Merci de vous présenter en quelques mots ?
L’atelier de Reliure Marchal est né en Avril 1999 de la volonté de changement de Didier Marchal. Directeur dans l’industrie, passionné de livres anciens et bibliophile, il a décidé de prendre le risque de changer de vie.
A 50 ans, il a abordé la reliure en autodidacte pour s’apercevoir très rapidement des risques que ceci pouvait faire courir aux livres. Il s’est donc formé, a passé son CAP en candidat libre tout en continuant à temps partiel dans l’entreprise dans laquelle il travaillait. Rapidement, le diplôme du BMA puis des formations poussées en restauration de livres anciens et la candidature au DMA sont venues compléter son cursus, en même temps qu’une activité à temps complet dans son atelier.
Dès le premier jour de l’ouverture de l’atelier, les commandes ont afflué, avec de nombreux clients fidèles. L’Atelier ne désemplit pas.
Dans le même temps, il été président de l’association Libr’Odyssée, puis celle de l’Association de libraires de livres anciens « Autour du Livre ». A ce moment, les très nombreuses sollicitations de personnes souhaitant se former à la reliure l’ont incité à proposer une solution pour répondre à un besoin pour lequel il n’existait que peu ou pas de filière accessible aux adultes en Alsace.
Didier Marchal est membre du Conseil d’Administration de l’Espace Européen Gutenberg, enseignant à l’Université Populaire de Mulhouse, et intervenant de l’Association Culture et Loisirs d’Illkirch. Les salariées se sont elles-aussi impliquées dans la transmission du savoir-faire, via l’Atelier-Ecole ou les associations précitées. L’Atelier a signé une convention d’assistance mutuelle avec le Lycée Gutenberg et accueille plusieurs stagiaires du Lycée le Corbusier chaque année.
L’Atelier-école était né, avec une approche inhabituelle : de nombreux jeunes étudiants de diverses filières sont venus en stage et ont très vite manifesté leur fort intérêt pour apprendre ce métier manuel fait de patience et de précision. Leurs capacités financières s’avérant insuffisantes, Didier Marchal a décidé d’offrir chaque année une formation complète de préparation au CAP « arts de la reliure » aux plus motivés. Une fois leur CAP en poche, plusieurs ont été embauchés à l’Atelier pour répondre aux demandes toujours croissantes des clients. Ils y travaillent toujours aujourd’hui.
Présentez-nous votre métier ?
L’atelier Marchal est implanté à Illkirch, avec une clientèle de libraires spécialisés en livres anciens, des bibliophiles, des entreprises et, plus ponctuellement, des administrations. A Mulhouse, un confrère, l’atelier de reliure SAREL exerçait son activité dans le Haut-Rhin avec une importante clientèle d’administrations, des Mairies, des services d’archives et quelques particuliers.
L’Atelier Sarel avait été créé en 1949 puis cédé à Michel Kauffmann en 2010, par Paul Schneider.
Le nom SAREL est définitivement ancré dans le Haut-Rhin et la clientèle des collectivités locales du département.
Ces dernières confient chaque année leurs registres d’état-civil, les Décisions du Conseil Municipal, et autres documents officiels car elles sont dans l’obligation légale de conserver ces documents avec une reliure artisanale qui répond à des critères de réalisation et d’utilisation de matériaux précis. L’atelier est alors installé à Brunstatt à deux adresses différentes entre 2009 et 2022.
En 2020, avec une activité en développement, Michel Kauffmann décide d’embaucher une jeune femme qu’il va former afin de le seconder au sein de l’atelier.
Le décès brutal de Michel Kauffmann en avril 2022 signe l’arrêt de l’atelier. Son épouse contacte alors Didier Marchal dont le nom lui avait été évoqué par son défunt mari afin de l’aider à gérer les commandes restées à l’atelier et ensuite fermer l’entreprise. Relieur installé depuis plus de 15 ans à Illkirch, Didier Marchal connaissait Michel Kauffmann pour avoir participé avec lui à des formations. Ils se rencontraient régulièrement lors de manifestations autour du livre ancien.
Quel est votre parcours professionnel ? Et que vous apporte votre métier dans votre vie ?
Après quelques mois de soutien d’urgence, Didier Marchal comprend le potentiel de la SAREL et propose à une de ses anciennes élèves récemment diplômée du CAP de reliure et dorure de rependre ensemble l’activité de la SAREL. Elle possédait son atelier à Strasbourg, et c’est ainsi que les deux artisans ont pendant quelques temps piloté trois ateliers en parallèle.
En novembre 2022, les deux relieurs rachètent officiellement la « reliure SAREL » et créent « l’atelier SAREL »,
soucieux de poursuivre cette belle histoire artisanale. Ils conservent le poste de la relieure et en créent un second à temps partiel afin de maintenir la production et les délais de livraison lors du congé maternité de leur collègue. Dans le même temps, l’Atelier Marchal à Illkirch embauche une salariée pour répondre à la demande importante des clients professionnels de cet atelier.
Ces embauches se sont toutes faites en proposant des contrats de travail en CDI aux personnes formées par l’Atelier Marchal.
La gestion bicéphale de la SAREL et de deux autres ateliers en parallèle s’avérant extrêmement complexe, voire épuisante, avec un chemin parsemé de nombreuses et constantes embûches, Didier Marchal a continué l’aventure seul après la démission de la co-gestionnaire de la SAREL. La même année, la salariée de Mulhouse a dû partir en congé maternité puis, malheureusement, en congé de longue maladie. Elle n’a pu reprendre son travail à ce jour.
Les coûts de fonctionnement de deux sociétés étant trop élevés, il a décidé de faire fusionner la SAREL et l’Atelier de Reliure Marchal sous l’entité Ateliers de Reliures Marchal et SAREL.
Durant le même temps, Didier Marchal a manifesté une très forte volonté de faire de ses ateliers une référence dans le métier et d’atteindre l’excellence. De très nombreuses récompenses et labels sont venus reconnaître l’engagement exceptionnel de cette toute petite entreprise :
• Alsace Excellence,
• Trophée Alsace Excellence 2024,
• Eco-défis,
• Trophée d’Or de la transition énergétique,
• Start RSE,
• label « le Petit Fûté »
• Ateliers d’Art de France,
• lauréat des Trophées PME RMC BFM Grand Est deux années d’affilée,
• « tous unis pour plus de biodiversité »,
• Lauréat France 2030,
• « fabriqué en Alsace »,
• Qualiopi (à noter que l’activité d’accueil d’apprenants au travers du CPF et de Qualiopi est définitivement arrêtée au regard des contraintes administratives de ce dispositif
Quelles sont vos spécialités ?
Agé de 67 ans aujourd’hui, Didier Marchal a pris la décision de ne pas se rémunérer pour le travail qu’il réalise afin de privilégier ses salariées et leur offrir un environnement de travail de grand qualité, avec de nombreux avantages. L’excellence est à ce prix !
La clientèle est très diversifiée : des bibliophiles, des particuliers souhaitant réaliser des reliures d’art ou conserver les ouvrages auxquels ils tiennent, des libraires spécialisés en livres anciens, des services d’Archives, des administrations, des entreprises.
Reliure classique de registres : les feuillets constituant les futurs registres sont assemblés par couture puis protégés par des couvrures en toile, ou en demi-cuir et papier marbré, avec des techniques précisément définies par des règles de reliure des Archives, incluant le choix des matériaux, les techniques d’assemblage, de conservation…
Reliure d’art et micro-édition: c’est une pièce unique sur-mesure où notre client vient à l’atelier avec un projet que nous allons réaliser en étroite collaboration avec lui. Choix du papier d’impression, format de l’ouvrage, choix du type de reliure et de couvrure, mise en forme du texte, ajout de photos et dessins…Un grand choix est possible grâce au stock de papiers important conservé à l’atelier. On part le plus souvent d’un document remis sous format numérique, qui est d’abord remis en forme puis confié à un imprimeur avec lequel nous collaborons régulièrement et basé à proximité de l’atelier. A l’issue de l’impression, nous récupérerons les feuillets qui vont être pliés, massicotés, cousus et intégrés dans la couvrure. Souvent, une vraie œuvre d’art et une pièce unique demandant des jours de travail patient, avec une belle mosaïque de cuir.
Des séries de un à 200 ouvrages sont possibles. Les ateliers réalisent environ 200 ouvrages par an, au plus.
Dorure : sur les ouvrages reliés à l’atelier, nous finalisons notre intervention par une étape de dorure. Il peut s’agir d’une dorure utilitaire (permettant de repérer la date et le contenu de l’ouvrage, sur le dos et/ou le plat de l’ouvrage). On peut aussi réaliser une dorure décorative à l’aide des 4000 fleurons de l’Atelier, une des dix plus grandes collections françaises.
Cartonnages : pour conserver des ouvrages rares et précieux, ou simplement protéger un beau livre.
Quels sont vos projets à court ou moyen terme ?
Je souhaite embaucher une personne motivée pour rejoindre notre équipe et développer l’activité de traitement des contaminations fongiques des livres: le poste est ouvert!
Un conseil à donner à quelqu’un qui voudrait faire votre métier ?
Les débuts sont difficiles: il est prudent de s’associer avec d’autre artisans dans des métiers d’art pour lancer son activité
Retrouvez Didier Marchal sur son site : reliure-marchal.eu.
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