série de trous percés dans le bâti du siège. Le rotin est une liane tropicale : on en refend l’écorce en brins d’épaisseurs différentes, du plus fin pour les passages serrés au plus large pour la bordure. Le repère est simple : si le pourtour de l’assise est percé de petits trous réguliers, le siège est destiné au cannage. Le motif classique, en nid d’abeille hexagonal, naît de la superposition ordonnée de brins : c’est le cannage « en six temps », six passes successives — deux séries verticales, deux séries horizontales, puis deux diagonales croisées — chacune posée dans un ordre qui ne se rattrape pas si on l’intervertit. La bordure vient ensuite masquer les trous, maintenue par des chevilles ou par un brin de cannage cousu.
Le paillage, ou rempaillage
Le paillage ne perce rien. L’artisan tord des torons — paille de seigle, jonc, parfois cellulose torsadée — et les enroule autour des traverses du siège, en tournant autour du cadre jusqu’à fermer l’assise. Le dessin obtenu est le plus souvent une assise en quatre triangles convergeant vers le centre. Un siège rempaillé a donc un bâti lisse, sans trous, avec des traverses apparentes que la paille vient enrober. Le rempaillage se rencontre sur les chaises paysannes, les chaises de cuisine, une grande partie du mobilier régional ; le cannage se rencontre plutôt sur le mobilier de style, du siège Louis XV aux chaises bistrot en bois courbé.
Le garnissage du tapissier
Le garnissage, lui, n’appartient pas au canneur-rempailleur : il relève du tapissier, qui monte sangles, ressorts, crins, toiles et tissu de couverture sur un bâti plein. Un fauteuil rembourré part chez le tapissier-décorateur ; une chaise à trous ou à traverses nues part chez le canneur-rempailleur. Beaucoup de sièges anciens combinent les deux, avec un dossier canné et une assise garnie : c’est fréquent sur les sièges de style, comme le montre le cas d’une chaise Louis XV recouverte d’un tissu usé.

Cannage main ou cannage en feuille : comment faire la différence
C’est la distinction qui pèse le plus sur le prix d’une réparation, et elle se lit à l’œil nu, en retournant le siège.
- Le cannage main : chaque brin est passé un par un dans les trous du bâti. En regardant le pourtour, on voit les trous, occupés par les brins, puis recouverts par une bordure et de petites chevilles de bois. Sous l’assise, le dessous du tressage est visible et les brins repassent d’un trou à l’autre.
- Le cannage en feuille (dit aussi cannage machine ou cannage en rouleau) : le tressage est acheté déjà fait, en nappe, puis collé dans une rainure creusée en périphérie de l’assise et bloqué par une baguette de rotin enfoncée dans cette rainure. Pas de trous : une gorge continue. C’est infiniment plus rapide à poser, beaucoup moins coûteux, et c’est ce que l’on trouve sur le mobilier industriel et sur la plupart des sièges contemporains en cannage.
Un siège percé de trous ne se répare pas correctement avec une feuille collée : il faudrait creuser une rainure, donc mutiler le bâti et faire perdre au meuble son authenticité. À l’inverse, un siège rainuré ne se canne pas à la main sans le percer. La règle est donc simple : on refait un siège avec la technique pour laquelle il a été conçu. Si un atelier vous propose de coller une feuille sur une chaise ancienne à trous, ou de reboucher les trous pour poser une nappe, changez d’atelier.
Ce point commande aussi le budget : un cannage main est une longue opération manuelle, un cannage en feuille est une pose. La différence de temps se retrouve intégralement dans le devis, et c’est normal. La même logique vaut pour l’ensemble du mobilier ancien : les méthodes éprouvées par les ébénistes sont une bonne grille de lecture pour comprendre pourquoi une réfection dans les règles coûte davantage qu’un dépannage.
L’état des lieux avant intervention
Avant de parler technique ou budget, un artisan sérieux examine le siège, et pas seulement l’assise. Trois points comptent.
- Les trous du bâti. Ils s’usent, s’ovalisent, s’écaillent au bord, parfois se rejoignent quand le bois s’est fendu entre deux perçages. Un trou éclaté ne tient plus le brin : il faut le reboucher au tourillon puis le repercer proprement avant de canner. Sur un siège rainuré, c’est l’état de la gorge et de la baguette qui compte.
- Le bois autour de l’assise. Une traverse fendue, un assemblage qui joue, un tenon décollé, une attaque d’insectes : tout cela se traite avant la réfection de l’assise, sinon le cannage neuf travaillera sur un bâti instable et cédera. Ce recollage relève souvent d’un ébéniste ou d’un restaurateur de sièges, et c’est une intervention distincte du cannage lui-même — le principe est le même que pour rénover une chaise ancienne dans les règles.
- La teinte et la finition. Le rotin neuf est clair ; il fonce naturellement en vieillissant. Sur un siège dont le bois est patiné, un cannage neuf tranchera pendant quelques années : c’est un fait, pas un défaut. La question de la teinte se pose au moment du devis, avec l’artisan, et non après coup. La reprise de finition du bois, quand elle est souhaitée, est également un poste à part.
Si vous hésitez à faire réaliser le travail ou à vous y essayer, l’arbitrage est le même que pour toute assise : la comparaison entre refaire une chaise soi-même ou la confier à un professionnel dépend surtout de la valeur du siège et de la technique d’origine.
Ce qui fait le prix d’une réfection
Aucun devis sérieux ne se donne au téléphone sans avoir vu le siège. En revanche, les critères qui font varier le prix sont toujours les mêmes, et il est légitime de demander à un atelier de les détailler.
- La technique : cannage main, cannage en feuille, paillage. C’est le premier facteur, et de loin.
- Le nombre de trous et leur diamètre : plus les trous sont nombreux et fins, plus le tressage est serré, plus le temps de travail augmente. Un dossier finement percé peut demander autant d’heures qu’une assise.
- Le motif : le nid d’abeille classique, un cannage à motif particulier, un décor ou un rayonnage ne représentent pas le même travail.
- La surface et la forme : une assise droite, une assise galbée, un dossier cintré, un accotoir n’engagent pas la même difficulté.
- La dépose de l’ancien : retirer un vieux cannage, nettoyer chaque trou des résidus de chevilles et de colle, dégager une rainure encollée. C’est un temps réel, souvent sous-estimé.
- L’essence et l’état du bâti : reboucher, repercer, recoller, consolider. Ces travaux préparatoires se chiffrent séparément de l’assise.
- La matière : rotin, paille de seigle, jonc, cellulose ; la qualité et la largeur des brins entrent dans le calcul.
- Le transport : un siège doit venir à l’atelier et y repartir. Pour un lot de six chaises, la logistique compte autant que le reste.
Demandez un devis écrit qui distingue la réfection de l’assise, les reprises de bâti et l’éventuelle finition. C’est le seul moyen de comparer deux propositions. Si vous cherchez un professionnel près de chez vous, la même démarche que pour tout meuble ancien s’applique : privilégiez un atelier qui accepte de voir le siège et d’expliquer ses choix.
Entretenir un cannage ou un paillage
Une assise tressée est une matière végétale vivante. Elle bouge avec l’air ambiant et elle casse aux chocs. L’entretien tient en quelques principes, tous négatifs : ce qu’il faut éviter compte plus que ce qu’il faut faire.
- Un cannage se détend avec la sécheresse. Chauffage fort, radiateur proche, air très sec : l’assise fatigue et prend du ventre. Une humidité relative raisonnable dans la pièce suffit à la préserver.
- On ne s’assoit pas sur un cannage détendu. Une assise qui creuse est une assise qui va rompre ; chaque usage supplémentaire abîme les brins et, pire, agrandit les trous du bâti.
- Un cannage ne se répare pas au point par point ni à la colle forte. Recoller des brins cassés, glisser un renfort, boucher un trou avec de la colle : on encrasse le bâti, on rend la réfection future plus longue et plus chère, et la réparation lâche de toute façon. Quand plusieurs brins ont cédé ou que l’assise est déformée, on refait l’assise entière plutôt que de rapiécer.
- On ne vernit pas un cannage. Le vernis rigidifie les brins, qui cassent net au lieu de fléchir, et il vire avec le temps. De même, pas de produit gras, pas d’huile, pas de cire sur les fibres.
- Jamais de trempage. Pas de siège lavé au jet, pas d’assise détrempée « pour la retendre » : l’eau gonfle les fibres, fait travailler le bâti et laisse des auréoles. Un dépoussiérage régulier à la brosse douce, en suivant le sens du tressage, est l’entretien courant.
- Protégez des chocs et du soleil direct. Un talon, un coin de meuble, une exposition permanente derrière une vitre : ce sont les trois causes les plus banales de casse et de décoloration.
Ces réflexes rejoignent la ligne de conduite générale du mobilier ancien : entretenir sans abîmer, en faisant le moins possible vaut aussi bien pour une assise tressée que pour un plateau ciré.
Se former au cannage et au paillage
Il faut le dire franchement : le cannage et le paillage ne disposent pas d’une filière scolaire nationale comparable à celle de l’ébénisterie ou de la tapisserie d’ameublement. C’est un métier rare, exercé par un nombre restreint d’ateliers, et sa transmission passe d’abord par la pratique auprès d’un professionnel installé. Plutôt que de citer un diplôme qui n’existerait pas ou dont l’offre serait fermée, mieux vaut décrire les voies réellement empruntées.
- L’apprentissage en atelier : c’est la voie principale. Stage, immersion, période de compagnonnage informel auprès d’un canneur-rempailleur installé. Le geste s’acquiert par la répétition ; personne n’apprend à canner en six temps dans un livre.
- Les stages et la formation continue : des ateliers, des associations de sauvegarde des savoir-faire et des organismes de formation proposent des sessions courtes, de quelques jours à quelques semaines, souvent centrées sur une technique précise. C’est la porte d’entrée la plus courante pour les adultes.
- Une base « bois » ou « siège » : beaucoup de canneurs-rempailleurs viennent de la tapisserie d’ameublement, de la restauration de sièges ou du travail du bois, puis se spécialisent. Se renseigner sur les formations aux métiers d’art voisins reste utile pour comprendre le paysage des parcours possibles.
- Les organismes ressources : l’Institut pour les savoir-faire français (l’ancien INMA) recense les métiers d’art et les parcours ; les Chambres de métiers et de l’artisanat accompagnent l’installation ; les Compagnons du Devoir forment aux métiers du bois et du siège.
Pour une reconversion, la logique est celle de tous les métiers manuels rares : valider le geste avant d’investir. Un stage court, puis une immersion en atelier, puis la décision. Les repères réunis dans le parcours de reconversion vers l’artisanat d’art et dans les formations aux métiers d’art pour adultes en reconversion valent pleinement ici, et le cannage figure régulièrement parmi les métiers d’art rares qui recrutent en France.
S’installer : atelier, clientèle et modèle économique
Le travail à la place
Le canneur-rempailleur facture le plus souvent « à la place » : une assise, un dossier, une place de siège. Cette unité de compte structure tout le métier. Elle rend le devis lisible pour le client, elle permet de chiffrer un lot de chaises, et elle oblige l’artisan à connaître très précisément son temps de travail par typologie de siège. C’est le point qui sépare un atelier rentable d’un atelier qui travaille à perte : savoir combien d’heures coûte réellement chaque type d’assise.
Deux clientèles
La première est celle des particuliers : chaises de famille, mobilier hérité, lots de six chaises de salle à manger. Elle est fidèle, sensible à l’explication et au conseil, mais elle arrive lentement et par le bouche-à-oreille. La seconde est celle de la sous-traitance : antiquaires, tapissiers, brocanteurs, restaurateurs de meubles, salles des ventes, décorateurs. Elle apporte du volume régulier, elle sait ce qu’elle achète, mais elle négocie les prix et impose des délais. La plupart des ateliers vivent d’un équilibre entre les deux.
Délais et logistique
Deux contraintes matérielles reviennent toujours. Les délais d’abord : un cannage main prend du temps, les sièges s’accumulent, et il faut annoncer un délai honnête plutôt qu’un délai qui plaît. Le transport ensuite : les sièges sont encombrants, fragiles une fois l’ancienne assise déposée, et il faut de la place de stockage. Un atelier accessible, un véhicule adapté et une zone de dépôt claire font partie de l’outil de travail au même titre que les brins de rotin.
Le cadre administratif
Comme tout artisan, le canneur-rempailleur choisit une forme juridique, s’immatricule et déclare son activité. Le choix entre micro-entreprise et société dépend du volume, des achats de matière et du projet de développement : les critères sont détaillés dans le comparatif des statuts juridiques de l’artisan d’art. Sur le fond du modèle économique — prix, clientèle, régularité du chiffre —, le pilier vivre de son métier d’art reste la référence, et le guide de l’artisan d’art rassemble les repères pratiques de l’installation.
Se rendre visible
Un métier rare a un problème simple : les clients ne savent pas qu’il existe près de chez eux. Des photos « avant/après » nettes, une page qui explique la différence entre cannage main et cannage en feuille, une zone d’intervention explicite et un moyen de contact clair suffisent à capter une recherche locale. C’est exactement le rôle d’un site vitrine d’artisan bien construit : être trouvé par celui qui cherche « canneur » dans sa ville, et le rassurer avant même le premier appel.
Questions fréquentes sur le cannage et le rempaillage
Quelle différence entre cannage et paillage ?
Le cannage est un tressage de rotin refendu passé dans des trous percés dans le bâti du siège ; le paillage, ou rempaillage, consiste à enrouler des torons de paille de seigle, de jonc ou de cellulose autour des traverses, sans aucun perçage. Un bâti percé de petits trous réguliers appelle un cannage ; un bâti lisse à traverses apparentes appelle un paillage.
Comment reconnaître un cannage fait main d’un cannage en feuille ?
Retournez le siège et regardez le pourtour de l’assise. Des trous occupés par des brins, recouverts d’une bordure et de chevilles : c’est un cannage main. Une rainure continue dans laquelle une nappe de cannage est collée et bloquée par une baguette : c’est un cannage en feuille, beaucoup plus rapide à poser et bien moins coûteux.
Peut-on réparer seulement les brins cassés ?
Non. Un cannage ne se répare ni au point par point ni à la colle forte : la reprise lâche, encrasse le bâti et rend la réfection suivante plus longue. Quand plusieurs brins ont cédé ou que l’assise s’est creusée, on refait l’assise entière.
Que faire quand un cannage se détend ?
On cesse de s’asseoir dessus. Un cannage détendu se rompt à l’usage et agrandit les trous du bâti. Le détendage vient le plus souvent d’un air trop sec : une humidité relative raisonnable dans la pièce ralentit le phénomène, mais elle ne rattrape pas une assise déjà déformée.
Comment entretenir une assise cannée ou paillée ?
Un dépoussiérage à la brosse douce dans le sens du tressage, à l’écart d’un radiateur et du soleil direct. Jamais de trempage ni de lavage au jet, jamais de vernis, jamais de produit gras ni d’huile : ces produits rigidifient ou encrassent les fibres, qui cassent au lieu de fléchir.
Qu’est-ce qui fait varier le prix d’une réfection ?
La technique d’origine (main ou feuille), le nombre et le diamètre des trous, le motif, la forme et la surface de l’assise, la dépose de l’ancien tressage, les reprises éventuelles du bâti et de son essence, la matière employée et le transport des sièges. Un devis écrit doit distinguer l’assise, la reprise du bois et la finition.
Faut-il un diplôme pour devenir canneur-rempailleur ?
Il n’existe pas de filière scolaire nationale largement diffusée pour ce métier rare : la transmission se fait surtout en atelier, par l’apprentissage auprès d’un professionnel installé, complété par des stages et de la formation continue. Beaucoup de canneurs-rempailleurs viennent de la tapisserie d’ameublement, de la restauration de sièges ou du travail du bois.
En résumé
Le canneur-rempailleur est d’abord un réparateur de sièges. Son travail commence par un diagnostic — trous, bâti, teinte —, se poursuit par le choix de la technique d’origine du meuble, et se juge à la durée de vie de l’assise refaite. Pour le propriétaire d’une chaise ancienne, l’essentiel tient en trois réflexes : identifier si le siège est percé ou rainuré, ne rien recoller soi-même, et cesser d’utiliser une assise détendue. Pour qui veut exercer, le chemin passe par l’atelier plus que par l’école, et la réussite tient autant au geste qu’à la maîtrise du temps de travail à la place.
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