Le chaumier est l’artisan qui couvre les toits de chaume : roseau, paille de seigle ou de blé, posés en bottes serrées et fixées à la charpente. Le métier figure dans la liste officielle des 281 métiers d’art fixée par l’arrêté du 24 décembre 2015, dans le domaine Architecture et jardins. La définition officielle va jusqu’à la préparation de la matière : après le battage au fléau, le chaumier « débarrasse la paille des herbes de pied, la lie en bottes, la sèche et en assure la pose ».
Il ne faut pas le confondre avec le couvreur du patrimoine bâti, autre métier de la même liste. Ce dernier monte ou restaure « l’ensemble constitué par la couverture d’un édifice et son armature » ; ses spécialités vont des ornements de toiture à la lauze et à la lave. Le chaumier, lui, ne travaille qu’une famille de matériaux, des tiges végétales, et c’est cette matière qui dicte ses gestes, ses outils et ses contraintes réglementaires. En France, les toits de chaume se concentrent en Brière, dans le Golfe du Morbihan, en Normandie et en Camargue.
Cette page décrit le travail au quotidien, ce que l’on commande aujourd’hui à un chaumier, les métiers voisins, la formation réellement disponible, ce que l’on peut dire — et ne pas dire — des revenus, puis les points à vérifier avant de faire refaire un toit de chaume : urbanisme, assurance, devis.
Ce que fait un chaumier au quotidien
Le travail se déroule surtout sur le toit, en équipe réduite. La fiche d’inventaire du patrimoine culturel immatériel consacrée aux savoir-faire chaumiers du Golfe du Morbihan et de Brière, publiée par le ministère de la Culture (inventaire 2020), décrit un savoir-faire qui va « depuis sa récolte et son conditionnement jusqu’à sa pose en couverture et son entretien ».
Les étapes d’un chantier se suivent dans cet ordre :
- La dépose de l’ancienne couverture, quand il s’agit d’une réfection, et le contrôle du support : chevrons, liteaux, état de la charpente.
- La préparation des bottes : tri, calibrage, nettoyage des tiges. Le roseau est aujourd’hui le matériau dominant ; la paille de seigle reste la tradition du Golfe du Morbihan.
- La pose, rang après rang, du bas du versant vers le faîtage. Deux techniques coexistent selon la fiche du ministère : une pose verticale « à la poignée » et une pose horizontale dite « technique hollandaise », aujourd’hui « largement privilégiée ».
- Le battage des bottes posées avec une palette, pour régler la surface et serrer la couverture.
- Le faîtage, point le plus exposé du toit. Il est soit végétalisé, avec de la terre et des plantations, soit maçonné au mortier.
- Les points singuliers : rives, noues, lucarnes, souches de cheminée, raccords avec d’autres matériaux.
Les outils sont spécifiques au chaume. La même fiche cite la palette ou battoir, dont le poids varie de 0,5 à 2,4 kg selon le matériau, les aiguilles « femelle » et « mâle » qui font passer les fils d’attache, le fil d’acier galvanisé, la barre de fixation, les chevalets et crémaillères qui permettent de travailler sur le versant.
Une part du métier est l’entretien. La fiche du ministère mentionne le démoussage, le repiquage des zones abîmées et des traitements contre les champignons. Le travail se fait en hauteur, par tous les temps : il suppose une bonne condition physique et le respect des règles de prévention des chutes.
Ce qu’un chaumier fabrique ou restaure aujourd’hui
Le chaumier ne fabrique pas d’objets : il réalise des couvertures, neuves ou restaurées. Les commandes relèvent de quelques familles :
- La réfection complète d’une chaumière ancienne, la commande la plus courante dans les zones où le chaume est encore présent.
- Les réparations et l’entretien : reprise d’un faîtage, d’une zone dégradée, démoussage.
- Les constructions neuves. Le chaume n’est pas réservé au bâti ancien : la fiche du ministère indique que 35 % des chaumières de Brière relèvent du bâti contemporain.
- Les bâtiments publics ou patrimoniaux, comme l’écomusée de Saint-Degan, dans le Morbihan, refait en paille de seigle en 2018 selon la même fiche.
Le parc à entretenir est concentré. La fiche d’inventaire du ministère, réalisée en 2019-2020, recense plus de 2 200 toitures en chaume en Brière et environ une centaine dans le Golfe du Morbihan. L’Institut pour les Savoir-Faire Français signale aussi environ une centaine de chaumières le long de la « Route des chaumières », dans le Parc naturel régional des Boucles de la Seine normande. Nous n’avons trouvé aucun recensement national officiel des toits de chaume.
Les clients sont surtout des particuliers, parfois des communes. Depuis les années 2000, la fiche du ministère fait état du « développement de champignons et cyanobactéries » qui causent une « dégradation anormale et prématurée » des couvertures, en particulier en Brière.
Les métiers voisins, et comment ne pas les confondre
La liste officielle des métiers d’art distingue plusieurs métiers de la couverture. Le tableau ci-dessous reprend leurs définitions.
| Métier | Matériau | Ce qui le distingue |
|---|---|---|
| Chaumier | Roseau, paille de seigle ou de blé | Couverture végétale uniquement, de la préparation des bottes à la pose |
| Couvreur du patrimoine bâti | Tous matériaux traditionnels | Monte ou restaure la couverture et son armature ; spécialités couvreur ornemaniste, lauzier, lavier |
| Ardoisier | Ardoise | Met en forme, perce et fixe les ardoises |
| Fabricant de bardeaux ou de lattes | Bois vert de châtaignier, parfois chêne | Fend le bois en lattes de quelques millimètres ; fabrique le matériau, ne couvre pas forcément |
| Couvreur (bâtiment) | Tuile, ardoise, métal | Métier courant du bâtiment, hors liste des métiers d’art |
Un couvreur généraliste peut savoir poser du chaume : le BP Couvreur cite le chaume parmi les matériaux mis en œuvre. Mais la pratique régulière du chaume reste le fait d’entreprises spécialisées, peu nombreuses.
Se former
Diplômes
Il n’existe aucun diplôme de l’Éducation nationale propre au chaume. La fiche du ministère de la Culture le dit explicitement, et l’Institut pour les Savoir-Faire Français écrit qu’« il n’existe aucune formation dédiée au métier de couvreur chaumier » dans le système scolaire.
La seule certification spécifique est un CQP (certificat de qualification professionnelle) Ouvrier professionnel couvreur chaumier, délivré par la branche du bâtiment (CPNE conjointes du bâtiment et des travaux publics). Il figure dans la liste des CQP du CCCA-BTP de mars 2025. Le référentiel publié par l’Observatoire des métiers du BTP le positionne au niveau II, coefficient 185, de la convention collective des ouvriers du bâtiment, et indique une validité jusqu’en décembre 2026. Nous n’avons pas pu vérifier son renouvellement : renseignez-vous auprès du BTP CFA Pays de la Loire avant de vous inscrire. Nous n’avons pas trouvé ce CQP enregistré au RNCP ; le CFA qui le prépare l’annonce « sans équivalence de niveau ».
Les diplômes généraux de la couverture donnent une base utile :
- le CAP Couvreur, niveau 3, enregistré sous le numéro RNCP41834 (actif, parcours ouverts depuis le 1er septembre 2026), qui remplace le RNCP35889 ;
- le BP Couvreur, niveau 4, RNCP38725 (actif, enregistrement jusqu’au 31 décembre 2026), dont la fiche mentionne la mise en œuvre de « nombreux matériaux (ardoises, métaux, tuiles, chaume,…) ».
Écoles et centres
Le CQP couvreur chaumier est préparé au BTP CFA Pays de la Loire, site de Saint-Brevin-les-Pins (Loire-Atlantique), en un an adaptable selon le profil. Selon l’Institut pour les Savoir-Faire Français, l’inscription au CQP se fait auprès de l’Association nationale des couvreurs chaumiers (ANCC), qui propose aussi des formations courtes non diplômantes pour s’initier. Nous ne citons pas d’autres centres : nous n’avons pas pu vérifier leur offre.
Apprentissage, reconversion, VAE
L’essentiel de la formation se fait sur les chantiers. La fiche du ministère de la Culture estime qu’il faut « 2 à 5 années de pratique » auprès d’un artisan expérimenté. La voie la plus réaliste reste un CAP Couvreur en apprentissage, puis une embauche ou un compagnonnage dans une entreprise de chaume.
Pour un adulte, le CQP est accessible par la formation continue, en contrat de professionnalisation ou par la validation de l’expérience, selon les modalités des CQP de la branche. Si vous envisagez ce virage, notre guide de reconversion vers les métiers d’art détaille le financement et les étapes. Pour l’installation à votre compte (statut, immatriculation, assurances), voyez le guide de l’artisan d’art.
Revenus et débouchés : ce qu’on peut dire
Pourquoi cette page ne donne aucun salaire
Ni l’Onisep, ni France Travail, ni l’INSEE ne publient de salaire pour le chaumier. L’Onisep n’a pas de fiche dédiée ; France Travail range la « couvreuse / couvreur de chaume » dans la fiche ROME F1610, Pose et restauration de couvertures (d’après une version ancienne de la fiche ; son code a pu changer dans le répertoire actuel, à vérifier sur francetravail.fr), sans donnée propre à cette spécialité. Les chiffres qui circulent sur des sites d’emploi ne sont pas sourcés : nous ne les reprenons pas.
Pour un salarié, le seul repère officiel est la classification du CQP : niveau II, coefficient 185, dans la convention collective des ouvriers du bâtiment. Les minima de salaire qui en découlent sont négociés par région et changent chaque année ; vérifiez la grille en vigueur dans votre région.
Le nombre d’entreprises
Les données disponibles sont des ordres de grandeur. La fiche du ministère de la Culture (2020) parle de « moins d’une centaine » de chaumiers en France, dont une dizaine dans le Morbihan et une dizaine en Brière. L’Institut pour les Savoir-Faire Français recense « 100 entreprises artisanales inscrites au répertoire des métiers », en majorité de moins de 5 salariés, sans dater ce chiffre : vérifiez sa mise à jour sur la fiche de l’Institut.
Le marché est étroit et localisé, la concurrence aussi. La fiche du ministère cite parmi les menaces sur le métier les départs à la retraite non remplacés et la difficulté de transmission. Elle note aussi une dépendance au roseau importé : il vient « majoritairement de Camargue », mais aussi de Normandie, de Pologne et de Hongrie, et la paille de seigle utilisée dans le Morbihan est « principalement importée de Saône-et-Loire ».
Faire appel à un chaumier
Avant les travaux : urbanisme
Remplacer un toit de chaume par de l’ardoise, ou l’inverse, modifie l’aspect extérieur du bâtiment. Ce type de travaux relève en principe de la déclaration préalable (article R*421-17 du Code de l’urbanisme). Aux abords d’un monument historique ou dans un site patrimonial remarquable, l’avis de l’architecte des Bâtiments de France s’ajoute.
Le plan local d’urbanisme peut aller plus loin. La fiche du ministère de la Culture signale que certaines communes imposent la conservation du chaume dans des zones définies. En 2021, le ministère de la Culture a rappelé en réponse à une sénatrice que ces toitures peuvent être protégées par le PLU au titre de l’article L. 151-19 du Code de l’urbanisme, et la question citait le PLUi de la CARENE (Saint-Nazaire), qui impose de maintenir en chaume les chaumières qu’il répertorie. Consultez le PLU de votre commune avant tout projet.
Avant l’achat ou les travaux : assurance
Le risque incendie est la raison historique du recul du chaume : un arrêté préfectoral du 8 août 1908 a interdit les toitures de chaume dans le Morbihan, et la fiche du ministère attribue aussi la conversion à l’ardoise au « coût élevé des assurances ». Nous n’avons trouvé aucun texte public qui fixe les conditions d’assurance d’une habitation couverte en chaume : elles dépendent de chaque assureur. Interrogez le vôtre avant d’acheter ou de refaire la couverture.
Autre point établi par une réponse ministérielle de 2019 : la dégradation des toits par les champignons et cyanobactéries ne relève pas du régime des catastrophes naturelles. Enfin, il n’existe pas de DTU (document technique unifié) pour le chaume ; en 2018, le ministère de la Transition écologique indiquait soutenir des travaux devant aboutir à des règles professionnelles.
Le devis
Un devis sérieux précise :
- le matériau (roseau ou paille de seigle), sa provenance et l’épaisseur de couverture prévue ;
- la technique de pose et la nature du faîtage (végétalisé ou maçonné) ;
- l’étendue des travaux : dépose, état du support, reprise de charpente éventuelle, traitement des points singuliers ;
- l’évacuation de l’ancienne couverture ;
- les conseils d’entretien après réception ;
- l’attestation d’assurance décennale, que le professionnel doit justifier (article L. 243-2 du Code des assurances).
Nous ne donnons pas de prix : nous n’avons trouvé aucune donnée publique fiable sur le coût d’une couverture en chaume, qui varie avec la surface, la pente, le matériau et l’accès au chantier.
Pour vérifier un professionnel, demandez des chantiers comparables que vous pouvez aller voir, son numéro SIRET et son immatriculation au répertoire des métiers. Vous pouvez chercher un chaumier dans notre annuaire des artisans d’art.
Des artisans qui exercent ce métier
Annuaire des artisans d’art
Vous exercez ce métier ?
Présentez votre atelier gratuitement : une fiche à votre nom, vos créations, et les demandes des particuliers directement dans votre boîte mail.
Créer ma fiche gratuite →Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un chaumier et un couvreur ?
Le couvreur pose surtout des tuiles, des ardoises ou du métal. Le chaumier ne travaille que le chaume (roseau, paille de seigle ou de blé), avec des outils et des techniques propres. Le chaumier figure dans la liste des métiers d’art ; le couvreur généraliste n’y figure pas, à la différence du couvreur du patrimoine bâti.
Quel diplôme pour devenir chaumier ?
Aucun diplôme de l’Éducation nationale n’est consacré au chaume. La certification spécifique est le CQP Ouvrier professionnel couvreur chaumier, délivré par la branche du bâtiment. Un CAP Couvreur (RNCP41834) donne une base utile, complétée par plusieurs années de pratique auprès d’un chaumier.
Combien y a-t-il de chaumiers en France ?
Moins d’une centaine selon la fiche du ministère de la Culture (2020), environ 100 entreprises selon l’Institut pour les Savoir-Faire Français (chiffre non daté). La plupart sont installées près des zones de chaumières : Brière, Golfe du Morbihan, Normandie.
Faut-il une autorisation pour refaire un toit de chaume ?
En principe, une réfection à l’identique ne modifie pas l’aspect extérieur ; un changement de matériau, si. Il relève alors en principe de la déclaration préalable, et certains PLU imposent de conserver le chaume. Vérifiez auprès du service urbanisme de votre mairie.
Un toit de chaume est-il plus cher à assurer ?
Historiquement, oui : la fiche du ministère de la Culture cite le coût des assurances parmi les causes de l’abandon du chaume. Aujourd’hui, aucun texte public ne fixe ces conditions. Demandez un devis d’assurance avant l’achat d’une chaumière.
Sources
- Légifrance — Arrêté du 24 décembre 2015 fixant la liste des métiers d’art — consulté en octobre 2026.
- CMA Occitanie (Toulouse) — Définitions de la liste des métiers d’art — consulté en octobre 2026.
- Ministère de la Culture — Fiche d’inventaire du patrimoine culturel immatériel : les savoir-faire chaumiers dans le Golfe du Morbihan et en Brière (2020) — consulté en octobre 2026.
- Institut pour les Savoir-Faire Français — Fiche métier Chaumier — consulté en octobre 2026.
- France Compétences — RNCP41834, CAP Couvreur — consulté en octobre 2026.
- France Compétences — RNCP35889, CAP Couvreur (version remplacée) — consulté en octobre 2026.
- France Compétences — RNCP38725, BP Couvreur — consulté en octobre 2026.
- Observatoire des métiers du BTP — Référentiel du CQP Ouvrier professionnel couvreur chaumier — consulté en octobre 2026.
- CCCA-BTP — Liste des CQP, mars 2025 — consulté en octobre 2026.
- BTP CFA Pays de la Loire — CQP Ouvrier professionnel couvreur chaumier — consulté en octobre 2026.
- France Travail — Fiche ROME F1610, Pose et restauration de couvertures — consulté en octobre 2026.
- Sénat — Question écrite n° 22779, Préservation des toits en chaume en Loire-Atlantique (réponse du ministère de la Culture, 24 juin 2021) — consulté en octobre 2026.
- Sénat — Question écrite n° 07028, Contamination du chaume (réponse du 23 mai 2019) — consulté en octobre 2026.
- Assemblée nationale — Question écrite n° 13534 sur les toits en chaume (réponse du 18 décembre 2018) — consulté en octobre 2026.
- Légifrance — Code de l’urbanisme, article R*421-17 — consulté en octobre 2026.
- Ministère de l’Économie — Professionnels : quelles sont les assurances obligatoires ? — consulté en octobre 2026.
Vos avis