Un artisan d’art qui se trompe de régime fiscal ne le découvre pas tout de suite. Il le découvre un an plus tard, quand l’administration réclame une TVA qu’il n’a jamais facturée à ses clients, ou quand il comprend qu’il a payé 71 % d’abattement forfaitaire sur un chiffre d’affaires dont les charges réelles représentaient 80 %. Cette page rassemble les règles qui s’appliquent réellement, à jour du 24 septembre 2026, avec la source officielle de chaque chiffre.
Trois erreurs circulent beaucoup en ce moment. Le seuil de TVA à 25 000 € n’existe pas : il a été abrogé, pas reporté. « Artisan d’art » ne veut pas dire « TVA à 5,5 % » : la bijouterie et la production en série restent à 20 %. Et l’obligation de recevoir des factures électroniques n’arrive pas : elle est entrée en vigueur le 1er septembre 2026.
1. La question à trancher avant toutes les autres : artiste-auteur ou artisan d’art ?
Ce n’est pas un choix, c’est une qualification : elle se constate au regard de la nature de votre activité. Et elle commande tout le reste — votre caisse sociale, votre catégorie d’imposition, votre seuil de TVA, votre exonération de CFE.
Le critère de départage est la création personnelle opposée à la reproduction en série. La doctrine fiscale est explicite : reste dans le champ artistique celui qui crée personnellement l’œuvre, même s’il se fait aider pour la partie matérielle. Bascule dans le champ commercial celui qui dirige « un atelier de plusieurs ouvriers pour l’exécution d’œuvres dont ils ne sont pas les auteurs ou pour la reproduction en série d’œuvres ».
| Artiste-auteur | Artisan d’art | |
|---|---|---|
| Caisse sociale | Sécurité sociale des artistes-auteurs (Urssaf Limousin) + IRCEC | Sécurité sociale des indépendants, ou micro-entrepreneur |
| Immatriculation | Pas d’inscription au répertoire des métiers | Répertoire des métiers, auprès de la CMA |
| Catégorie fiscale | BNC (ou traitements et salaires pour les droits d’auteur déclarés par des tiers) | BIC |
| Seuil micro 2026 | 83 600 €, abattement 34 % | 203 100 € en vente de biens (abattement 71 %) ; 83 600 € en prestations (50 %) |
| Seuil de franchise de TVA | 50 000 € / 55 000 € | 85 000 € / 93 500 € en vente de biens |
| CFE | Exonération de plein droit pour peintres, sculpteurs, graveurs, photographes | Soumis, sauf exonération sous trois conditions (voir §5) |
Si vous hésitez sur votre situation, tranchez-la avant de lire la suite : appliquer les règles de l’autre statut est l’erreur la plus coûteuse de cette page.
2. La TVA : d’abord la franchise, ensuite le taux
Les seuils de franchise en base réellement en vigueur
Sous ces seuils, vous ne facturez pas la TVA et vous ne la récupérez pas. Vous portez la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI » sur vos factures.
| Activité | Seuil (CA de l’année précédente) | Seuil majoré (CA de l’année en cours) |
|---|---|---|
| Vente de biens — le cas de l’artisan qui vend ses créations | 85 000 € | 93 500 € |
| Prestations de services | 37 500 € | 41 250 € |
| Auteurs d’œuvres de l’esprit (activité spécifique) | 50 000 € | 55 000 € |
Le seuil unique à 25 000 € n’existe pas. Il a été instauré par la loi de finances pour 2025, suspendu par le ministère de l’Économie le 30 avril 2025, puis abrogé par la loi du 3 novembre 2025. Il n’a jamais produit d’effet. Si un confrère ou un article vous parle d’un « report », c’est une information périmée depuis presque un an.
Ce qui se passe quand vous dépassez
- Vous dépassez le seuil ordinaire sans atteindre le seuil majoré (entre 85 000 € et 93 500 €) : vous gardez la franchise jusqu’au 31 décembre, et vous devenez redevable le 1er janvier suivant. Vous avez donc le temps de vous organiser.
- Vous franchissez le seuil majoré en cours d’année (93 500 €) : la franchise tombe à la date même du dépassement. La vente qui vous fait franchir le seuil est déjà soumise à TVA. Pas de rétroactivité sur le début de l’année, mais pas de délai non plus.
C’est la mécanique qui piège le plus d’artisans : une grosse commande en novembre peut vous faire basculer du jour au lendemain, sur une facture que vous aviez chiffrée hors taxe.
À noter si vous vendez en ligne dans l’Union européenne : une franchise européenne existe depuis le 1er janvier 2025, plafonnée à 100 000 € de chiffre d’affaires dans l’UE, sous réserve d’une notification préalable à l’administration française.
Le taux de 5,5 % : à qui il s’applique vraiment
Depuis le 1er janvier 2025, l’ensemble des livraisons d’œuvres d’art relève du taux réduit de 5,5 % (article 278-0 bis du CGI, issu de la loi de finances pour 2024). Ce taux n’est plus réservé à l’auteur : galeries et intermédiaires en bénéficient aussi. Le taux de 10 %, que l’on lit encore partout, ne s’applique pas aux œuvres d’art.
Mais « œuvre d’art » est une notion fiscale stricte, définie à l’article 98 A de l’annexe III au CGI. Elle ne se confond pas avec « objet fait main ».
| Relève du 5,5 % | Condition posée par le texte |
|---|---|
| Peintures, dessins, collages | Entièrement exécutés à la main par l’artiste |
| Gravures, estampes, lithographies | Tirées en nombre limité, planches exécutées à la main ; procédés mécaniques exclus |
| Sculpture et art statuaire | Exécutée entièrement par l’artiste ; fontes limitées à 8 exemplaires |
| Tapisseries et textiles muraux | Faits à la main d’après cartons d’artiste, 8 exemplaires maximum, numérotés |
| Céramiques | Exemplaires uniques entièrement exécutés par l’artiste et signés par lui |
| Émaux sur cuivre | Entièrement exécutés à la main, 8 exemplaires numérotés et signés |
| Photographies | Prises et tirées par l’auteur ou sous son contrôle, signées et numérotées, 30 exemplaires maximum |
Restent au taux normal de 20 %, quelle que soit la qualité du travail : la bijouterie, la joaillerie et l’orfèvrerie — sans exception ; les articles manufacturés décorés à la main ; tout ce qui est obtenu par procédé mécanique ; les objets confectionnés à partir de tapisseries, comme les sacs ou les coussins.
La conséquence est directe pour deux métiers. Un céramiste qui produit en série — plusieurs exemplaires identiques d’un même bol — sort de la définition : seule la pièce unique signée relève du 5,5 %. Un bijoutier d’art est à 20 % sur toute sa production, même sur une pièce unique. Ce n’est pas un jugement sur la valeur du travail, c’est une nomenclature fiscale.
Le régime de la marge ne vous concerne probablement pas
Le régime de la marge (article 297 A du CGI) taxe uniquement la différence entre prix d’achat et prix de vente. Il est réservé aux assujettis-revendeurs qui achètent à des non-assujettis. Un artisan qui vend sa propre création n’est pas revendeur : il applique le 5,5 % sur le prix de vente total. Les deux régimes sont d’ailleurs exclusifs l’un de l’autre — une vente à la marge ne peut pas bénéficier du taux réduit.
3. L’imposition des bénéfices : micro ou réel
Un artisan d’art relève en principe des BIC. Il bascule en BNC s’il crée personnellement, sans atelier de production en série — c’est le même critère qu’au paragraphe 1.
| Régime | Vente de biens | Prestations de services / BNC |
|---|---|---|
| Micro (2026 à 2028) | CA ≤ 203 100 € | CA ≤ 83 600 € |
| Réel simplifié | 203 100 € à 945 000 € | 83 600 € à 286 000 € |
| Réel normal | au-delà de 945 000 € | au-delà de 286 000 € |
| Abattement forfaitaire en micro | 71 % | 50 % en BIC, 34 % en BNC |
Attention à une source officielle périmée. La page d’impots.gouv.fr intitulée « Le régime unique des micro-entreprises » affiche encore les seuils de 2025 (188 700 € et 77 700 €). Les seuils en vigueur pour 2026-2028 sont ceux du barème BOFiP mis à jour le 19 août 2026, repris ci-dessus.
Le micro est simple, mais l’abattement est forfaitaire : il vaut ce qu’il vaut, quelles que soient vos charges réelles. Pour un métier à forts investissements — un four, un atelier, des matières premières coûteuses — les 71 % d’abattement peuvent être nettement moins favorables que la déduction des charges au réel. L’option pour le réel est ouverte à tout moment, même sous les seuils : elle mérite d’être calculée plutôt que subie.
4. Les cotisations sociales
En micro-entreprise
| Activité | Cotisations sociales | Formation professionnelle |
|---|---|---|
| Vente de marchandises | 12,3 % du chiffre d’affaires | 0,3 % (taux artisan) |
| Prestations de services artisanales et commerciales | 21,2 % | 0,3 % |
| Professions libérales non réglementées (BNC) | 25,6 % | 0,2 % |
Ce taux couvre l’ensemble : maladie-maternité, indemnités journalières, retraite de base et complémentaire, invalidité-décès, allocations familiales, CSG-CRDS. La contribution à la formation professionnelle s’y ajoute et se paie en novembre. Chiffre d’affaires nul, cotisations nulles — avec la possibilité de demander des cotisations minimales pour maintenir ses droits.
Une précision d’honnêteté : l’Urssaf a publié une évolution au 1er janvier 2026 portant sur la répartition interne des cotisations, avec une part contributive accrue. Le détail chiffré de cette réallocation n’est pas consultable — le site de l’Urssaf bloque l’accès automatisé. Les taux globaux ci-dessus sont vérifiés au 1er janvier 2026 ; nous ne dirons pas s’ils ont augmenté ou non par rapport à 2025 faute de pouvoir le vérifier.
Au régime réel
Le décret du 5 juillet 2024 a créé une assiette sociale unique pour les cotisations et la CSG-CRDS, en remplacement des deux assiettes antérieures. L’assiette correspond au revenu brut diminué d’un abattement forfaitaire de 26 %. La part de CSG-CRDS diminue, la part contributive augmente : à prélèvement comparable, vous acquérez davantage de droits.
| Cotisation | Taux ou montant 2026 |
|---|---|
| Retraite de base | 17,87 % jusqu’à 48 060 €, puis 0,72 % au-delà |
| Retraite complémentaire | 8,1 % jusqu’à 48 060 €, puis 9,1 % |
| Maladie-maternité | 0 % à 9 % selon le revenu |
| Invalidité-décès | 1,30 % jusqu’à 48 060 € |
| CSG-CRDS | 9,70 % sur les revenus d’activité |
| Formation professionnelle | 139 € par an pour un artisan |
5. La CFE et l’exonération que beaucoup d’artisans ignorent
L’artisan d’art est en principe soumis à la cotisation foncière des entreprises. Mais l’article 1452 du CGI prévoit une exonération permanente et de plein droit pour les artisans travaillant seuls ou avec une main-d’œuvre strictement limitée. Elle est méconnue et souvent applicable à un atelier d’art.
Trois conditions cumulatives, dans les termes de la doctrine fiscale :
- Exercer une activité où le travail manuel est prépondérant. Le texte précise que « l’exonération peut donc être accordée aux artisans qui s’aident de quelques machines » — posséder un tour ou une scie ne disqualifie pas.
- Ne pas spéculer sur la matière première : pas de stock au-delà des besoins normaux de l’atelier.
- Ne pas utiliser d’installations d’une importance telle qu’une part importante de votre rémunération viendrait du capital engagé plutôt que de votre travail.
La main-d’œuvre admise sans perdre l’exonération : votre conjoint ou partenaire de PACS, vos enfants (gendre et belle-fille compris), un ou plusieurs apprentis de 20 ans au plus au début de l’apprentissage sous contrat, et les travailleurs handicapés. En revanche, un frère ou un salarié ordinaire fait tomber l’exonération.
Un repère utile, tiré d’un rescrit publié : un artisan coiffeur exerçant seul avec trois fauteuils, trois bacs et deux séchoirs, pour une valeur brute de 22 595 € d’équipement, conserve l’exonération. L’administration a jugé que ces équipements étaient indispensables à l’activité et que celle-ci reposait principalement sur l’habileté manuelle. C’est un ordre de grandeur transposable à un atelier d’art.
6. Facturation électronique : ce qui s’applique depuis le 1er septembre 2026
Ce n’est plus une échéance à venir. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent être en capacité de recevoir des factures électroniques. Concrètement : vous devez avoir choisi et raccordé une plateforme agréée. Si ce n’est pas fait, c’est le premier point à traiter en sortant de cette page.
| Date | Ce qui s’impose |
|---|---|
| 1er septembre 2026 | Toutes les entreprises : être en capacité de recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée. Les grandes entreprises et ETI doivent en outre émettre et transmettre les données d’e-reporting. |
| 1er septembre 2027 | PME, TPE et micro-entreprises : obligation d’émettre des factures électroniques et de transmettre les données d’e-reporting. |
D’ici septembre 2027, vous pouvez donc continuer à émettre vos factures au format papier ou PDF. Mais vous devez déjà pouvoir recevoir celles de vos fournisseurs par la plateforme. Le texte prévoit une mise en demeure de trois mois avant sanction en cas de défaut de réception, et des amendes par facture pour le défaut d’émission le moment venu (articles 289 bis, 290, 1737 et 1788 D du CGI).
Un point que nous ne trancherons pas faute de source : le guide officiel ne dit pas explicitement ce qu’il advient des entreprises en franchise en base. Elles restent des assujetties à la TVA, simplement dispensées de la payer, ce qui laisse penser qu’elles sont dans le champ — mais nous n’avons trouvé aucun document officiel qui le confirme noir sur blanc. Si vous êtes en franchise, posez la question à votre plateforme ou à votre service des impôts des entreprises plutôt que de vous fier à une déduction, fût-elle la nôtre.
7. Le crédit d’impôt métiers d’art, tant qu’il existe
Le crédit d’impôt en faveur des métiers d’art s’élève à 10 % des dépenses éligibles, porté à 15 % pour les entreprises labellisées Entreprise du Patrimoine Vivant, dans la limite de 30 000 € par an et par entreprise. Il suppose qu’au moins 30 % de la masse salariale soit consacrée à des salariés exerçant un métier d’art, ou d’appartenir à un secteur désigné, ou de détenir le label EPV.
Il s’éteint au 31 décembre 2026 : seules les dépenses exposées jusqu’à cette date ouvrent droit au crédit. Aucune prorogation n’est publiée à ce jour. Nous détaillons l’échéance et ce qu’il faut engager avant dans un article dédié : le crédit d’impôt métiers d’art s’arrête le 31 décembre 2026.
Pour aller plus loin
- Le choix de votre forme juridique conditionne une partie de ce qui précède : statut juridique de l’artisan d’art.
- Les dispositifs de financement et leurs conditions : aides et financements des artisans d’art.
- La qualification d’artisan d’art, qui ouvre certains dispositifs : labels et qualifications.
Comment cette page est tenue à jour. Chaque chiffre provient d’une source officielle — BOFiP, service-public.gouv.fr, impots.gouv.fr — dont la date de mise à jour a été relevée au moment de la rédaction. Là où nous n’avons pas pu vérifier, nous l’écrivons plutôt que de combler. Cette page ne remplace pas l’avis d’un expert-comptable sur votre situation : elle vous permet d’arriver au rendez-vous en sachant de quoi il parle.
Questions fréquentes
Quelle TVA appliquer pour la vente de créations d’artisanat d’art ?
Depuis le 1er janvier 2025, l’ensemble des livraisons d’œuvres d’art, d’objets de collection et d’antiquité relève du taux réduit de 5,5 % (article 278-0 bis du CGI, issu de la loi de finances pour 2024). Ce taux n’est plus réservé à l’auteur et à ses ayants droit : il s’applique aussi aux galeries et aux intermédiaires. Le taux de 10 % ne s’applique pas aux œuvres d’art.Exception : la vente soumise au régime de la marge bénéficiaire (article 297 A du CGI) reste exclue du taux réduit.Attention à la confusion la plus courante : un produit artisanal courant — poterie utilitaire, bijou de série, mobilier — n’est pas une œuvre d’art au sens fiscal et reste au taux normal de 20 %.
Ajouter un commentaire