Le marbrier est l’artisan qui scie, taille, façonne, polit et pose des éléments en marbre et en autres pierres naturelles destinés au bâtiment et à la décoration : cheminées, escaliers, dallages, plans de travail, vasques, revêtements muraux. Il travaille de la tranche brute jusqu’à la pose sur place.
Le mot recouvre deux réalités qu’on confond souvent. Le marbrier du bâtiment et de la décoration, dont traite cette page, aménage des intérieurs et des façades. Le marbrier funéraire fabrique et pose des monuments dans les cimetières. Les deux partagent la pierre, les machines et le diplôme de base ; leurs clients, leurs contraintes et leur cadre juridique diffèrent. Le marbrier se distingue aussi du tailleur de pierre, qui travaille surtout la pierre de construction en volume, et du sculpteur, dont l’objet est la forme.
Le métier figure dans la liste officielle des métiers d’art fixée par l’arrêté du 24 décembre 2015, dans le domaine Architecture et jardins, sous l’intitulé « Marbrier », sans spécialité précisée (rattachement relevé via l’Institut pour les Savoir-Faire Français : nous n’avons pas pu lire le texte lui-même, à vérifier sur Légifrance ; voir notre panorama des 281 métiers d’art). Cette page décrit les gestes et les commandes, les métiers voisins, les diplômes vérifiés au RNCP, ce qu’on peut dire honnêtement des revenus, et la façon de faire appel à un marbrier.
Ce que fait un marbrier au quotidien
La fiche ROME F1612 « Taille et décoration de pierres » de France Travail (lue dans sa version de 2019 ; la version actuelle n’a pas pu être consultée, vérifiez-la sur francetravail.fr), qui regroupe les appellations « Marbrier / Marbrière d’art » et « Tailleur de pierre-marbrier », décrit un travail « en atelier, en extérieur, au domicile des clients et parfois en hauteur ». Le référentiel du CAP marbrier parle d’une intervention « de la tranche à la pose ». Concrètement, une commande passe par ces étapes :
- Le relevé. Prise de cotes sur place, souvent avec un gabarit en carton, contreplaqué ou par relevé numérique, pour un plan de travail, une marche ou un habillage de cheminée. Un mur n’est jamais d’équerre ; le gabarit l’enregistre.
- Le choix de la tranche. Le marbre arrive en tranches sciées dans le bloc. Le marbrier les choisit en fonction des veines, des défauts, et de la façon dont elles se raccordent quand plusieurs pièces se suivent.
- Le débit et le façonnage. Découpe à la scie diamantée (pont de sciage, débiteuse, de plus en plus centre d’usinage à commande numérique), puis réalisation des chants, des moulures, des perçages et des découpes d’évier ou de plaque de cuisson.
- La finition. Ponçage à l’eau par grains successifs jusqu’à l’aspect voulu : poli (brillant), adouci (mat), flammé ou bouchardé pour les sols extérieurs antidérapants.
- L’assemblage et la pose. Manutention de pièces lourdes et fragiles, collage, scellement, calage, joints. C’est la partie chantier du métier, et celle où une tranche se casse.
- La restauration. Reprise d’éclats, recollage, bouchage au mastic teinté, repolissage d’un sol ou d’une cheminée ancienne.
Le marbre au sens strict est un calcaire métamorphique : il réagit aux acides. Mais le marbrier travaille aussi le granit, le calcaire, l’ardoise, le travertin, et de plus en plus des pierres reconstituées et des quartz agglomérés. Ce dernier point pèse sur la santé. L’INRS (fiche toxicologique n° 232, édition 2022) cite le travail des pierres reconstituées pour plans de travail parmi les secteurs exposés à la silice cristalline. Les poussières de silice cristalline alvéolaire sont reconnues cancérogènes : l’arrêté du 26 octobre 2020 a inscrit les travaux qui y exposent sur la liste des procédés cancérogènes (d’après l’INRS ; texte à vérifier sur Légifrance), et la silicose relève du tableau n° 25 des maladies professionnelles. La découpe à l’eau, l’aspiration à la source et la protection respiratoire ne sont pas des options dans un atelier de marbrerie.
Ce qu’un marbrier fabrique ou restaure aujourd’hui
La fiche France Travail cite des éléments « de construction extérieure (parements de fenêtres, pavés, escaliers…), intérieure (cheminées…) ou de décoration (corniches, fontaines, bancs…) ». Le référentiel du CAP ajoute l’agencement, le mobilier urbain et le funéraire. Dans les faits, on retrouve quatre grandes familles de commandes :
- Cuisine et salle de bains : plans de travail, crédences, vasques taillées dans la masse, receveurs de douche, habillages de baignoire.
- Sols, escaliers et revêtements : dallages, marches et contremarches, seuils, appuis de fenêtre, revêtements muraux, souvent pour des architectes d’intérieur et des agenceurs.
- Cheminées et décor : manteaux de cheminée neufs ou démontés et remontés, consoles, tables, objets. La marbrerie fine (marqueterie de marbre, gravure) est citée par l’Institut pour les Savoir-Faire Français parmi les spécialités du métier.
- Restauration et patrimoine : reprise de sols anciens, de cheminées, d’éléments d’églises ou de monuments. La fiche RNCP du CAP cite la restauration de monuments parmi les secteurs d’activité. L’intervention sur un monument historique protégé suit des règles propres de maîtrise d’œuvre.
Pour l’entretien d’un marbre chez soi (taches, produits à proscrire), voir notre article détaillé sur la marbrerie, du bloc à la pose et la rubrique entretenir et restaurer.
Les métiers voisins, et comment ne pas les confondre
Plusieurs métiers de la liste officielle touchent à la pierre. Les domaines indiqués sont ceux de l’arrêté de 2015.
| Métier | Domaine (liste 2015) | Ce qui le distingue du marbrier |
|---|---|---|
| Marbrier funéraire | Non distingué dans la liste (« Marbrier ») | Monuments, caveaux, gravure d’inscriptions en cimetière. Les opérations de creusement font partie du service des pompes funèbres, soumis à habilitation préfectorale. |
| Tailleur de pierre (notre page) | Architecture et jardins | Pierre de construction en volume (calcaire, grès), épures et stéréotomie, murs, voûtes, restauration de façades. |
| Sculpteur sur pierre (notre page) | Architecture et jardins | La forme est l’objet du travail : ornement, statuaire, ronde-bosse. |
| Marqueteur de pierres dures | Ameublement et décoration | Assemblage de fines plaques de pierres dures et colorées (technique dite de la mosaïque florentine). |
| Mosaïste | Ameublement et décoration | Composition à partir de petits éléments (tesselles) de pierre, de pâte de verre ou de céramique. |
| Marbreur sur papier | Papier, graphisme et impression | Aucun rapport avec la pierre : il décore du papier avec des couleurs flottant sur un bain, imitant les veines du marbre. |
Dans les faits, beaucoup d’entreprises cumulent marbrerie et taille de pierre, ou marbrerie de décoration et funéraire. La fiche ROME réunit d’ailleurs tous ces profils sous un même code.
Se former
Les diplômes vérifiés au RNCP
- CAP Marbrier du bâtiment et de la décoration : RNCP38393, niveau 3, actif (enregistré du 1er septembre 2023 au 31 août 2028), délivré par le ministère de l’Éducation nationale. Il remplace la version précédente, RNCP16128, inactive depuis le 31 août 2023. Il se prépare en 2 ans après la 3e, en 1 an après un autre CAP, selon l’ONISEP, avec 14 semaines de formation en milieu professionnel.
- Bac pro Métiers et arts de la pierre : RNCP38223, niveau 4, actif (2023-2028). Il couvre l’ensemble des métiers de la pierre ; la marbrerie n’y est pas une option à part.
- BP Métiers de la pierre : RNCP38724, niveau 4, actif (1er janvier 2024 au 31 décembre 2028). Sa fiche cite explicitement la marbrerie funéraire et de décoration, et l’appellation « marbrier » parmi les emplois visés. Il se prépare en 2 ans, en alternance, après un CAP du secteur.
Nous n’avons trouvé ni BMA, ni DMA, ni DN MADE portant le nom de marbrier. Le BTMS que cite encore la fiche de l’Institut pour les Savoir-Faire Français, « Métiers de la pierre », est inactif au RNCP depuis 2006 ; il a été remplacé par un BTMS Tailleur de pierre. Le concours « Un des Meilleurs Ouvriers de France » comporte une classe « Travaux marbriers » : c’est une distinction, pas une formation.
Où se former
L’ONISEP recense huit établissements préparant le CAP (consultation d’octobre 2026) : CFA de Haute-Corse (Furiani), CFA régional des Compagnons du Devoir (Marseille), CFA UNICEM (Louvigné-du-Désert), Institut Roches en Sidobre (Lacrouzette), lycée professionnel Camille-Claudel (Remiremont), lycée professionnel Jacques-Le-Caron (Arras), lycée des métiers d’art Charles-Gide (Uzès) et Unicem Campus AURA (Montalieu-Vercieu). Cette liste évolue d’une rentrée à l’autre : vérifiez-la sur la fiche ONISEP avant de candidater.
Apprentissage, reconversion, VAE
Le CAP est ouvert, selon sa fiche RNCP, à la formation initiale, à l’apprentissage, à la formation continue, au contrat de professionnalisation, à la candidature individuelle et à la validation des acquis de l’expérience (VAE). Un adulte en reconversion peut donc le préparer en un an s’il a déjà un diplôme, ou le présenter en candidat libre. Le métier est physique : manutention lourde, travail debout, bruit, eau, poussières. Un stage en atelier avant de s’engager reste la meilleure vérification. Pour construire ce parcours (financement, choix de l’organisme, calendrier), voir notre guide de la reconversion dans les métiers d’art.
Revenus et débouchés : ce qu’on peut dire
Pourquoi cette page ne donne aucun salaire
Nous n’avons trouvé aucune source publique qui mesure la rémunération des marbriers. La fiche ROME F1612 de France Travail ne publie pas de salaire, et elle mélange de toute façon tailleurs de pierre, graveurs, sculpteurs et marbriers. Nous n’avons pas trouvé de fiche métier ONISEP propre au marbrier, sans avoir pu le confirmer sur le moteur de recherche de l’ONISEP : vérifiez sur onisep.fr. Les montants qui circulent viennent de sites d’emploi, sans méthode publiée : nous ne les reprenons pas.
Les débouchés, eux, sont en partie documentés. Selon les données InserJeunes reprises par l’ONISEP (édition 2024), parmi les sortants du CAP Marbrier du bâtiment et de la décoration, 26 % étaient en emploi six mois après et 64 % poursuivaient leurs études (l’ONISEP ne précise pas l’année de la cohorte mesurée : vérifiez sur sa fiche) ; ce sont des effectifs faibles, à lire avec prudence. L’ONISEP indique que le titulaire peut travailler dans le bâtiment, l’agencement, les carrières ou le funéraire. L’Institut pour les Savoir-Faire Français avance un nombre d’entreprises de taille de pierre et de marbrerie en France, mais sans année ni méthode : nous ne le reprenons pas.
Si vous envisagez de vous installer, le statut, l’immatriculation et la qualité d’artisan d’art sont traités dans notre guide de l’artisan d’art. Pour un ordre de grandeur de salaire réel, interrogez France Travail et votre chambre de métiers et de l’artisanat, en précisant le statut visé.
Faire appel à un marbrier
On fait appel à un marbrier pour un plan de travail ou une vasque en pierre, un escalier, un dallage, un habillage de cheminée, ou pour reprendre un marbre ancien abîmé. Nous ne donnons pas de prix : nous n’avons trouvé aucune donnée publique de tarifs. Ce qui se vérifie, c’est le contenu du devis. Demandez qu’il précise :
- le nom de la pierre et, si possible, sa provenance, plutôt qu’un simple « marbre blanc » ou « granit noir » ;
- la nature du matériau : pierre naturelle, pierre reconstituée ou quartz aggloméré, qui ne se comportent ni ne s’entretiennent de la même façon ;
- l’épaisseur, la finition (poli, adouci, flammé…) et le profil des chants ;
- le nombre de pièces et l’emplacement des joints, et si vous pourrez choisir ou voir les tranches avant découpe ;
- les découpes (évier, plaque, robinetterie), le relevé sur place, la livraison, la pose et l’éventuel traitement hydrofuge ou oléofuge ;
- le délai et les conditions en cas de casse d’une tranche avant pose.
Vérifiez ensuite l’entreprise : son numéro SIREN, son activité déclarée, et, pour des travaux de construction (escalier, dallage scellé ; pour un plan de travail ou d’autres ouvrages, nous n’avons pas pu vérifier si elle s’applique, demandez-le à l’entreprise et à son assureur), l’attestation d’assurance décennale que la loi impose aux constructeurs (articles L241-1 et suivants du Code des assurances). Demandez à voir des réalisations comparables à votre projet. Pour trouver un professionnel près de chez vous, consultez notre annuaire des artisans d’art.
Questions fréquentes
Quelle différence entre un marbrier et un marbrier funéraire ?
Le marbrier du bâtiment et de la décoration aménage des maisons et des bâtiments : cuisines, salles de bains, escaliers, cheminées. Le marbrier funéraire fabrique et pose des monuments et des caveaux. Le CAP est le même pour les deux. Celui qui réalise aussi des opérations de creusement doit être habilité par la préfecture, car ces opérations font partie du service extérieur des pompes funèbres.
Quel diplôme pour devenir marbrier ?
Le diplôme de base est le CAP Marbrier du bâtiment et de la décoration (RNCP38393, niveau 3). On peut poursuivre en BP Métiers de la pierre (RNCP38724) ou en bac pro Métiers et arts de la pierre (RNCP38223), tous deux de niveau 4. Il n’existe pas de BMA ni de DMA marbrier.
Peut-on devenir marbrier en reconversion ?
Oui. Le CAP est accessible en formation continue, en apprentissage selon l’âge, en candidat libre et par la VAE. Avec un premier diplôme, la formation dure un an. Vérifiez avant tout votre tolérance au port de charges et au travail en atelier humide et bruyant.
Combien gagne un marbrier ?
Nous ne pouvons pas répondre de manière sourcée. Aucun organisme public ne publie de salaire pour ce métier précis : la fiche France Travail ne donne pas de chiffre et regroupe plusieurs métiers de la pierre. Les montants qu’on lit en ligne viennent de sites d’emploi sans méthode décrite. Adressez-vous à France Travail ou à votre chambre de métiers pour un ordre de grandeur local.
Le quartz de synthèse est-il dangereux pour le marbrier ?
Sa découpe et son polissage dégagent des poussières de silice cristalline, comme celles de nombreuses pierres naturelles. L’INRS cite le travail des pierres reconstituées pour plans de travail parmi les secteurs exposés. Ces poussières sont cancérogènes et causent la silicose. Le travail à l’eau, l’aspiration et la protection respiratoire sont indispensables.
Le marbrier est-il un métier d’art officiel ?
Oui. « Marbrier » figure dans la liste des métiers d’art fixée par l’arrêté du 24 décembre 2015, dans le domaine Architecture et jardins. Une personne qui l’exerce peut se voir reconnaître la qualité d’artisan d’art par sa chambre de métiers et de l’artisanat, si elle justifie d’un diplôme ou d’une expérience professionnelle suffisante. Les conditions exactes, que nous n’avons pas relues, sont fixées par le décret n° 98-247 du 2 avril 1998 : vérifiez-les sur Légifrance ou auprès de votre chambre de métiers.
Sources
- Légifrance – « Arrêté du 24 décembre 2015 fixant la liste des métiers d’art », consulté en octobre 2026 – https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000031941949/
- France Compétences – « RNCP38393 – CAP Marbrier du bâtiment et de la décoration », consulté en octobre 2026 – https://www.francecompetences.fr/recherche/rncp/38393/
- France Compétences – « RNCP16128 – CAP marbrier du bâtiment et de la décoration (inactif) », consulté en octobre 2026 – https://www.francecompetences.fr/recherche/rncp/16128/
- France Compétences – « RNCP38223 – Bac pro Métiers et arts de la pierre », consulté en octobre 2026 – https://www.francecompetences.fr/recherche/rncp/38223/
- France Compétences – « RNCP38724 – BP Métiers de la pierre », consulté en octobre 2026 – https://www.francecompetences.fr/recherche/rncp/38724/
- France Compétences – « RNCP1480 – Métiers de la pierre (BTMS), inactif », consulté en octobre 2026 – https://www.francecompetences.fr/recherche/rncp/1480/
- ONISEP – « CAP marbrier du bâtiment et de la décoration (données InserJeunes 2024) », consulté en octobre 2026 – https://www.onisep.fr/ressources/univers-formation/formations/lycees/cap-marbrier-du-batiment-et-de-la-decoration
- Institut pour les Savoir-Faire Français – « Fiche métier Marbrier », consulté en octobre 2026 – https://www.institut-savoirfaire.fr/metiers-art/fiches-metiers/architecture-et-jardins/marbrier
- France Travail – « Fiche ROME F1612 – Taille et décoration de pierres (version 2019) », consulté en octobre 2026 – https://www.francetravail.fr/files/live/sites/grand-est/files/20190318_F1612.pdf
- INRS – « Fiche toxicologique n° 232 – Silice cristalline (2022) », consulté en octobre 2026 – https://www.inrs.fr/dam/ficheTox/FicheFicheTox/FICHETOX_232-1.pdf
- INRS – « Tableau n° 25 du régime général des maladies professionnelles », consulté en octobre 2026 – https://www.inrs.fr/publications/bdd/mp/tableau.html?refINRS=RG+25
- Entreprendre.service-public.fr – « Services funéraires : obtenir une habilitation funéraire », consulté en octobre 2026 – https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F34485
- Légifrance – « Code des assurances, articles L241-1 et suivants (assurance des travaux de construction) », consulté en octobre 2026 – https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006073984/LEGISCTA000006142820/
- COET-MOF – « Métier : Travaux marbriers (concours Un des Meilleurs Ouvriers de France) », consulté en octobre 2026 – https://espace-candidat.meilleursouvriersdefrance.org/fr/article/metier-travaux-marbriers
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