L’éventailliste est l’artisan qui fabrique et restaure des éventails : il assemble une feuille (papier, soie, peau, dentelle ou plumes) sur une monture faite de brins rigides. L’Institut pour les Savoir-Faire Français le résume ainsi : « l’éventailliste assemble les feuilles et les montures en bois, en nacre, en ivoire ou en Plexiglas ». Le métier figure dans la liste officielle des 281 métiers d’art (arrêté du 24 décembre 2015), domaine Mode et accessoires.
Ce qui le distingue de ses voisins : il ne se contente ni de peindre une feuille, ni de tailler des brins. Il maîtrise l’ensemble de l’objet, et surtout le plissage et le montage, qui font qu’un éventail s’ouvre et se ferme sans se déchirer. C’est aussi l’un des métiers d’art les plus rares de la liste : selon les sources publiques, entre trois et cinq personnes l’exercent en France. Historiquement, Paris assemblait les éventails et l’Oise (Sainte-Geneviève, Andeville, la région de Méru) fournissait une grande partie des montures.
Cette page couvre les gestes du métier, les commandes actuelles, les métiers voisins, la formation (il n’en existe pas de dédiée), les revenus et la restauration d’un éventail ancien.
Ce que fait un éventailliste au quotidien
La fiche « Les savoir-faire des éventaillistes », inscrite en 2020 à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel du ministère de la Culture, donne le vocabulaire du métier. Un éventail plié se compose de trois ensembles :
- Les brins, lames fines qui forment l’ossature. La partie visible sous la feuille s’appelle la gorge.
- Les panaches, deux maîtres-brins plus épais, placés de chaque côté, qui protègent l’éventail fermé.
- La feuille, partie souple en papier, soie, peau ou dentelle, et la rivure, la goupille métallique qui réunit les brins à leur base. Brins, panaches et rivure forment la monture.
Le travail se répartit entre la monture et la feuille :
- Fabriquer la monture. La fiche d’inventaire décrit une suite d’opérations héritée de la tabletterie : débitage de la matière, façonnage des brins, polissage, reperçage (découpe ajourée), gravure, sculpture, finition. Les matières historiques sont l’ivoire, la nacre, l’écaille, la corne, l’os et les bois exotiques. Les ateliers actuels utilisent aussi le carbone, le Plexiglas ou l’ardoise.
- Préparer la feuille. Pour les feuilles textiles, la fiche cite les soies (pongé, mousseline, gaze, satin, crêpe), apprêtées à l’amidon de riz, à la gomme ou à la colle pour tenir le pli. La feuille peut être peinte, imprimée, brodée ou dorée — parfois par un autre artisan.
- Plisser. Le plissage se fait dans des moules, une technique que la fiche date des environs de 1770. Le pli doit être régulier pour que l’éventail se referme à plat.
- Monter. La feuille plissée est fixée sur les brins, puis l’ensemble est réglé : tension, ouverture, fermeture, alignement des panaches.
- Restaurer. L’Institut pour les Savoir-Faire Français précise que les éventaillistes assurent régulièrement la restauration d’éventails anciens, qui consiste à « arrêter les dégradations et réparer les zones endommagées ».
L’outillage n’est détaillé dans aucune source officielle consultée : nous ne le listons pas.
Ce qu’un éventailliste fabrique ou restaure aujourd’hui
L’Institut distingue trois familles d’objets : l’écran (une surface fixe sur un manche), l’éventail brisé (des lames rigides reliées entre elles, sans feuille) et l’éventail plié (une feuille plissée sur une monture). Les commandes actuelles, d’après l’Institut et la fiche d’inventaire de 2020 :
- Le spectacle. Films en costumes, théâtre et opéra. La fiche parle d’une « demande constante des maisons de mode, des studios de cinéma, de théâtre et opéra ».
- La mode. Pièces pour des défilés ou des collections. La fiche mentionne qu’un des éventaillistes recensés est partenaire de la maison Duvelleroy.
- Les particuliers et collectionneurs. Éventails d’usage, pièces de cérémonie, commandes personnalisées, et restauration d’éventails de famille ou de collection.
- Les collections publiques. Pour un éventail conservé dans un musée de France, la restauration relève en principe d’un restaurateur du patrimoine habilité (voir plus bas). L’éventailliste peut intervenir comme spécialiste du geste, mais ce cadre est à vérifier auprès du musée concerné.
Pour l’entretien courant des objets anciens, voir aussi notre rubrique entretenir et restaurer.
Les métiers voisins, et comment ne pas les confondre
Plusieurs métiers de la liste officielle touchent à l’éventail. Aucun ne le fabrique en entier.
| Métier (domaine) | Ce qu’il fait | Lien avec l’éventail |
|---|---|---|
| Éventailliste (Mode et accessoires) | Fabrique et restaure l’éventail complet | Plissage, montage, réglage |
| Tabletier (Tabletterie) | Travaille l’os, la corne, la nacre, l’ivoire, le bois pour de petits objets | Fournissait historiquement brins et panaches |
| Plumassier (Mode et accessoires) | Prépare et monte les plumes | Feuilles ou éventails en plumes |
| Dentellier (Textile) | Réalise la dentelle à l’aiguille ou au fuseau | Feuilles en dentelle |
| Fabricant de parapluies, parasols, ombrelles et cannes (Mode et accessoires) | Accessoires à armature et toile | Métier proche par l’objet, pas par la technique |
| Restaurateur de textiles (Restauration) | Conservation-restauration de textiles et d’accessoires de mode | Intervient sur les éventails de collections patrimoniales |
Retenez ceci : si votre besoin porte sur l’objet entier (un éventail neuf, un éventail plié à remonter), adressez-vous à un éventailliste. Si l’éventail appartient à une collection publique ou a une forte valeur patrimoniale, un restaurateur du patrimoine diplômé est l’interlocuteur prévu par les textes.
Se former
Diplômes : aucun n’est propre au métier
Les deux sources officielles concordent. L’Institut pour les Savoir-Faire Français écrit : « Il n’existe aucune formation dédiée au métier d’éventailliste. La transmission du savoir-faire s’effectue par les éventaillistes eux-mêmes dans leurs ateliers. » La fiche d’inventaire du ministère de la Culture dit la même chose. Nous n’avons trouvé aucun CAP, BMA, DMA ou DN MADE « éventail » au RNCP. Pas de fiche métier Onisep « éventailliste » non plus (recherche faite en octobre 2026, à confirmer sur onisep.fr).
L’Institut cite des formations générales en mode comme socle utile. Celle qui existe aujourd’hui au niveau bac est le bac pro Métiers de la couture et de la confection (RNCP38729, niveau 4, actif, échéance au 31 août 2029), qui a remplacé le bac pro Métiers de la mode – vêtements (RNCP37930). Il forme à la confection textile, pas à l’éventail. L’Institut mentionne aussi un DSAA en mode : nous n’avons pas vérifié l’intitulé ni le statut actuel de ce diplôme, à contrôler sur la base RNCP de France Compétences.
Écoles et ateliers
La fiche d’inventaire (2020) indique que la formation passe par l’apprentissage auprès d’un maître, complété par des stages courts dans des écoles d’arts appliqués parisiennes (Boulle, Duperré, Olivier-de-Serres). Ces écoles n’ont pas de cursus éventail : renseignez-vous directement auprès d’elles sur les modules accessibles aujourd’hui.
La même fiche cite un exemple de transmission dans le cadre du dispositif des Maîtres d’art du ministère de la Culture : Anne Hoguet, nommée Maître d’art en 1994, a formé Olivia Oberlin de 1995 à 1997. Sylvain Le Guen a reçu le titre de Maître d’art en 2015. Pour savoir si un binôme maître-élève est ouvert en éventail aujourd’hui, renseignez-vous auprès de l’Institut pour les Savoir-Faire Français, qui présente le programme sur son site (gestionnaire actuel du dispositif à confirmer auprès du ministère de la Culture).
Apprentissage, reconversion, VAE
Avec trois à cinq ateliers en France, les places d’apprentissage sont très rares et se négocient directement avec un éventailliste. La VAE suppose un diplôme ou une certification à valider : comme aucun ne porte sur l’éventail, elle ne peut viser qu’un diplôme voisin (couture, mode). Une reconversion réaliste passe en général par un métier proche déjà maîtrisé — couture, tabletterie, peinture sur soie, plumasserie — puis par une formation en atelier. Notre guide de reconversion vers les métiers d’art détaille les financements et les démarches, et le guide de l’artisan d’art couvre le statut et l’installation.
Revenus et débouchés : ce qu’on peut dire
Pourquoi cette page ne donne aucun salaire
Nous n’avons trouvé aucun salaire publié pour ce métier par l’Onisep, France Travail ou l’Insee. Ce n’est pas un oubli : avec trois à cinq professionnels, presque tous à leur compte, aucune statistique n’est possible, et une moyenne ne voudrait rien dire. Le revenu dépend du mélange création / restauration, des commandes du spectacle et de la mode, et de la notoriété de l’atelier. Nous n’avons pas non plus trouvé d’appellation « éventailliste » dans le répertoire ROME de France Travail (à vérifier sur Métierscope).
Combien sont-ils ?
Deux chiffres circulent, tous deux institutionnels :
- 5 artisans selon la fiche d’inventaire du patrimoine culturel immatériel (enquête de septembre à décembre 2019, inscription en 2020). Elle nomme Anne Hoguet (Paris), Frédérick Gay et Sylvain Le Guen (Drôme), Martine Hacquart (Indre) et Olivia Oberlin (Épernay). Elle mentionne aussi une restauratrice formée par Anne Hoguet, installée à son compte en 2010.
- 3 éventaillistes selon la fiche métier de l’Institut pour les Savoir-Faire Français. Cette fiche n’est pas datée : prenez ce chiffre comme un ordre de grandeur, à vérifier auprès de l’Institut.
La situation a pu évoluer depuis 2019. Nous n’avons pas vérifié l’activité actuelle de chacun de ces ateliers.
Un savoir-faire classé en rareté majeure
La liste des savoir-faire rares de l’Institut (programme Per Durare, avec la Fondation d’entreprise AG2R La Mondiale) classe la restauration d’éventail en « rareté majeure », pour quatre critères : absence de diplôme ou certification, absence de formation, faible nombre de détenteurs, rareté ou réglementation de la ressource. La fiche d’inventaire résume le risque : « voir à nouveau une diminution jusqu’à un seul artisan d’art capable de produire ». Elle rappelle qu’Anne Hoguet a été la seule éventailliste de France pendant plus de trente ans.
Les débouchés sont donc étroits mais réels : commandes du spectacle et de la mode, restauration pour particuliers et collectionneurs, transmission. Ils ne permettent pas d’absorber beaucoup de nouveaux venus.
Paris et l’Oise : une géographie historique
Selon la fiche d’inventaire, la première communauté d’éventaillistes est créée à Paris en février 1678, et le métier connaît un second âge d’or sous le Second Empire. Pour la fabrication des montures, la fiche place « les villages d’Andeville et de Sainte-Geneviève (Oise) » au premier rang, et cite la région de Méru, où les ouvriers apprenaient le dessin. Nous n’avons pas trouvé de chiffres officiels sur le nombre d’ouvriers éventaillistes dans l’Oise : nous n’en donnons pas.
Ce lien perdure par les collections. Selon la DRAC Hauts-de-France, la communauté de communes des Sablons a acquis le 31 mars 2023 le fonds du Musée de l’Éventail (plus de 20 000 pièces : éventails, archives, dessins, outils, matières premières), avec le soutien de l’État et de la Région. Une première sélection est présentée depuis mai 2025 au Musée de la Nacre et de la Tabletterie de Méru.
Faire appel à un éventailliste
Les cas typiques : une feuille déchirée ou décollée, un brin cassé, une rivure desserrée, un éventail de famille à remettre en état, une commande pour un mariage, un spectacle ou une collection de mode.
Avant de contacter un atelier :
- Photographiez l’éventail ouvert et fermé, recto et verso, et les zones abîmées en gros plan.
- Notez ce que vous savez de son histoire (époque, provenance). Ne recollez rien vous-même.
- Repérez les matières sensibles : ivoire, écaille, nacre. L’ivoire et l’écaille de tortue relèvent de la réglementation sur les espèces protégées (CITES). Leur vente, et parfois leur remplacement, sont encadrés. Les règles exactes dépendent de l’âge de l’objet et de l’espèce : vérifiez-les sur le site i-CITES du ministère chargé de l’Écologie ou auprès de la DREAL de votre région avant toute vente.
Ce que le devis doit préciser : le constat d’état, les interventions proposées (consolidation, réintégration, remplacement d’un brin), les matériaux employés et leur réversibilité, ce qui sera conservé d’origine, le délai, les conditions d’assurance et de transport de l’objet. Pour une création : dimensions, matières de la monture et de la feuille, décor, nombre de maquettes ou d’essais, et calendrier. Nous ne donnons pas de fourchette de prix : aucune source officielle n’en publie.
Pour vérifier un atelier : demandez son numéro SIRET (consultable sur l’annuaire des entreprises de l’État), des exemples de restaurations avec photos avant/après, et ses éventuels titres : Maître d’art (ministère de la Culture), Maître artisan (chambre de métiers et de l’artisanat), label Entreprise du patrimoine vivant. Vous pouvez aussi chercher un professionnel dans l’annuaire des artisans d’art. Pour un éventail de musée ou de très grande valeur, privilégiez un restaurateur du patrimoine diplômé, spécialité arts textiles.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il d’éventaillistes en France ?
Entre trois et cinq selon les sources officielles (cinq dans l’enquête du ministère de la Culture de 2019, trois sur la fiche non datée de l’Institut). Aucun chiffre actuel n’est publié.
Existe-t-il une école pour devenir éventailliste ?
Non. Aucune formation diplômante n’est consacrée à l’éventail. Le métier s’apprend en atelier, auprès d’un éventailliste, après une base en couture, en mode ou en arts appliqués. Le dispositif Maîtres d’art – Élèves a déjà servi à transmettre ce savoir-faire.
Où faire restaurer un éventail ancien ?
Auprès d’un éventailliste qui pratique la restauration, ou d’un restaurateur du patrimoine spécialisé en arts textiles si l’objet a une valeur patrimoniale. Selon l’Institut national du patrimoine, seuls les restaurateurs du patrimoine de grade master sont habilités à intervenir sur les collections des musées de France. Pour un éventail de famille, un éventailliste suffit en général.
Quelle différence entre un éventail plié et un éventail brisé ?
L’éventail plié a une feuille souple plissée, montée sur des brins. L’éventail brisé n’a pas de feuille : il est fait de lames rigides (bois, os, ivoire, corne…) réunies à la base par une rivure et maintenues en haut par un ruban ou un fil. Le troisième type, l’écran, est une surface fixe sur un manche.
Le Musée de l’Éventail existe-t-il encore ?
Son fonds, constitué dans l’atelier Hoguet à Paris (ouvert au public en 1993), a été acquis en 2023 par la communauté de communes des Sablons et est en partie exposé à Méru (Oise) depuis mai 2025. Nous n’avons trouvé aucune source officielle sur l’ouverture actuelle du lieu parisien : vérifiez avant de vous déplacer.
Éventailliste est-il un métier d’art officiel ?
Oui. « Éventailliste » figure dans la liste fixée par l’arrêté du 24 décembre 2015, domaine Mode et accessoires. Ses savoir-faire sont aussi inscrits depuis 2020 à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel. Ces deux reconnaissances n’imposent aucun diplôme pour exercer.
Sources
- Ministère de la Culture, fiche d’inventaire du patrimoine culturel immatériel « Les savoir-faire des éventaillistes » (inscription 2020, enquête 2019), consultée en octobre 2026.
- Institut pour les Savoir-Faire Français, fiche métier « Éventailliste » (non datée), consultée en octobre 2026.
- Institut pour les Savoir-Faire Français, Liste des savoir-faire rares (entrée « La restauration d’éventail »), consultée en octobre 2026.
- Ministère de la Culture, DRAC Hauts-de-France, À Méru (Oise), les 25 ans d’un musée engagé pour les savoir-faire et les collections publiques (29 mai 2025), consultée en octobre 2026.
- France Compétences, RNCP38729 – Bac pro Métiers de la couture et de la confection, consultée en octobre 2026.
- Onisep, Bac pro métiers de la couture et de la confection, consultée en octobre 2026.
- Institut national du patrimoine, Diplômes, statuts et débouchés des restaurateurs du patrimoine, consultée en octobre 2026.
- Légifrance, arrêté du 24 décembre 2015 fixant la liste des métiers de l’artisanat d’art, consulté en octobre 2026.
- Ministère chargé de l’Écologie, i-CITES, informations sur la réglementation CITES, consulté en octobre 2026.

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