Le facteur d’orgues est l’artisan qui construit, restaure, entretient et accorde les orgues à tuyaux. Il fabrique ou reprend toutes les parties de l’instrument : le buffet, les sommiers, la mécanique des claviers, la soufflerie et les tuyaux, puis il règle la voix de chaque tuyau dans l’édifice où l’orgue sonnera.
Ce qui le distingue des autres facteurs d’instruments tient à l’échelle. Un orgue ne se transporte pas chez l’artisan : il est démonté, rapporté à l’atelier, puis remonté sur place, et c’est l’acoustique de l’église ou de la salle qui décide du réglage final. Le métier est aussi très lié au patrimoine : une part importante des instruments est protégée au titre des monuments historiques, et la commande publique pèse lourd dans l’activité.
Cette page décrit le travail quotidien, les chantiers types, les métiers voisins, la seule filière de formation qui existe en France, ce que l’on sait — et ne sait pas — de l’économie du secteur, puis ce qu’il faut vérifier quand on confie un orgue à un atelier. Dans la nomenclature officielle (arrêté du 24 décembre 2015), le métier figure sous l’intitulé « Facteur et/ou restaurateur d’orgues », dans le domaine Facture instrumentale (intitulé et domaine relevés via l’Institut pour les Savoir-Faire Français : nous n’avons pas pu lire le texte lui-même, à vérifier sur Légifrance). Pour le situer parmi les autres, voyez le panorama des 281 métiers d’art.
Ce que fait un facteur d’orgues au quotidien
Le métier se divise en deux spécialités, que le diplôme lui-même distingue par deux options : organier et tuyautier. Dans les petits ateliers, une même personne touche aux deux. Une troisième compétence, l’harmonisation, est confiée aux plus expérimentés.
- L’organier travaille surtout le bois et la mécanique. Il fabrique le buffet, les sommiers (les caisses sur lesquelles reposent les tuyaux et qui distribuent l’air), les claviers, le pédalier, la transmission entre touches et soupapes (vergettes, abrégés, équerres), les tirages de jeux et la soufflerie. Matériaux : chêne, résineux, fruitiers, peau pour les soufflets et les soupapes.
- Le tuyautier fabrique les tuyaux métalliques. Il coule l’alliage d’étain et de plomb en feuilles sur une table, le rabote, le découpe, le roule sur des mandrins, puis soude le corps, le pied et la bouche. Il fabrique aussi les jeux d’anches (trompettes, hautbois…), où une languette vibre contre une rigole.
- L’harmoniste règle la voix de chaque tuyau : attaque, puissance, timbre. Il intervient sur la bouche, le biseau et l’ouverture du pied, tuyau par tuyau, en grande partie dans l’édifice.
Le reste du temps se passe sur les chantiers : démontage, transport, remontage, accord. Le travail en hauteur dans des tribunes et des buffets, dans des églises peu chauffées, fait partie du métier.
Ce qu’un facteur d’orgues fabrique ou restaure aujourd’hui
Le ministère de la Culture distingue trois niveaux d’intervention dans son guide pratique sur les orgues (4e trimestre 2021). Ce vocabulaire est celui que vous retrouverez dans les devis et les marchés publics.
- L’entretien courant : accorder les jeux d’anches, faire des retouches d’accord sur les tuyaux à bouche, régler la mécanique. C’est souvent l’objet d’un contrat annuel.
- Le relevage : une remise en état périodique. On dépose les tuyaux, on nettoie, on vérifie tout, on remplace les pièces usées, on refait les réglages et l’accord. Le guide indique une périodicité de 10 à 25 ans selon les conditions de conservation et d’utilisation.
- La restauration : en plus du relevage, des modifications ou transformations de l’instrument « selon un état de référence documenté et justifié ». Autrement dit, on décide à quel état historique on ramène l’orgue, et on le motive.
À côté de ces chantiers, les ateliers construisent des orgues neufs : grands instruments pour des églises, des cathédrales ou des salles de concert, orgues de chœur, petits orgues coffres et positifs pour des conservatoires, des ensembles de musique ancienne ou des particuliers. L’Institut pour les Savoir-Faire Français indique qu’un orgue peut demander de 3 000 heures de travail (petit orgue de 10 jeux) à 30 000 heures, et qu’une restauration dure de 1 à 4 ans pour 5 000 à 20 000 heures.
Côté clients, la réponse du ministère de la Culture à une question écrite de l’Assemblée nationale (publiée le 9 avril 2024) donne la répartition des propriétaires : sur environ 10 000 orgues en France, 4 675 appartiennent à des communes, 740 à des associations cultuelles ou des paroisses, 151 à l’État. Le client type est donc une collectivité, et le chantier passe le plus souvent par un marché public.
Le cas des orgues protégés au titre des monuments historiques
Selon le ministère de la Culture, 1 615 orgues étaient classés ou inscrits au titre des monuments historiques en 2023. Pour le facteur, cela change les règles du chantier :
- sur un orgue classé, toute modification, réparation ou restauration exige une autorisation écrite du préfet de région (DRAC), en application de l’article L. 622-7 du Code du patrimoine ;
- sur un orgue inscrit, les travaux doivent être déclarés au moins deux mois à l’avance (selon le ministère de la Culture, auprès du conservateur des antiquités et objets d’art du département, en application de l’article L. 622-20 du Code du patrimoine ; nous n’avons pas pu vérifier ce numéro sur Légifrance) ;
- les travaux sont conduits sous la maîtrise d’œuvre d’un technicien-conseil agréé pour les orgues, collaborateur extérieur du ministère nommé par arrêté pour cinq ans sur un territoire défini.
Le facteur d’orgues n’est donc pas seul décisionnaire : il exécute un programme validé, et il doit documenter ce qu’il trouve et ce qu’il fait.
Les métiers voisins, et comment ne pas les confondre
| Métier | Ce qu’il fait | Différence avec le facteur d’orgues |
|---|---|---|
| Organiste | Joue de l’orgue | Musicien, pas artisan. Il est souvent l’interlocuteur du facteur, mais ne répare pas l’instrument. |
| Facteur et/ou restaurateur d’harmoniums | Construit et restaure des harmoniums | L’harmonium produit le son par des anches libres, sans tuyaux. Entrée distincte dans la liste des 281 métiers. |
| Facteur et/ou restaurateur d’instruments à claviers | Pianos, clavecins… | Instruments à cordes frappées ou pincées, mobiles, réglés en atelier ou à domicile. |
| Campaniste | Cloches, horloges d’édifice | Travaille aussi dans les églises, mais rattaché au domaine Architecture et jardins. |
| Ébéniste, menuisier | Meuble, agencement | Les gestes de l’organier en viennent, d’où le prérequis bois recommandé pour la formation ; mais ni l’un ni l’autre ne traite la partie sonore. |
Se former
Le diplôme actuel : un bac pro, deux options
Le diplôme de référence est le bac pro Artisanat et métiers d’art – facteur d’orgues, avec deux options : organier ou tuyautier. Sa version en vigueur est enregistrée au RNCP sous le numéro RNCP41001, niveau 4, active du 1er septembre 2025 au 31 août 2030, délivrée par le ministère de l’Éducation nationale. Elle remplace la fiche RNCP35320 (2020-2025), désormais inactive.
Selon l’ONISEP, la formation dure 3 ans après la 3e, se fait sur dossier, et uniquement en apprentissage. Un prérequis dans les métiers du bois (menuiserie, ébénisterie, charpente) est recommandé. Le RNCP liste aussi la formation continue, le contrat de professionnalisation, la candidature individuelle et la VAE comme voies d’accès.
Le CAP facteur d’orgues (RNCP581, niveau 3) existe encore dans le répertoire, mais sa fiche est inactive. Nous n’avons trouvé ni BMA, ni DMA, ni DN MADE spécifique à l’orgue.
Le centre d’Eschau, seul en France
La formation est assurée par le Centre de formation de facteurs d’orgues (CFFO), à Eschau (Bas-Rhin), rattaché au CFA Bernard Stalter de la Chambre de métiers d’Alsace (CMA Formation, 21 rue des Fusiliers Marins, 67114 Eschau). La chambre de métiers le présente comme le seul centre de ce type en France, créé en 1985. Selon son site, il prépare aux deux options du bac pro ; l’ONISEP ne le recense que pour l’option organier. Vérifiez auprès du centre (eschau-formation.alsace). Il faut d’abord trouver un atelier qui accepte un apprenti.
Apprentissage, reconversion, VAE
Le contrat d’apprentissage est ouvert de 16 à 29 ans révolus, selon France Travail. Au-delà, trois exceptions existent : préparer un diplôme supérieur à celui qu’on a déjà, être reconnu travailleur handicapé (sans limite d’âge), ou avoir un projet de création ou de reprise d’entreprise. Pour un adulte en reconversion, la voie la plus réaliste est souvent un contrat de professionnalisation ou une embauche directe dans un atelier, puis une candidature au bac pro ou une VAE après quelques années de pratique.
Un parcours de menuisier ou d’ébéniste est un vrai atout pour la partie organier. Notre guide de reconversion vers les métiers d’art détaille les financements et les étapes.
Revenus et débouchés : ce qu’on peut dire
Pourquoi cette page ne donne aucun salaire
Nous n’avons trouvé aucune donnée salariale publique propre à la facture d’orgues. Le code ROME B1501 de France Travail regroupe tous les instruments de musique, et la fiche ONISEP porte sur les « facteurs d’instruments » en général : un chiffre tiré de ces ensembles ne décrit pas ce métier précis. Les montants qui circulent en ligne viennent de sites d’emploi sans méthode publiée. Nous préférons ne rien afficher.
Ce que disent les données du secteur
L’Institut pour les Savoir-Faire Français publie des données de 2017 issues du Groupement professionnel des facteurs d’orgues (GPFO) :
- environ 60 entreprises ou artisans, avec une concentration en Alsace ;
- des ateliers de deux à quatre ouvriers en moyenne, le plus important en comptant une quinzaine ;
- seule la moitié des entreprises exerce réellement une activité de création ou de restauration ;
- environ 70 % des entreprises réalisent plus de 75 000 euros de chiffre d’affaires ;
- la commande publique représente près des deux tiers du chiffre d’affaires de la profession, qui dépasse 20 millions d’euros par an ; l’export en représente 16 %.
Ces chiffres ont près de dix ans. Ils montrent surtout la dépendance du métier aux budgets publics. Le ministère de la Culture l’a reconnu en janvier 2021, en relançant des chantiers sur les 153 orgues alors propriété de l’État, en réponse aux « difficultés économiques des professionnels de la facture d’orgue ».
Les débouchés sont donc : salarié dans l’un de ces ateliers, puis chef d’atelier, ou installation à son compte. Les questions de statut et d’immatriculation sont traitées dans notre guide de l’artisan d’art.
Faire appel à un facteur d’orgues
Vous êtes une commune, une paroisse, une association, ou un particulier qui possède un orgue de salon. Avant de demander un devis, identifiez le besoin : accord et entretien, relevage, ou restauration. Ce ne sont pas les mêmes budgets ni les mêmes délais.
Vérifier d’abord le statut de l’instrument
Demandez à la DRAC de votre région si l’orgue est classé ou inscrit. S’il l’est, ne commandez rien directement : la procédure passe par l’autorisation (classé) ou la déclaration (inscrit), et par le technicien-conseil. Le ministère rappelle que les entreprises sont choisies selon les règles des marchés publics, et appelle les maîtres d’ouvrage à « vérifier méticuleusement les références et qualifications des intervenants pressentis ».
Ce qu’un devis doit contenir
- un état des lieux écrit et photographié : composition (liste des jeux), état de la mécanique, de la soufflerie, de la tuyauterie ;
- la nature exacte de l’intervention (entretien, relevage, restauration) et, pour une restauration, l’état de référence visé ;
- le sort de chaque élément : conservé, réparé, remplacé ; l’origine des matériaux neufs ;
- le calendrier, avec la durée d’immobilisation de l’instrument et la part du travail faite en atelier ou sur place ;
- ce qui est inclus après chantier : garantie, visites d’accord, proposition de contrat d’entretien.
Demandez aussi des références d’instruments comparables, que vous pouvez aller écouter. Nous ne publions aucun prix : nous n’avons trouvé aucune grille publique, et chaque orgue est un cas. Pour trouver un atelier, consultez notre annuaire des artisans d’art.
Questions fréquentes
Comment devenir facteur d’orgues ?
Par le bac pro Artisanat et métiers d’art – facteur d’orgues (RNCP41001), option organier ou tuyautier. Il se prépare en 3 ans, en apprentissage, au centre de formation d’Eschau (Bas-Rhin). Il faut trouver un atelier employeur. Un passé dans le bois est recommandé.
Combien de temps faut-il pour construire un orgue ?
Selon l’Institut pour les Savoir-Faire Français, de 3 000 heures pour un petit orgue de 10 jeux à 30 000 heures pour un grand instrument. Une restauration demande de 5 000 à 20 000 heures, réparties sur 1 à 4 ans.
Tous les combien faut-il relever un orgue ?
Le guide pratique du ministère de la Culture indique une périodicité de 10 à 25 ans, selon les conditions de conservation et d’utilisation. Entre deux relevages, un entretien courant (accord des anches, réglages) est nécessaire.
Quelle différence entre organier et tuyautier ?
L’organier fabrique la partie bois et mécanique : buffet, sommiers, claviers, transmission, soufflerie. Le tuyautier fabrique les tuyaux en alliage étain-plomb. Ce sont les deux options du même bac pro.
Faut-il une autorisation pour restaurer un orgue classé ?
Oui. Pour un orgue classé monument historique, une autorisation écrite du préfet de région (DRAC) est obligatoire avant tous travaux. Pour un orgue inscrit, une déclaration préalable deux mois avant suffit ; selon le ministère de la Culture, elle s’adresse au conservateur des antiquités et objets d’art du département (à vérifier auprès de votre DRAC). Dans les deux cas, un technicien-conseil agréé pour les orgues assure la maîtrise d’œuvre.
Sources
- Institut pour les Savoir-Faire Français, « Facteur et/ou restaurateur d’orgues », fiche métier (données GPFO 2017), consulté en octobre 2026 : institut-savoirfaire.fr
- France Compétences, RNCP41001, « BAC PRO – Artisanat et métiers d’art – Facteur d’orgues », consulté en octobre 2026 : francecompetences.fr
- France Compétences, RNCP35320 (fiche inactive, 2020-2025), consulté en octobre 2026 : francecompetences.fr
- France Compétences, RNCP581, « CAP – Facteur d’orgues » (fiche inactive), consulté en octobre 2026 : francecompetences.fr
- ONISEP, « Bac pro artisanat et métiers d’art – facteur d’orgues option organier », consulté en octobre 2026 : onisep.fr
- ONISEP, fiche établissement « CMA Formation – CFA Bernard Stalter » (Eschau), consulté en octobre 2026 : onisep.fr
- ONISEP, « Facteur / Factrice d’instruments », fiche métier, consulté en octobre 2026 : onisep.fr
- Chambre de métiers d’Alsace, « Présentation du CFFO », consulté en octobre 2026 : eschau-formation.alsace
- Ministère de la Culture, « Intervenir sur un orgue classé ou inscrit », consulté en octobre 2026 : culture.gouv.fr
- Ministère de la Culture, « Orgues. Protection au titre des monuments historiques, conservation et restauration », guide pratique, 4e trimestre 2021, consulté en octobre 2026 : culture.gouv.fr
- Ministère de la Culture, « Travaux sur les orgues propriétés de l’État : des chantiers en hausse », 12 janvier 2021, consulté en octobre 2026 : culture.gouv.fr
- Assemblée nationale, question écrite n° 9174 et réponse du ministère de la Culture (JO du 9 avril 2024), « Qualification juridique et protection des orgues », consulté en octobre 2026 : assemblee-nationale.fr
- France Travail, « Le contrat d’apprentissage », consulté en octobre 2026 : francetravail.fr
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