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Tanneur et mégissier : le métier d’art qui fait le cuir

Le tanneur traite les grandes peaux, le mégissier les petites : tous deux transforment la peau brute en cuir par tannage végétal, minéral ou combiné. Cette page détaille les étapes, les certifications vérifiées au RNCP, la réglementation des installations classées et ce qu’on peut dire des débouchés.
Rouleaux de cuir tanné de différentes couleurs dans un atelier

Sommaire

Le tanneur et le mégissier sont les artisans qui transforment une peau brute, putrescible, en cuir stable et utilisable. Le tanneur travaille les grandes peaux (vache, veau, cheval), le mégissier les petites (agneau, mouton, chèvre). Ce sont deux métiers distincts du domaine Cuir de la liste officielle des métiers d’art fixée par l’arrêté du 24 décembre 2015 ; le parcheminier y figure comme spécialité rattachée au mégissier. Voir le panorama des 281 métiers d’art et la page des métiers d’art du cuir.

Ni l’un ni l’autre ne fabrique d’objets. Ils produisent la matière que d’autres coupent et cousent : maroquiniers, gantiers, selliers, bottiers, relieurs. Leur travail tient de la chimie autant que du geste, et il se fait aujourd’hui surtout en entreprise, dans des tanneries et mégisseries soumises à la réglementation des installations classées pour l’environnement.

Cette page décrit les étapes du travail, la différence entre tannage végétal et tannage minéral, les métiers voisins (corroyeur, maroquinier), les certifications qui existent vraiment au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP), et ce qu’on peut dire, ou non, des revenus et des débouchés.

Ce que fait un tanneur ou un mégissier au quotidien

La transformation d’une peau en cuir suit une chaîne d’opérations. La fiche ROME H2407 de France Travail, qui couvre ces métiers, cite le tri des peaux selon leur origine, leur taille et leur épaisseur, la préparation des bains, la conduite des foulons, l’écharnage, le refendage et les finitions. Regroupées, les grandes étapes sont les suivantes :

  • Le travail de rivière. Les peaux arrivent le plus souvent salées ou séchées. On les réhydrate (reverdissage), on élimine les poils ou la laine (épilage, pelanage à la chaux), puis on retire la chair et la graisse côté chair : c’est l’écharnage. Le nom vient de l’époque où ces opérations se faisaient au bord de l’eau.
  • La préparation au tannage. Déchaulage, confitage (traitement enzymatique), puis picklage, qui prépare la peau à recevoir les agents tannants.
  • Le tannage proprement dit. L’agent tannant se fixe sur les fibres de collagène et rend la peau imputrescible. C’est l’étape qui fait passer de la « peau » au « cuir ».
  • Le corroyage. Essorage, refendage (on sépare la peau en épaisseur), dérayage pour régler l’épaisseur, retannage, teinture et nourriture du cuir par des corps gras, puis séchage.
  • Le finissage. Ponçage, application de couches de finition, pressage, grainage, satinage, puis contrôle et mesure des surfaces.

Tannage végétal, tannage minéral

L’Institut pour les Savoir-Faire Français distingue trois familles de tannage : aux sels minéraux (le chrome surtout), végétal, ou combiné (extraits tannants végétaux, composés minéraux et huiles). Le tannage végétal utilise des tanins extraits d’écorces ou de bois ; il est plus long et donne un cuir plus ferme, qui se patine. Le tannage au chrome est plus rapide et donne un cuir souple, très répandu dans la chaussure et l’ameublement. Le mégissier utilise les mêmes familles de techniques que le tanneur. Son nom vient du « mégis », un bain d’eau, de cendres et d’alun dans lequel on plongeait autrefois les peaux.

Un métier exposé

Le travail se fait en milieu humide, au contact de produits chimiques et d’outils tranchants. Deux risques sont documentés par l’INRS : le sulfure d’hydrogène, dont la fiche toxicologique (édition 2024) cite les tanneries parmi les sources d’exposition, et les dermites dues aux dérivés du chrome, reconnues comme maladie professionnelle par le tableau n° 10 du régime général, qui cite expressément le « tannage au chrome ». Masques, gants et tabliers font partie de l’équipement de base.

Ce qu’un tanneur ou un mégissier produit aujourd’hui

Le produit, c’est du cuir : en croûte (tanné mais non fini) ou fini, au mètre carré ou à la peau. Les clients sont surtout des professionnels :

  • Les tanneries de grandes peaux fournissent la chaussure, la maroquinerie, la sellerie et l’ameublement. Le cuir de veau et le cuir de vachette tanné végétal servent par exemple pour les semelles, les ceintures et la sellerie.
  • Les mégisseries fournissent des peaux fines et souples pour la ganterie, le vêtement, la chaussure de luxe et la maroquinerie. Elles traitent aussi des peaux lainées, tannées avec leur laine.
  • Le parchemin, produit sans tannage (peaux trempées dans un bain de chaux, délainées puis séchées sous tension), sert à la reliure, à l’enluminure, à la facture instrumentale et au luminaire. Selon l’Institut pour les Savoir-Faire Français, moins de cinq tanneries et mégisseries en produisent encore en France, et le parchemin n’y représente qu’entre 2 et 15 % de la production (fiche non datée : ordre de grandeur, à vérifier auprès de l’Institut).

Une partie de la production française travaille pour les maisons de luxe. L’Institut pour les Savoir-Faire Français signale aussi une progression des peaux finies dites exotiques. À Millau, la mégisserie forme un maillon de la filière de la ganterie, inscrite à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel du ministère de la Culture : élevage des brebis, transformation des peaux, confection du gant.

La restauration d’objets anciens en cuir n’est pas le travail du tanneur : elle relève du restaurateur de cuirs, autre métier de la liste officielle. Pour l’entretien des objets en cuir, voyez notre rubrique entretenir et restaurer.

Les métiers voisins, et comment ne pas les confondre

MétierCe qu’il faitDifférence avec le tanneur-mégissier
TanneurTanne les grandes peaux (vache, veau, cheval)Même métier de base que le mégissier, sur d’autres peaux
MégissierTanne les petites peaux (agneau, mouton, chèvre)Peaux plus fines, débouchés vers la ganterie et le vêtement
CorroyeurAssouplit, égalise, nourrit et teint le cuir après tannageAutrefois métier séparé ; aujourd’hui une étape intégrée à la tannerie. Il ne figure pas comme métier dans la liste officielle
MaroquinierCoupe et assemble sacs, portefeuilles, ceinturesIl achète le cuir fini ; il ne le fabrique pas
FourreurTravaille les peaux avec leur poil pour en faire des vêtementsIl confectionne ; il ne tanne pas
ParcheminierProduit le parchemin, sans tannageSpécialité rattachée au mégissier dans la liste officielle

Le corroyage est aujourd’hui une spécialisation à l’intérieur des tanneries. Le certificat de qualification professionnelle (CQP) de la branche propose d’ailleurs deux options, « Corroyage » et « Finissage ». Quant au « pareur », autre métier de la liste du domaine Cuir, nous n’avons pas pu consulter sa fiche descriptive : vérifiez sa définition sur le site de l’Institut pour les Savoir-Faire Français (institut-savoirfaire.fr) avant de le rapprocher du tanneur.

Se former

Il n’existe plus de diplôme de l’Éducation nationale dédié

Nous n’avons trouvé aucun CAP, BMA, DMA ou DN MADE de tannerie. Le seul diplôme d’État spécifique, le BTS Industries du cuir option tannerie, mégisserie (fiche RNCP1068, niveau 5), est inactif depuis le 31 décembre 2022 : un arrêté du 23 mars 2021 l’a abrogé, avec une dernière session d’examen en 2022. France compétences n’indique pas de fiche de remplacement.

Le CQP de la branche, pour entrer en tannerie

La voie la plus directe vers l’atelier est le CQP Agent de production en tannerie-mégisserie, délivré par la Fédération française de la tannerie mégisserie et la commission paritaire de la branche. La version en vigueur porte le numéro RNCP41476 (niveau 3, active, enregistrée jusqu’au 27 octobre 2030). Elle remplace les fiches RNCP35449 et RNCP36206, devenues inactives. Le candidat valide un bloc commun (préparation et contrôle qualité) et une option, corroyage ou finissage. Le CQP s’obtient en formation continue, en contrat de professionnalisation ou par VAE ; il n’est pas ouvert en voie scolaire. France compétences indique que neuf personnes l’ont obtenu en 2024.

Pour la formation continue, l’Institut pour les Savoir-Faire Français cite le centre de formation du CTC (centre technique du cuir), qui propose des modules en tannage, corroyage et finissage.

Le niveau ingénieur : l’ITECH à Lyon

Pour les postes de technicien et d’ingénieur, la seule école citée par l’Institut pour les Savoir-Faire Français est l’ITECH Lyon (Institut textile et chimique de Lyon). Son titre d’ingénieur est enregistré sous le numéro RNCP42461 (niveau 7, actif, pour des cursus commencés à partir du 1er septembre 2026 ; il remplace RNCP40937 et RNCP36971). Il comporte une option sectorielle « Cuir » parmi quatre. L’Institut cite aussi un « Post Premier Cycle – Chimie appliquée au cuir » et un mastère spécialisé avec option transformation du cuir, dont nous n’avons pas vérifié l’enregistrement au RNCP : renseignez-vous auprès de l’école.

Apprentissage, reconversion, VAE

Dans les faits, on apprend le métier en tannerie, au poste. Pour un adulte, la voie réaliste est un contrat de professionnalisation menant au CQP, ou la VAE si vous travaillez déjà en tannerie. L’installation seule, comme artisan tanneur, se heurte à la réglementation environnementale décrite plus bas. Pour construire un projet de reconversion, voyez notre guide de la reconversion dans les métiers d’art.

Revenus et débouchés : ce qu’on peut dire

Pourquoi cette page ne donne aucun salaire

Nous n’avons trouvé aucune fiche métier Onisep consacrée au tanneur ou au mégissier, ni de salaire France Travail propre à ces métiers. Le code ROME H2407 regroupe toute la conduite de machines de transformation et de finition des cuirs et peaux : une moyenne sur cet ensemble ne décrit pas un tanneur qualifié. Les montants qui circulent en ligne viennent de sites d’emploi sans méthode publiée ; nous ne les reprenons pas. Si vous êtes salarié, votre rémunération relève de la convention collective nationale de l’industrie des cuirs et peaux, consultable sur Légifrance.

La taille du secteur

Les fiches de l’Institut pour les Savoir-Faire Français, qui citent le Conseil national du cuir, donnent ces repères :

  • en 1980, 63 tanneries ; en 2007, 20 tanneries (884 personnes) et 42 mégisseries (837 personnes) ;
  • en 2018, 40 entreprises de tannerie-mégisserie, 1 554 salariés et un chiffre d’affaires de 443,6 millions d’euros, en hausse de 6 % sur 2017 ;
  • trois régions (Pays de la Loire, Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie) réalisent 65 % du chiffre d’affaires ; l’Occitanie regroupe la moitié des entreprises.

Ces chiffres ont huit ans au moins. Des données plus récentes sont publiées par les organisations professionnelles du cuir, qui ne sont pas des sources institutionnelles au sens de notre charte ; nous ne les reprenons pas. L’Institut note une tendance de fond : moins de postes non qualifiés, plus de techniciens et d’ingénieurs.

S’installer : la question des installations classées

Une tannerie est une installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE), rubrique 2350 « Tanneries, mégisseries et toute opération de préparation des cuirs et peaux ». D’après la brochure de la nomenclature publiée par l’Ineris (base AIDA), le régime est l’autorisation au-delà de 5 tonnes de peaux par jour, et la déclaration avec contrôle périodique entre 100 kg et 5 tonnes par jour. Au-delà de 12 tonnes de produits finis par jour, la rubrique 3630 (directive européenne sur les émissions industrielles) s’applique. Ces seuils sont à confirmer dans l’annexe de l’article R. 511-9 du code de l’environnement sur Légifrance ou sur aida.ineris.fr, car la nomenclature est régulièrement modifiée. En dessous de 100 kg par jour, d’autres obligations peuvent s’appliquer (rejets d’eaux usées, sous-produits animaux) : interrogez la préfecture, la DREAL et la direction départementale de la protection des populations avant tout projet. Pour le statut et l’immatriculation, voyez le guide de l’artisan d’art.

Faire appel à un tanneur ou à un mégissier

Un particulier s’adresse rarement à une tannerie. Les cas courants : un éleveur qui veut faire tanner les peaux de ses moutons, un chasseur qui veut conserver une peau de gibier, un artisan qui cherche un cuir précis. Certaines mégisseries travaillent « à façon », c’est-à-dire sur les peaux que vous apportez. Vous pouvez chercher un professionnel dans l’annuaire des artisans d’art.

Avant de demander un devis, demandez comment conserver la peau jusqu’à la livraison : une peau brute mal conservée peut être refusée. Le devis doit ensuite préciser :

  • Le type de tannage : végétal, minéral (chrome) ou combiné, et pourquoi ce choix pour votre usage.
  • Le résultat : peau lainée ou à poil, ou cuir épilé ; épaisseur, couleur, finition.
  • Le nombre minimum de peaux accepté et le mode de facturation (à la peau, au poids, au mètre carré).
  • Le délai, souvent long en tannage végétal, et le mode de livraison.
  • Ce qui se passe si une peau est abîmée pendant le traitement.

Pour vérifier l’entreprise, cherchez son numéro SIREN sur l’annuaire des entreprises de l’État : activité déclarée, date de création, établissements. Une tannerie soumise à autorisation figure en principe dans la base des installations classées de Géorisques (georisques.gouv.fr) ; les plus petites, sous simple déclaration, peuvent ne pas y apparaître. Une mention « tannage végétal » n’est pas un label officiel : demandez quels tanins sont utilisés.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre un tanneur et un mégissier ?

La taille des peaux. Le tanneur traite les grandes peaux de bovins et de chevaux, le mégissier les petites peaux d’ovins et de caprins. Les techniques de tannage sont de même nature. Ce sont deux métiers distincts dans la liste officielle des métiers d’art.

Tannage végétal ou au chrome : lequel est le meilleur ?

Ni l’un ni l’autre dans l’absolu. Le tannage végétal donne un cuir ferme, qui prend une patine, adapté à la sellerie, aux semelles ou à la maroquinerie structurée. Le tannage au chrome donne un cuir souple et régulier, adapté au vêtement, à la chaussure et à l’ameublement. Le tannage combiné cherche un compromis. Le bon choix dépend de l’objet.

Quelle formation pour devenir tanneur ?

Pour un poste en atelier, le CQP Agent de production en tannerie-mégisserie (RNCP41476), en formation continue ou en contrat de professionnalisation. Pour un poste de technicien ou d’ingénieur, le titre d’ingénieur de l’ITECH Lyon avec l’option cuir (RNCP42461). Le BTS Industries du cuir option tannerie, mégisserie n’est plus délivré depuis 2022.

Peut-on ouvrir une petite tannerie artisanale ?

C’est possible mais encadré. Au-delà d’environ 100 kg de peaux par jour, l’activité relève de la rubrique ICPE 2350 (seuil à confirmer sur Légifrance ou aida.ineris.fr). En dessous, restent les règles sur les rejets d’eaux usées et sur les sous-produits animaux. Renseignez-vous auprès de la préfecture et de la direction départementale de la protection des populations avant d’investir.

Combien gagne un tanneur ?

Aucune source officielle ne le dit pour ce métier précis. Le code ROME H2407 regroupe des postes très différents, et nous n’avons pas trouvé de fiche Onisep dédiée. Un salarié est payé selon la grille de la convention collective de l’industrie des cuirs et peaux.

Combien reste-t-il de tanneries en France ?

Le dernier chiffre institutionnel trouvé date de 2018 : 40 entreprises de tannerie-mégisserie, selon le Conseil national du cuir, cité par l’Institut pour les Savoir-Faire Français. Il y avait 63 tanneries en 1980. Nous n’avons pas trouvé de recensement public plus récent.

Sources

Artisandart

Article rédigé selon notre charte éditoriale, sources vérifiées.

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