Le facteur d’instruments à vent est l’artisan qui fabrique, entretient, répare et restaure les instruments dans lesquels le son naît du souffle du musicien : flûtes, clarinettes, hautbois, bassons, saxophones et cuivres (trompettes, cors, trombones, tubas). Dans la plupart des ateliers, l’essentiel du travail porte sur la réparation et le réglage d’instruments existants.
Le métier se partage en deux familles de savoir-faire. Les bois (clarinette, hautbois, basson, flûte à bec) demandent le travail du bois tourné, de la perce et du clétage. Les cuivres demandent celui du métal en feuille : mise en forme, soudure, débosselage. Saxophone et flûte traversière, en métal mais classés parmi les bois par les musiciens, relèvent selon l’Institut pour les Savoir-Faire Français de la spécialité « instruments à vent en métal ». Dans la liste officielle des métiers d’art (arrêté du 24 décembre 2015), le métier s’intitule « Facteur et/ou restaurateur d’instruments à vent », dans le domaine Facture instrumentale, avec deux spécialités : instruments à vent en bois et instruments à vent en métal ; la liste mentionne aussi le chaudronnier, qui met en forme les cuivres. La présentation exacte de ces spécialités est à vérifier sur le texte publié sur Légifrance (legifrance.gouv.fr). Vous pouvez situer ce métier parmi les autres sur notre panorama des 281 métiers d’art.
Cette page décrit les gestes du métier, les commandes actuelles, les métiers voisins, les diplômes vérifiés sur le RNCP (dont le nouveau CAP Facture d’instruments à vent, ouvert en septembre 2026), ce qu’on sait des revenus et la manière de choisir un réparateur.
Ce que fait un facteur d’instruments à vent au quotidien
Un instrument à vent doit être étanche. Une clarinette dont un tampon fuit, une trompette dont un piston frotte, un saxophone dont une clé est faussée après une chute : le musicien perd des notes, de la justesse ou de la facilité d’émission. Le travail courant du facteur consiste à retrouver cette étanchéité et ce confort de jeu.
- Le diagnostic. Il démonte l’instrument, contrôle l’étanchéité (à la lumière ou à l’aspiration), le jeu des clés et des axes, l’état des tampons, des lièges et des ressorts, les fentes du bois, les bosses et les soudures du métal. Il établit ensuite un devis.
- Le retamponnage et le réglage du mécanisme. Sur les bois et les saxophones, il remplace les tampons qui ferment les trous, les lièges et les feutres, puis règle la hauteur et la synchronisation des clés.
- Le travail du bois. Il rebouche ou goupille une fente sur un corps de clarinette ou de hautbois, refait un tenon, reprend une cheminée (le rebord d’un trou de note). En fabrication, il tourne et perce les corps dans des bois durs denses.
- Le travail du métal. Il débosselle les pavillons et les tubes à l’aide de mandrins et de billes, ressoude une pièce, redresse une branche, rode les pistons ou les barillets, fabrique au besoin une pièce ou un outil. En fabrication, le chaudronnier met en forme le métal en feuille : l’Institut pour les Savoir-Faire Français décrit un travail des « métaux en feuilles, auxquels il donne une forme cylindro-conique ».
- Le contrôle final. Il remonte l’instrument et vérifie justesse et émission en le jouant.
La fiche RNCP du nouveau CAP Facture d’instruments à vent résume bien cet éventail : accueil et conseil, diagnostic, devis, lecture de plans, soudure, fabrication d’outillage, débosselage, rebouchage, adaptation de pièces de mécanique, surfaçage des cheminées, réparation des fentes, montage, démontage et accord. L’outillage mêle tour, établi d’ajusteur, chalumeau et matériel de soudure, mandrins de débosselage, pinces et brucelles, et de nombreux outils faits à l’atelier.
Ce qu’un facteur d’instruments à vent fabrique ou restaure aujourd’hui
La France garde une fabrication d’instruments à vent active, surtout dans le haut de gamme. L’Institut pour les Savoir-Faire Français cite pour les bois les maisons Buffet Crampon, Marigaux, Rigoutat et Selmer, et pour les cuivres Antoine Courtois, Besson et Selmer. Il écrit que la facture des cuivres « est souvent semi-industrielle ». Ces chiffres et ces noms viennent de fiches non datées de l’Institut, qui s’appuie sur la Chambre syndicale de la facture instrumentale (CSFI) : selon elles, le marché des bois est estimé à 17,5 millions d’euros pour 35 000 instruments, avec des entreprises « exportatrices à plus de 75 % », et celui des cuivres à 8,4 millions d’euros pour 12 000 instruments, exportés à plus de 90 %. Prenez-les comme des ordres de grandeur, à vérifier auprès de l’Institut (institut-savoirfaire.fr) ou de la CSFI.
Cette fabrication a une histoire ancienne. Le musée des instruments à vent de La Couture-Boussey (Eure), labellisé musée de France depuis 2003, a été créé en 1888 par des ouvriers finisseurs en instruments de musique. Selon sa notice au ministère de la Culture, ses collections témoignent de l’intensité de la production d’instruments à vent dans ce village depuis les années 1700, notamment des flûtes, hautbois, clarinettes et bassons.
Côté atelier artisanal, les commandes types sont les suivantes :
- Musiciens amateurs et élèves : révision annuelle, retamponnage, réparation après une chute, préparation d’un instrument d’occasion.
- Musiciens professionnels : réglages fins, adaptations de mécanique, interventions rapides avant un concert ou une tournée.
- Écoles de musique, conservatoires, harmonies et orchestres : entretien d’un parc d’instruments, souvent prêtés aux élèves.
- Magasins de musique : préparation des instruments neufs et d’occasion, service après-vente. Beaucoup de facteurs travaillent dans un atelier attenant à un magasin, ce que relève aussi l’Institut.
- Collections et instruments anciens : restauration d’instruments historiques, où il faut décider ce qu’on conserve d’origine plutôt que de tout remplacer.
Pour un instrument ancien ou de famille, la question « le remettre en état de jeu ou le conserver tel quel » se pose comme pour tout objet patrimonial ; nous en parlons dans notre rubrique entretenir et restaurer.
Les métiers voisins, et comment ne pas les confondre
Le domaine de la facture instrumentale compte plusieurs métiers proches. Le tableau décrit les pratiques courantes ; les intitulés de métier ne sont pas des titres protégés, seuls les diplômes le sont.
| Métier | Ce qu’il fait | Différence avec le facteur d’instruments à vent |
|---|---|---|
| Fabricant d’anches | Fabrique les anches de clarinette, saxophone, hautbois ou basson, en roseau | Métier distinct dans la liste des 281 : il fait la pièce qui vibre, pas l’instrument |
| Facteur d’orgues | Construit et restaure les orgues à tuyaux | Instrument à vent lui aussi, mais à clavier et alimenté par une soufflerie ; filière propre |
| Facteur et/ou restaurateur d’instruments traditionnels | Restaure vielles, cornemuses, instruments anciens | Couvre certains instruments à vent populaires (cornemuse), avec une approche historique |
| Facteur de pianos, luthier | Instruments à cordes, frappées ou pincées et frottées | Autres matériaux, autres gestes, autres diplômes |
| Chaudronnier industriel | Met en forme des tôles pour l’industrie | Même famille de gestes, sans la dimension acoustique ni la finition d’un cuivre |
Pour les autres métiers de la musique, consultez notre page sur les métiers d’art de la facture instrumentale et celle consacrée au facteur de pianos.
Se former
Les diplômes
Ces diplômes relèvent de l’Éducation nationale. Leur statut a été vérifié sur le répertoire de France Compétences en octobre 2026. Ils sont rattachés au code ROME B1501 « Fabrication et réparation d’instruments de musique ».
- CAP Facture d’instruments à vent — RNCP42420, niveau 3, actif depuis le 1er septembre 2026, enregistrement jusqu’au 31 août 2031. Selon France Compétences, la première session d’examen est prévue en 2028. Il couvre les familles des bois et des cuivres. Ses blocs professionnels portent sur l’accueil et le conseil en espace de vente, l’étude et la préparation de l’intervention, la réparation et l’entretien d’instruments à vent. Emplois visés : réparateur, vendeur-réparateur d’instruments à vent, accordeur d’instrument.
- CAP Assistant technique en instruments de musique, option instruments à vent — RNCP36255, niveau 3, actif jusqu’au 31 août 2027. C’est le diplôme que remplace le CAP ci-dessus. L’ONISEP le décrit comme une formation de deux ans après la 3e, avec douze semaines de stage hors apprentissage.
- BMA Technicien en facture instrumentale, option instruments à vent — RNCP36340, niveau 4, actif, enregistrement jusqu’au 31 août 2027. Deux ans après un CAP du secteur. Selon l’ONISEP, il porte sur l’entretien et la réparation des clarinettes, flûtes traversières, saxophones et cuivres, ainsi que sur la fabrication et les modifications techniques. Sa fiche cite parmi les débouchés les ateliers et commerces, les conservatoires, les laboratoires de musées et les manufactures. Son renouvellement après 2027 n’est pas encore indiqué : à suivre sur la fiche RNCP de France Compétences (francecompetences.fr).
Où se former
D’après l’ONISEP, un seul établissement prépare le CAP option instruments à vent et le BMA option instruments à vent : l’ITEMM (Institut technologique européen des métiers de la musique), au Mans (72). L’ITEMM est un CFA ; il propose aussi, selon l’Institut pour les Savoir-Faire Français, des stages courts pour les professionnels. L’ITEMM a annoncé en mai 2026 la création des nouveaux CAP par famille d’instruments. La liste des établissements qui prépareront le CAP Facture d’instruments à vent n’était pas encore publiée par l’ONISEP en octobre 2026 : à vérifier sur onisep.fr.
Apprentissage, reconversion, VAE
Les fiches RNCP du CAP et du BMA ouvrent toutes les voies d’accès : formation scolaire, apprentissage, formation continue, contrat de professionnalisation, candidature libre et validation des acquis de l’expérience (VAE). Une reconversion passe le plus souvent par le CAP, puis par une période salariée dans un atelier ou un magasin avant toute installation. Savoir jouer d’un instrument à vent aide beaucoup pour tester une réparation, mais ce n’est pas une condition d’accès inscrite sur les fiches que nous avons consultées. Le métier demande de la minutie, une bonne vue et une habitude du travail des métaux comme du bois.
Pour construire un projet de reconversion (financement, choix du diplôme, stage d’observation), voyez notre guide de reconversion vers les métiers d’art.
Revenus et débouchés : ce qu’on peut dire
Nous ne donnons ici aucun salaire, et voici pourquoi. Les sources publiques traitent les facteurs d’instruments ensemble : le code ROME B1501 regroupe pianos, instruments à vent, guitares, accordéons et lutherie. Nous n’avons trouvé aucune série publique (INSEE, France Travail, ONISEP) qui isole la rémunération des facteurs d’instruments à vent. La fiche ONISEP « Facteur / Factrice d’instruments » n’a pas pu être lue en entier par nos outils ; si elle donne un salaire de débutant, il concerne tous les instruments. Les montants qui circulent en ligne viennent de sites d’emploi ou d’écoles, sans méthode publiée.
Ce que les sources officielles disent porte sur les employeurs. France Compétences cite, pour le CAP Facture d’instruments à vent, les entreprises de vente, de réparation et d’accord qui travaillent pour les musiciens professionnels et amateurs, les écoles de musique et conservatoires, les orchestres, les salles de spectacle, les associations et les collectivités. La fiche du BMA ajoute les laboratoires de musées, les manufactures et, avec l’expérience, la création d’entreprise.
Beaucoup de réparateurs s’installent à leur compte, souvent avec une activité de vente. Le statut, l’immatriculation et les premières démarches sont détaillés dans notre guide de l’artisan d’art.
Faire appel à un facteur d’instruments à vent
Quand ? Quand une note ne sort plus ou « canarde », quand une clé reste collée ou ne revient pas, après une chute, quand un piston ou une coulisse frotte, avant d’acheter un instrument d’occasion, ou pour une révision régulière. Sur une clarinette ou un hautbois en bois, une fente apparue doit être traitée vite : elle peut s’agrandir.
Ce que doit contenir un devis :
- le diagnostic écrit (étanchéité, mécanique, corps, soudures, bosses) ;
- la liste des travaux, en séparant l’indispensable de l’optionnel (révision simple ou retamponnage complet, par exemple) ;
- les pièces remplacées et ce qui est conservé d’origine, point important pour un instrument ancien ;
- le délai, avec une éventuelle solution de prêt si vous jouez en concert ;
- les conditions de paiement et la garantie sur les travaux.
Comment vérifier. Demandez le numéro SIRET et contrôlez-le sur l’Annuaire des entreprises de l’État (annuaire-entreprises.data.gouv.fr). Demandez quel diplôme le professionnel détient, où il s’est formé et s’il travaille sur votre famille d’instruments : un spécialiste des cuivres n’est pas forcément à l’aise sur un hautbois. Pour les prix, nous n’avons trouvé aucune donnée publique de référence : comparez des devis détaillés. Pour trouver un professionnel près de chez vous, consultez notre annuaire des artisans d’art.
Questions fréquentes
Comment devenir réparateur d’instruments à vent ?
La voie directe est le CAP : le CAP Facture d’instruments à vent (RNCP42420) depuis septembre 2026, ou l’ancien CAP Assistant technique en instruments de musique option instruments à vent jusqu’à son extinction. Le BMA Technicien en facture instrumentale option instruments à vent permet ensuite d’aller plus loin. Selon l’ONISEP, ces formations sont préparées à l’ITEMM du Mans. Toutes sont accessibles en apprentissage, en formation continue ou par la VAE.
Quelle différence entre un facteur et un luthier ?
Le luthier travaille les instruments à cordes (violon, guitare…). Le facteur travaille les autres familles : instruments à vent, pianos, orgues, accordéons. Dans le langage courant, on parle parfois de « luthier » pour tout fabricant d’instruments, mais la liste officielle des métiers d’art sépare bien les deux.
Faut-il savoir jouer d’un instrument à vent ?
Ce n’est pas une condition d’accès aux diplômes, d’après les fiches RNCP et ONISEP que nous avons consultées. En pratique, savoir jouer permet de tester l’instrument après réparation et de comprendre ce que le musicien décrit.
Tous les réparateurs travaillent-ils sur les bois et les cuivres ?
Non. Les diplômes couvrent les deux familles, mais beaucoup d’ateliers se spécialisent, par exemple dans les clarinettes et hautbois, ou dans les cuivres et saxophones. Demandez au professionnel quels instruments il répare le plus souvent avant de lui confier le vôtre.
Pourquoi La Couture-Boussey est-elle liée aux instruments à vent ?
Ce village de l’Eure produit des instruments à vent depuis les années 1700, selon la notice du musée des instruments à vent publiée par le ministère de la Culture. Le musée, fondé en 1888 par des ouvriers du métier, conserve des instruments, des archives, des outils et des machines du XVIIIe siècle à nos jours. Pour savoir quels ateliers y sont encore en activité, renseignez-vous auprès du musée ou de la mairie : nous ne l’avons pas vérifié.
Qu’est-ce que l’ITEMM du Mans ?
L’Institut technologique européen des métiers de la musique est un centre de formation (CFA) installé au Mans. Selon l’ONISEP, c’est le seul établissement qui prépare le CAP et le BMA option instruments à vent.
Sources
- Légifrance, Arrêté du 24 décembre 2015 fixant la liste des métiers d’art, consulté en octobre 2026.
- Institut pour les Savoir-Faire Français, Fiche « Facteur et/ou restaurateur d’instruments à vent en bois », non datée, consultée en octobre 2026.
- Institut pour les Savoir-Faire Français, Fiche « Facteur et/ou restaurateur d’instruments à vent en métal, chaudronnier », non datée, consultée en octobre 2026.
- France Compétences, RNCP42420 — CAP Facture d’instruments à vent, consulté en octobre 2026.
- France Compétences, RNCP36255 — CAP Assistant technique en instruments de musique, consulté en octobre 2026.
- France Compétences, RNCP36340 — BMA Technicien en facture instrumentale, consulté en octobre 2026.
- ONISEP, CAP assistant technique en instruments de musique option instruments à vent, consulté en octobre 2026.
- ONISEP, BMA technicien en facture instrumentale option instruments à vent, consulté en octobre 2026.
- ONISEP, Facteur / Factrice d’instruments, consulté en octobre 2026.
- Ministère de la Culture, plateforme POP (base Muséofile), Notice « Musée des instruments à vent », La Couture-Boussey, modifiée le 11 mai 2026, consultée en octobre 2026.
- ITEMM, Évolution historique pour la facture instrumentale : 4 nouveaux CAP voient le jour, 18 mai 2026, consulté en octobre 2026 (information de l’établissement, aucun chiffre repris).
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