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Fourreur : le métier d’art, les formations et le cadre réglementaire

Le fourreur crée, retouche et transforme des vêtements en fourrure à partir de peaux apprêtées : assortiment, allonge, assemblage, mise sur planche. Cette page détaille les gestes, la seule formation diplômante existante et le cadre réglementaire (CITES, espèces protégées, étiquetage).
Fourreur cousant une pièce de fourrure sur une machine de pelletier

Sommaire

Le fourreur est l’artisan qui crée, transforme et répare des vêtements et des objets en fourrure, à partir de peaux déjà apprêtées : il les assortit, les coupe, les assemble et les met en forme. Le métier figure sous le nom « Fourreur » dans le domaine Cuir de la liste officielle des métiers d’art fixée par l’arrêté du 24 décembre 2015 — voir le panorama des 281 métiers d’art et la page consacrée aux métiers d’art du cuir.

Le fourreur ne prépare pas les peaux brutes : le nettoyage, le tannage et la teinture des peaux à poil relèvent d’autres ateliers, en amont. Il ne travaille pas non plus le cuir lisse comme le maroquinier ou le confectionneur de vêtements de peau. Sa matière a un poil, avec un sens, une hauteur et une couleur qui varient d’une peau à l’autre. Tout son travail consiste à rendre homogène un ensemble de peaux différentes, et à donner à des peaux courtes la longueur d’un manteau.

Cette page décrit les gestes de l’atelier, ce que les fourreurs fabriquent et retouchent aujourd’hui, les formations qui existent vraiment — avec leur statut au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) — et ce qu’on peut dire des revenus. Elle fait aussi le point sur le cadre réglementaire (espèces protégées, CITES, étiquetage), utile à qui veut faire transformer ou vendre une fourrure ancienne. La fourrure fait l’objet d’un débat public ; cette page n’y prend pas position et s’en tient au métier et au droit applicable.

Ce que fait un fourreur au quotidien

La fiche de l’ancien CAP Fourrure au RNCP (RNCP584) détaille les tâches du métier. Regroupées, elles donnent ceci :

  • Examiner et assortir les peaux. Le fourreur déplie les peaux, contrôle la hauteur et la régularité du poil, repère les défauts. Il les classe pour obtenir une gradation homogène sur tout le vêtement : c’est l’assortiment, qui conditionne l’aspect final.
  • Tracer et couper. La coupe se fait côté cuir, au tranchet ou à la lame, sans couper le poil. Selon l’effet voulu, le fourreur coupe pour joindre deux peaux, pour les allonger ou pour les monter en bandes.
  • Allonger. L’allonge est la technique propre au métier. L’Institut pour les Savoir-Faire Français la décrit comme le procédé qui transforme des peaux courtes et larges en peaux longues et fines. Concrètement, la peau est découpée en fines bandes obliques, décalées puis recousues : elle gagne en longueur ce qu’elle perd en largeur, sans rupture visible dans le poil.
  • Assembler. Les pièces sont cousues bord à bord, le plus souvent sur une machine à fourrure, qui fait un point de surjet serré sans prendre le poil dans la couture.
  • Mouiller, clouer, sécher. Les bandes assemblées sont humidifiées, tendues et épinglées (ou clouées) sur une planche selon le patron, puis séchées et dépinglées. Cette mise en forme fixe les dimensions de chaque pièce.
  • Monter et finir. Le fourreur coupe la doublure et les renforts, assemble le vêtement, prépare l’essayage, pose les fermetures, puis lustre le poil. Il contrôle la qualité à chaque étape.

Les outils restent simples : tranchet ou couteau de fourreur, règles, gabarits et patrons, planche à clouer, épingles, peigne et brosse, machine à fourrure, fer pour la finition. Les matières premières sont des peaux tannées au naturel, teintes ou rasées, selon la fiche de l’Institut pour les Savoir-Faire Français.

Pour aller plus loin
Se lancer dans la mode et la couture
Le code de la propriété intellectuelle nomme expressément les industries de l’habillement parmi les œuvres de l’esprit : vos créations sont protégées sans formalité. Le délai de grâce de douze mois pour déposer un modèle, l’étiquette obligatoire, la filière REP sans seuil, et le sur-mesure qui supprime la rétractation.

Ce qu’un fourreur fabrique ou restaure aujourd’hui

L’Institut pour les Savoir-Faire Français distingue deux débouchés : l’habillement (manteaux, garnitures, gants, semelles, haute couture) et l’ameublement (tapis, tentures, coussins, couvertures). En pratique, le travail d’un atelier se répartit entre trois types de commandes :

  • La création sur mesure ou en petite série. Manteaux, vestes, étoles, cols, chapkas, accessoires. Une partie se fait pour la haute couture, selon l’Institut pour les Savoir-Faire Français.
  • La retouche. Raccourcir un manteau, reprendre une taille, refaire une doublure, recoudre une couture ouverte ou une peau déchirée, remplacer une fermeture.
  • La transformation de fourrures anciennes. C’est souvent la demande la plus fréquente des particuliers : un manteau hérité, démodé ou trop grand, devient une veste courte, un gilet, une doublure de parka, un plaid ou des coussins. Le fourreur commence par évaluer l’état des peaux : un cuir desséché ou cassant peut rendre une transformation impossible.

Le fourreur travaille aussi pour le spectacle et le costume historique, et parfois en lien avec les restaurateurs de textiles pour des pièces de collection. Pour les questions d’entretien courant d’objets anciens, voir notre rubrique entretenir et restaurer.

Le cadre réglementaire à connaître

Un fourreur doit connaître l’origine des peaux qu’il travaille. Plusieurs textes encadrent la matière :

  • CITES et règlement (CE) n° 338/97. Le commerce des espèces menacées est classé en quatre annexes (A à D). Pour les espèces de l’annexe A — par exemple le léopard ou l’ocelot —, toute utilisation commerciale dans l’Union européenne est interdite, sauf certificat intracommunautaire (CIC) délivré au cas par cas. En France, ces documents sont instruits par les DREAL pour le compte des préfets. Une dérogation existe pour les « spécimens travaillés » acquis avant le 1er juin 1947. L’annexe dont relève chaque espèce est à vérifier au cas par cas sur le site CITES du ministère de la Transition écologique (info.cites.developpement-durable.gouv.fr), et l’application de la dérogation de 1947 à un vêtement précis est à confirmer auprès de la DREAL.
  • Espèces protégées en droit français. Pour certaines espèces indigènes protégées, la vente et l’achat de spécimens sont interdits indépendamment de la CITES. La liste exacte des espèces et des actes interdits est à vérifier dans les arrêtés de protection publiés sur Légifrance (pour les mammifères terrestres, l’arrêté du 23 avril 2007, dont la version en vigueur est à consulter sur Légifrance).
  • Interdictions européennes ciblées. Selon la direction générale des douanes, le règlement (CE) n° 1523/2007 interdit la mise sur le marché, l’importation et l’exportation de fourrures de chat et de chien ; le règlement (CE) n° 1007/2009 interdit la mise sur le marché des produits dérivés du phoque, avec des exceptions limitées ; le règlement (CEE) n° 3254/91 encadre l’importation des fourrures de treize espèces sauvages selon les méthodes de piégeage du pays d’origine.
  • Élevage en France. La loi n° 2021-1539 du 30 novembre 2021 a créé l’article L. 214-9-1 du code rural, qui interdit les élevages de visons d’Amérique et d’animaux d’autres espèces non domestiques exclusivement élevés pour leur fourrure. La date d’effet exacte de l’interdiction est à vérifier sur Légifrance (legifrance.gouv.fr). Ce texte vise l’élevage, pas le travail du fourreur ni la vente de fourrures importées ou anciennes.
  • Étiquetage. Le règlement (UE) n° 1007/2011 sur les produits textiles impose la mention « Contient des parties non textiles d’origine animale » sur les produits textiles qui en comportent, par exemple un manteau en drap à col de fourrure (formulation exacte à vérifier à l’article 12 du règlement sur EUR-Lex, eur-lex.europa.eu). Les règles applicables à un vêtement entièrement en fourrure (qui n’est pas un produit textile au sens de ce règlement) sont à vérifier auprès de la DGCCRF (economie.gouv.fr/dgccrf).

Ce cadre évolue. Une interdiction plus large de la fourrure d’élevage a été demandée au niveau européen ; nous ne savons pas où en est ce dossier à la date de publication — à suivre sur le site de la Commission européenne (commission.europa.eu).

Les métiers voisins, et comment ne pas les confondre

MétierCe qu’il faitDifférence avec le fourreur
Pelletier (pelleterie)Négocie, trie et prépare les peaux à poilTravaille la peau comme matière première ; historiquement, « pelletier-fourreur » désignait souvent la même maison
Tanneur, mégissierTransforment les peaux brutes en cuirInterviennent en amont ; le fourreur reçoit des peaux déjà apprêtées
TaxidermisteNaturalise des animauxConserve l’animal entier, le fourreur coupe et assemble des peaux
Confectionneur de vêtements de peauCoud des vêtements en cuir lisse ou en peau lainéePas de travail du poil ni d’allonge ; diplôme distinct (CAP Vêtement de peau)
MaroquinierFabrique sacs, ceintures, petite maroquinerieCuir sans poil, objets non vestimentaires
Restaurateur de textilesConserve et restaure des pièces de collectionLogique de conservation patrimoniale, sans transformation de l’objet

Le tanneur, le mégissier et le taxidermiste figurent eux aussi dans le domaine Cuir de la liste des métiers d’art. Le terme « pelletier » n’y apparaît pas en tant que tel.

Se former

Le diplôme de référence : le CAP Fourrure

Le CAP Fourrure est enregistré au RNCP sous le numéro RNCP37243 (niveau 3, certificateur : ministère de l’Éducation nationale). La fiche est active, avec une échéance d’enregistrement au 26 juillet 2027 ; elle remplace l’ancienne fiche RNCP584, inactive depuis 2022. Le titulaire prépare, coupe, assemble et finit des vêtements et accessoires en fourrure. Le rattachement ROME indiqué est B1803 (réalisation de vêtements sur mesure ou en petite série).

Selon l’Onisep (fiche mise à jour le 5 décembre 2025), le CAP se prépare en deux ans après la 3e, en voie scolaire ou en apprentissage, avec 12 semaines de stage pour les élèves non apprentis. Un seul établissement le propose : le lycée professionnel Turquetil, à Paris (11e). Poursuites d’études citées par l’Onisep : CS Essayage-retouche-vente, bac pro Métiers de la couture et de la confection, bac pro Métiers du cuir option maroquinerie.

Les formations proches

L’Institut pour les Savoir-Faire Français cite aussi le CAP Vêtement de peau, utile pour le travail du cuir vestimentaire. Sa fiche RNCP37250 est devenue inactive ; elle est remplacée par RNCP42126 (niveau 3, active, enregistrée jusqu’au 31 août 2031). L’Institut mentionne enfin le bac pro Métiers de la mode – vêtement et une FCIL (formation complémentaire d’initiative locale) en toilisme-modélisme : l’intitulé exact et l’établissement de cette FCIL sont à vérifier auprès de l’Onisep (onisep.fr).

Nous n’avons pas pu vérifier si le concours Un des meilleurs ouvriers de France comporte aujourd’hui une classe consacrée à la fourrure : à vérifier auprès du comité d’organisation (meilleursouvriersdefrance.org) ou sur le RNCP (francecompetences.fr).

Apprentissage, reconversion, VAE

Le CAP Fourrure est accessible par l’apprentissage, la formation continue, la candidature individuelle et la validation des acquis de l’expérience (VAE), selon sa fiche RNCP. Pour les adultes, le GRETA de la création, du design et des métiers d’art (GRETA CDMA) organise un CAP Fourrure au lycée Turquetil : 500 heures en centre et 280 heures en entreprise, plus 120 heures d’enseignement général pour ceux qui n’ont pas déjà un diplôme de niveau 3. La formation est éligible au CPF ; le GRETA affiche un coût de 8 000 € pour les matières professionnelles et une session du 1er septembre 2026 au 11 juin 2027 (page consultée en octobre 2026, tarif et dates à confirmer auprès du GRETA CDMA).

Avec une seule offre de CAP en France, l’entrée dans le métier passe souvent par l’apprentissage chez un fourreur installé. Pour construire un projet de reconversion, voir notre guide de la reconversion vers les métiers d’art.

Revenus et débouchés : ce qu’on peut dire

L’Institut pour les Savoir-Faire Français indique plus de 500 artisans fourreurs en 1985 et une centaine en 2018, dont la moitié en Île-de-France. La fiche n’est pas datée et ne précise pas la source de ces chiffres : ce sont des ordres de grandeur, à vérifier auprès de l’Institut (institut-savoirfaire.fr).

Pourquoi cette page ne donne aucun salaire

Nous n’avons trouvé aucun salaire publié par une source officielle pour le métier de fourreur. L’Onisep a une fiche « Fourreur / Fourreuse » (publiée le 4 juillet 2025), mais nous n’avons pas pu en lire la rubrique salaire ; si elle en donne un, il est à consulter directement sur onisep.fr. Les données de France Travail portent sur le code ROME B1803, qui regroupe toute la confection sur mesure : elles ne reflètent pas le revenu d’un fourreur. Enfin, la plupart des fourreurs sont des indépendants, dont le revenu dépend de leur clientèle et de la saison, plus que d’une grille salariale.

Les débouchés connus : salarié d’un atelier artisanal ou d’une maison de mode, ou artisan à son compte. Pour le statut, l’immatriculation et l’installation, voir notre guide de l’artisan d’art.

Faire appel à un fourreur

Les raisons courantes : transformer un manteau hérité, retoucher une pièce qui ne va plus, réparer une déchirure, faire une pièce sur mesure. Avant de vous déplacer, rassemblez ce que vous savez de la fourrure : espèce, date et lieu d’achat, facture ou certificat éventuel.

Ce qu’un devis sérieux doit préciser :

  • le diagnostic de l’état des peaux (cuir souple ou desséché, poil intact ou cassant) et ce qu’il permet ;
  • la description du modèle final, avec croquis ou référence de patron, et le nombre d’essayages prévus ;
  • ce qui est réutilisé et ce qui est ajouté (peaux complémentaires, doublure, fermetures) ;
  • le délai, et ce qui se passe si une peau se révèle inutilisable en cours de travail ;
  • pour une espèce protégée ou inscrite à la CITES, la position du fourreur sur les documents nécessaires.

Pour vérifier un artisan : son immatriculation se consulte sur l’annuaire des entreprises de l’État (annuaire-entreprises.data.gouv.fr). Demandez à voir des transformations déjà réalisées. Vous pouvez aussi chercher un fourreur dans notre annuaire des artisans d’art.

Questions fréquentes

Peut-on transformer un vieux manteau de fourrure ?

Oui, si les peaux sont en bon état. Le fourreur vérifie d’abord la souplesse du cuir et la tenue du poil. Un manteau long fournit assez de matière pour une veste, un gilet, un plaid ou des coussins. Un cuir desséché qui se déchire au toucher ne supporte en général pas une recoupe.

Peut-on vendre un manteau de fourrure ancien ?

Tout dépend de l’espèce. Pour une espèce inscrite à l’annexe A du règlement (CE) n° 338/97 (léopard, ocelot…), la vente est interdite sans certificat intracommunautaire, sauf dérogation pour les spécimens travaillés acquis avant le 1er juin 1947. Pour les autres espèces, la situation est à vérifier de la même façon : identifiez l’espèce, puis vérifiez sa situation sur le site CITES du ministère (info.cites.developpement-durable.gouv.fr) ou auprès de la DREAL de votre région.

La fourrure est-elle interdite en France ?

Non, pas en général. La loi du 30 novembre 2021 interdit l’élevage de visons d’Amérique et d’autres espèces non domestiques exclusivement élevées pour la fourrure. Des interdictions européennes visent des espèces précises (chat, chien, phoque) et les espèces menacées. La vente de fourrure d’autres espèces reste légale, sous réserve des règles d’origine et d’étiquetage.

Quelle formation pour devenir fourreur ?

Le diplôme spécifique est le CAP Fourrure (RNCP37243), préparé en deux ans au lycée professionnel Turquetil à Paris, ou en un an pour les adultes via le GRETA CDMA. L’apprentissage chez un fourreur installé et la VAE sont aussi possibles.

Fourreur et pelletier, quelle différence ?

Le pelletier achète, trie et prépare les peaux à poil : c’est le commerce et la matière première. Le fourreur les transforme en vêtements et en objets. Les deux activités ont longtemps été exercées par les mêmes maisons, d’où l’expression « pelletier-fourreur ».

Sources

  • France Compétences, fiche RNCP37243 « CAP – Fourrure », consultée en octobre 2026 : francecompetences.fr/recherche/rncp/37243
  • France Compétences, fiche RNCP584 « CAP – Fourrure » (inactive), consultée en octobre 2026 : francecompetences.fr/recherche/rncp/584
  • France Compétences, fiches RNCP37250 et RNCP42126 « CAP – Vêtement de peau », consultées en octobre 2026 : francecompetences.fr/recherche/rncp/42126
  • Onisep, « CAP fourrure » (mise à jour du 05/12/2025), consultée en octobre 2026 : onisep.fr
  • Onisep, « Fourreur / Fourreuse » (publiée le 04/07/2025), consultée en octobre 2026 : onisep.fr
  • Institut pour les Savoir-Faire Français, fiche métier « Fourreur » (non datée), consultée en octobre 2026 : institut-savoirfaire.fr
  • GRETA CDMA (Éducation nationale), « CAP Fourrure », consultée en octobre 2026 : cdma.greta.fr
  • Ministère de la Transition écologique, « Récapitulatif des règles administratives du commerce CITES » (2016), consulté en octobre 2026 : info.cites.developpement-durable.gouv.fr
  • Direction générale des douanes et droits indirects, « La réglementation UE applicable aux peaux et fourrures », consultée en octobre 2026 : douane.gouv.fr
  • Légifrance, loi n° 2021-1539 du 30 novembre 2021 visant à lutter contre la maltraitance animale, consultée en octobre 2026 : legifrance.gouv.fr
  • EUR-Lex, règlement (UE) n° 1007/2011 relatif aux dénominations des fibres textiles et à l’étiquetage, consulté en octobre 2026 : eur-lex.europa.eu
  • Légifrance, arrêté du 24 décembre 2015 fixant la liste des métiers de l’artisanat d’art, consulté en octobre 2026 : legifrance.gouv.fr

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