Le malletier est l’artisan qui fabrique et restaure des malles, des bagages rigides et des coffrets : il construit une caisse, la recouvre de toile ou de cuir, la renforce, la ferme et l’aménage à l’intérieur. Le métier figure sous le nom « Malletier » dans le domaine Cuir de la liste des métiers d’art fixée par l’arrêté du 24 décembre 2015, avec une spécialité rattachée, le layetier — voir le panorama des 281 métiers d’art et la page consacrée aux métiers d’art du cuir. (Intitulé et domaine repris de la fiche de l’Institut pour les Savoir-Faire Français ; le texte de l’arrêté n’a pas pu être consulté directement sur Légifrance au moment de la rédaction, à vérifier sur legifrance.gouv.fr, JORFTEXT000031941949.)
Le malletier n’est ni un maroquinier ni un gainier. Le maroquinier travaille surtout des objets souples : sacs, portefeuilles, ceintures. Le gainier recouvre de petits supports rigides pour en faire des écrins et des étuis. Le malletier, lui, fabrique un objet porteur, qui doit voyager, encaisser des chocs et durer. L’Institut pour les Savoir-Faire Français résume la chose ainsi : le métier emprunte à l’ébénisterie, à la menuiserie, à la sellerie et à la maroquinerie. Il travaille autant le bois et le métal que le cuir.
Cette page décrit le travail d’atelier, ce qu’on commande aujourd’hui à un malletier, les métiers avec lesquels on le confond, les formations qui existent réellement — dont un diplôme d’État tout récent — et ce qu’on peut dire, ou non, des revenus.
Ce que fait un malletier au quotidien
Les fiches de l’Institut pour les Savoir-Faire Français et de l’Observatoire Compétences Industries décrivent les mêmes grandes étapes. Une malle se construit de l’intérieur vers l’extérieur :
- Concevoir et tracer. Le malletier dessine l’objet, établit les patrons à la main ou en dessin assisté par ordinateur, et réalise si besoin un prototype. Pour une pièce sur mesure, tout part de ce qu’elle doit contenir.
- Construire la structure. La caisse et le couvercle sont montés, le plus souvent en bois. C’est la partie « menuiserie » du métier : débit, assemblage, ajustage du couvercle sur la caisse.
- Habiller. La structure est recouverte de toile enduite, de cuir ou d’un autre matériau, collé et tendu. Les fiches citent aussi des matériaux récents : l’Institut mentionne le Corian (une résine minérale).
- Renforcer. Bordures, coins et protections sont posés sur les arêtes. Selon les modèles, ils sont en cuir, en métal ou en fibre vulcanisée (souvent appelée « lozine » dans les ateliers — terme d’usage, absent des fiches officielles consultées). L’assemblage passe par la couture, le rivetage ou le clouage.
- Poser les ferrures. Serrures, fermoirs, charnières, poignées : c’est ce qui fait qu’une malle s’ouvre, se ferme et se porte.
- Garnir et aménager. L’intérieur reçoit une doublure textile ou cuir, et souvent des plateaux, compartiments, sangles ou tiroirs.
- Finir et contrôler. Teinture et lissage des tranches, marquage à chaud, gravure d’initiales, contrôle de la fermeture et de l’aplomb.
L’outillage suit cette diversité : outils de menuisier pour la caisse, couteaux, pinces et outils de parure pour le cuir, machine à coudre, outils de pose pour les rivets et les clous. L’Observatoire Compétences Industries insiste sur une contrainte souvent oubliée : les pièces sont encombrantes et lourdes à manipuler. Le métier demande donc de la précision et une certaine condition physique.
Ce qu’un malletier fabrique ou restaure aujourd’hui
La malle de voyage n’est plus le cœur du marché : on ne voyage plus en paquebot avec une malle-cabine. Les commandes se répartissent aujourd’hui en trois familles.
- Les pièces sur mesure. Une malle ou un coffret conçu pour un objet précis : une collection de montres, des bouteilles, du matériel photo, un instrument, de l’argenterie. L’aménagement intérieur fait l’essentiel du travail de conception.
- Les bagages rigides et coffrets de série limitée. L’Observatoire Compétences Industries cite les malles, les nécessaires de voyage, les coffrets à bijoux, les boîtes à chapeau et les bagages rigides, en fabrication unitaire ou en petite série.
- La restauration de malles anciennes. Malles de famille, malles-armoires, malles de grandes maisons du XIXe et du début du XXe siècle : toile déchirée, bois fendu, serrure grippée, garniture tachée. Qu’une école consacre un cursus entier à la conservation-restauration de malles anciennes (voir plus bas) montre que cette demande existe.
Les clients sont des particuliers, des collectionneurs et antiquaires, des marques qui commandent des pièces spéciales, et les ateliers de maroquinerie de luxe qui emploient des malletiers salariés. L’Institut pour les Savoir-Faire Français indique que la malleterie reste concentrée en Île-de-France, autour de maisons parisiennes fondées au milieu du XIXe siècle, avec quelques ateliers en région (Bordeaux, Vienne, Côtes-d’Armor, Haute-Garonne selon sa fiche, non datée).
Les métiers voisins, et comment ne pas les confondre
Le coffret est un terrain partagé : un gainier et un malletier peuvent tous deux en fabriquer. La différence tient à la construction. Le gainier recouvre un support existant (un « fût » en bois, carton ou plastique) ; le malletier construit la caisse, la renforce et l’équipe de ferrures, avec la logique d’un bagage.
| Métier | Ce qu’il fabrique | Ce qui le distingue du malletier |
|---|---|---|
| Malletier | Malles, bagages rigides, coffrets, restauration de malles | — |
| Maroquinier | Sacs, petite maroquinerie, ceintures | Travaille surtout des objets souples, sans structure en bois |
| Gainier | Écrins, étuis, fourreaux, socles, coffrets, articles de bureau | Recouvre un fût existant de cuir, de papier ou de simili-cuir ; objets plus petits, sans ferrures lourdes |
| Sellier-maroquinier | Sellerie, maroquinerie cousue main | Spécialiste de la couture main du cuir, pas de la caisse |
| Layetier | Caisses et coffres en bois servant d’emballage | Spécialité rattachée au malletier dans la liste officielle ; travail du bois, sans habillage cuir |
| Ébéniste | Meubles, coffrets en bois massif ou plaqué | Le bois est l’objet fini, pas une structure qu’on habille |
Les définitions du gainier et du layetier sont celles des fiches de l’Institut pour les Savoir-Faire Français. Dans les faits, un même atelier peut faire de la malleterie et de la gainerie : le CAP Maroquinerie annonce d’ailleurs des débouchés dans « la malleterie, la gainerie et la ganterie ».
Se former
Jusqu’à récemment, la réponse était simple : aucun diplôme ne portait le nom de malleterie. L’Institut pour les Savoir-Faire Français classe d’ailleurs la malleterie parmi les savoir-faire rares, avec la mention « absence de diplôme ou certification ». La situation vient de changer.
Les diplômes
- BNMA Maroquinerie de haute facture, option Malleterie. Un arrêté du 9 juin 2026, publié au Journal officiel du 8 juillet 2026, crée la spécialité « Maroquinerie de haute facture, option Maroquinerie, option Malleterie » du brevet national des métiers d’art (BNMA). Selon l’Onisep, le BNMA se prépare en trois ans après la 3e, au niveau bac (niveau 4), et les nouvelles spécialités ouvertes à la rentrée 2026 remplaceront à terme les brevets des métiers d’art (BMA). La fiche Onisep de cette spécialité vise la fabrication et la restauration d’ouvrages en cuir, dont les malles et valises. Points à vérifier : nous n’avons pas pu lire l’arrêté lui-même (Légifrance, JORFTEXT000054395369), ni trouver de numéro RNCP pour cette spécialité, ni d’établissement proposant déjà l’option Malleterie — l’Onisep ne liste à ce jour que le lycée Turquetil (Paris 11e) pour l’option Maroquinerie. À vérifier sur onisep.fr et francecompetences.fr.
- CAP Maroquinerie (RNCP38712, niveau 3, actif jusqu’au 31 août 2029, délivré par le ministère de l’Éducation nationale). C’est la base la plus courante : coupe, parure, assemblage du cuir. La fiche RNCP cite explicitement la malleterie parmi les débouchés.
- Sellier maroquinier d’art (RNCP40841, niveau 3, actif, enregistré jusqu’au 25 juin 2028, certificateur : Centre de formation d’apprentis du Pays de Montbéliard). Titre centré sur la couture main et la petite maroquinerie ; la fiche ne mentionne pas la malle.
Côté bois, une formation en menuiserie ou en ébénisterie est un point de départ défendable : l’Institut pour les Savoir-Faire Français cite la menuiserie comme voie d’accès au même titre que la maroquinerie. Pour le layetier, l’Institut indique le CAP Emballeur professionnel, complété par un perfectionnement en entreprise.
Les écoles et centres
L’Institut pour les Savoir-Faire Français signale l’École Paré (atelier Jean Paré, Paris 5e, liée à une école belge à Mons), qui propose depuis 2021 deux parcours : conception et fabrication de malles neuves, et conservation-restauration de malles anciennes. L’école annonce un « diplôme de malletier » de niveau 6. Ce diplôme est délivré par l’école elle-même : nous n’avons trouvé aucune fiche RNCP correspondante, et l’Institut le décrivait comme « en attente de certification ». Statut à vérifier sur francecompetences.fr avant tout financement (CPF, Transitions Pro).
Une partie des malletiers se forme en interne, dans les ateliers des maisons de maroquinerie de luxe, après un CAP ou une première expérience du cuir ou du bois. L’Observatoire Compétences Industries le dit clairement : la plupart des professionnels acquièrent le métier « sur le terrain », en complément d’un diplôme du cuir ou du bois.
Apprentissage, reconversion, VAE
Le CAP Maroquinerie se prépare en apprentissage et en formation continue pour adultes. Pour une reconversion, le schéma le plus réaliste combine un CAP du cuir (ou une base en menuiserie), puis un stage ou un emploi dans un atelier de malleterie. La validation des acquis de l’expérience (VAE) est ouverte pour les certifications inscrites au RNCP, donc pour le CAP Maroquinerie, mais pas pour un diplôme d’école non enregistré. Notre guide de reconversion dans les métiers d’art détaille le financement et les étapes.
Revenus et débouchés : ce qu’on peut dire
Pourquoi cette page ne donne aucun salaire
Aucune source publique ne mesure le revenu des malletiers. Nous n’avons trouvé ni fiche métier Onisep dédiée, ni salaire France Travail propre au métier : la malleterie est rangée avec la maroquinerie dans le code ROME B1802, qui regroupe des métiers très différents. Une moyenne calculée sur cet ensemble ne dirait rien d’un malletier. Quant aux malletiers indépendants, leur revenu dépend de leur chiffre d’affaires et de leur statut. Les montants qui circulent en ligne viennent de sites d’orientation ou d’emploi sans méthode publiée ; nous ne les reprenons pas.
La taille du secteur
Le seul ordre de grandeur publié vient de l’Institut pour les Savoir-Faire Français, qui cite le Conseil national du cuir pour l’année 2015 : 124 558 « malles, valises, mallettes et vanity-cases » produits en France, pour 17 millions d’euros de ventes, et 153 millions d’euros d’exportations de malles, valises et mallettes. Deux précautions : la catégorie inclut des valises et mallettes industrielles, pas seulement des malles d’artisan ; et ces chiffres ont plus de dix ans. Fiche non datée de l’Institut — ordre de grandeur, à vérifier auprès de l’Institut ou du Conseil national du cuir.
Les débouchés sont de deux types : un poste salarié dans un atelier de maroquinerie ou de malleterie de luxe, ou une installation à son compte, souvent en combinant création sur mesure et restauration. Pour le statut et les démarches, voir notre guide de l’artisan d’art.
Faire appel à un malletier
Deux situations amènent un particulier chez un malletier : une malle ancienne à remettre en état, ou une pièce à créer sur mesure. Dans les deux cas, apportez des photos, les dimensions et, pour une création, la liste précise de ce que la malle ou le coffret devra contenir.
Pour une restauration, le devis devrait préciser :
- l’état des lieux (bois, toile ou cuir, ferrures, garniture intérieure) ;
- ce qui sera conservé et ce qui sera remplacé : toile d’origine, étiquettes de voyage, initiales peintes, serrure d’origine. Une restauration respectueuse garde ces éléments, qui font souvent la valeur de la malle ;
- la nature des pièces de remplacement (ferrures anciennes de récupération ou neuves, matériaux de garniture) ;
- le délai, et si l’atelier fournit des photos avant/après.
Pour vérifier un professionnel, demandez des photos de travaux comparables et consultez son immatriculation sur l’Annuaire des entreprises (annuaire-entreprises.data.gouv.fr). Pour une malle signée d’une grande maison, sachez qu’une intervention extérieure peut affecter sa valeur sur le marché de l’occasion : demandez conseil avant de toucher aux marquages. Vous pouvez chercher un atelier dans notre annuaire des artisans d’art.
Questions fréquentes
Quelle différence entre un malletier et un maroquinier ?
Le maroquinier fabrique surtout des objets souples en cuir : sacs, portefeuilles, ceintures. Le malletier construit des objets rigides, sur une structure en bois, qu’il habille de toile ou de cuir et équipe de ferrures. Les deux métiers figurent séparément dans le domaine Cuir de la liste officielle des métiers d’art.
Existe-t-il un diplôme de malletier ?
Depuis l’arrêté du 9 juin 2026, il existe une option Malleterie au brevet national des métiers d’art « Maroquinerie de haute facture », un diplôme d’État de niveau bac. Avant cela, aucun diplôme d’État ne portait ce nom : on passait par le CAP Maroquinerie ou une formation en menuiserie. Les établissements qui ouvriront cette option restent à confirmer sur onisep.fr.
Combien gagne un malletier ?
Aucune source officielle ne publie de salaire propre au malletier. France Travail range le métier avec l’ensemble de la maroquinerie (code ROME B1802), ce qui empêche d’isoler une donnée. Méfiez-vous des chiffres précis trouvés en ligne sans source.
Peut-on faire restaurer une vieille malle ?
Oui. La restauration de malles anciennes fait partie du métier, au point qu’un cursus de formation lui est consacré. Le malletier peut reprendre la structure, la toile, les renforts, la serrure et la garniture. Demandez avant le début des travaux ce qui sera conservé à l’identique. Pour l’entretien courant d’objets anciens, voir aussi notre rubrique entretenir et restaurer.
Qu’est-ce qu’un layetier ?
C’est la spécialité rattachée au malletier dans la liste officielle des métiers d’art. Selon l’Institut pour les Savoir-Faire Français, le layetier fabrique des coffres et des caisses en bois servant généralement d’emballage. L’Institut cite le CAP Emballeur professionnel comme voie d’accès, avec un perfectionnement en entreprise.
Un malletier fabrique-t-il aussi des valises ?
Il fabrique des bagages rigides, dont des valises construites comme de petites malles. Les valises souples et les bagages à coque injectée relèvent de la maroquinerie ou de l’industrie, pas de la malleterie artisanale.
Sources
- Institut pour les Savoir-Faire Français, « Malletier – layetier » (fiche métier), consulté en octobre 2026 : www.institut-savoirfaire.fr/les-metiers-dart/cuir/malletier-layetier
- Institut pour les Savoir-Faire Français, « Malleterie » (savoir-faire rare), consulté en octobre 2026 : www.institut-savoirfaire.fr/savoir-faire-rare/malleterie
- Institut pour les Savoir-Faire Français, « Gainier » (fiche métier), consulté en octobre 2026 : www.institut-savoirfaire.fr/metiers-art/fiches-metiers/cuir/gainier/
- Légifrance, arrêté du 9 juin 2026 portant création de la spécialité « Maroquinerie de haute facture, option Maroquinerie, option Malleterie » de brevet national des métiers d’art (titre relevé dans l’index, texte non consulté), octobre 2026 : www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054395369
- Légifrance, arrêté du 24 décembre 2015 fixant la liste des métiers d’art, octobre 2026 : www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000031941949
- Onisep, « Qu’est-ce que le BNMA (brevet national des métiers d’art) après la 3e ? », consulté en octobre 2026 : www.onisep.fr/formation/apres-la-3-la-voie-professionnelle/le-brevet-national-des-metiers-d-art
- Onisep, « BNMA maroquinerie de haute facture option maroquinerie », consulté en octobre 2026 : www.onisep.fr
- France compétences, fiche RNCP38712, « CAP Maroquinerie », consulté en octobre 2026 : www.francecompetences.fr/recherche/rncp/38712/
- France compétences, fiche RNCP40841, « Sellier maroquinier d’art », consulté en octobre 2026 : www.francecompetences.fr/recherche/rncp/40841/
- France compétences, fiche RNCP32091, « CQP Gainier » (inactive, remplacée par RNCP39960), consulté en octobre 2026 : www.francecompetences.fr/recherche/rncp/32091/
- Observatoire Compétences Industries, « Malletier / Malletière » (fiche métier), consulté en octobre 2026 : observatoire-competences-industries.fr
- École Jean Paré, « Formations » (présentation des cursus par l’école), consulté en octobre 2026 : www.ecole-malletiers.fr/francais/formations.htm
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