L’émailleur sur lave dépose des émaux colorés sur des plaques de pierre volcanique, le plus souvent de la lave de Volvic (Puy-de-Dôme), puis les cuit au four pour obtenir une surface vitrifiée qui résiste au gel, aux intempéries et aux acides. Plaques de rue, numéros de maison, tables de jardin, plans de travail, signalétique : c’est un métier rare, inscrit dans la liste officielle des métiers d’art (arrêté du 24 décembre 2015, domaine « ameublement et décoration »), et la formation de référence se trouve à Volvic même.
Le travail à l’atelier, de la plaque brute à la cuisson
Tout commence par la pierre. L’émailleur choisit sa plaque, la contrôle (fissures, inclusions), la trace, la découpe et la façonne : ponçage, chants arrondis ou chanfreinés, perçages pour la fixation. C’est le programme que détaille la formation de l’IMAPEC à Volvic, qui consacre aussi des heures à la géologie des roches volcaniques : une lave trop poreuse ou fissurée ne pardonne pas à la cuisson.
Vient ensuite la préparation des émaux et des oxydes. On dose les bains, on règle les couleurs, et surtout on fait des essais : un émail ne sort jamais du four de la couleur qu’il a en pot. Selon le projet, la plaque reçoit d’abord un engobe, une couche de fond cuite ou crue, puis les émaux sont posés au pinceau ou au pistolet. Le décor peut être peint à main levée ou reporté à partir d’un dessin préparatoire.

La cuisson se fait au four, plaque par plaque ou par petites charges, avec un enfournement et un défournement soignés : une montée ou une descente trop brutale peut faire éclater la pierre. Les températures et les courbes de cuisson varient selon les émaux employés ; nous n’avons pas trouvé de source officielle qui fixe un chiffre unique. Fiez-vous aux fiches techniques de votre fournisseur d’émaux et aux consignes du centre de formation.
Côté sécurité, les émaux et oxydes se manipulent avec masque, gants et ventilation, comme en céramique : demandez systématiquement la fiche de données de sécurité de chaque produit.
Une technique née à Paris autour de la pierre de Volvic
D’après les recherches publiées par le Cercle Guimard, l’histoire commence au début du XIXe siècle. Le comte de Chabrol, préfet de la Seine, fait venir de la lave de Volvic pour paver des rues parisiennes, puis songe à l’utiliser pour les plaques de rue. Entre 1826 et 1830, Ferdinand Mortelèque parvient à peindre sur lave des décors résistants au gel et aux acides.
Pierre Hachette, puis la famille Gillet, développent ensuite l’activité industrielle. François Gillet dépose en 1882 un brevet sur la lave reconstituée, une pâte de lave broyée, de fondants et d’argile, moulée puis émaillée. La lave émaillée habille alors les façades et les cheminées de l’Art nouveau : Hector Guimard l’emploie à la maison Coilliot de Lille et pour les panneaux et les enseignes des entrées du métro parisien. Les plaques de rue en lave émaillée viennent de cette tradition.

Se former au métier d’émailleur sur lave
Il n’existe pas de CAP ni de diplôme d’État propre à ce métier. La formation de référence est celle de l’IMAPEC (Institut des métiers d’art de la pierre et de la construction, association Traces de Pierre) à Volvic, qui prépare au titre « Émailleur sur lave », de niveau 4. Selon son programme de formation, la session compte 1 350 heures, dont 307 heures en entreprise, à temps plein, de septembre à juillet.
- Prérequis : un diplôme de niveau 3 (CAP ou BEP), une bonne vision des couleurs, une habileté manuelle précise, un dossier et un entretien.
- Contenu : préparation de la lave, chimie des émaux et des oxydes, essais de couleurs, engobage, application, conduite du four, gestion d’atelier.
- Coût : l’annuaire de l’Institut pour les savoir-faire français indique 16 120 € pour les dix mois ; vérifiez le tarif en vigueur et les financements possibles auprès de l’organisme.
Point à vérifier avant de s’inscrire : sur France Compétences, la fiche RNCP19615 « Émailleur sur lave » est inactive depuis le 17 avril 2023, et l’organisme indique que le renouvellement est en cours. Demandez à l’IMAPEC où en est l’enregistrement : il conditionne le financement par le CPF et la reconnaissance du titre.
| Étape | Ce qu’on y apprend | Erreur de débutant |
|---|---|---|
| Préparation de la plaque | Contrôle, découpe, façonnage, perçage | Négliger une microfissure qui s’ouvre au four |
| Engobe et émaux | Dosage, nuancier d’essais | Juger la couleur sur l’émail cru |
| Pose du décor | Pinceau, pistolet | Charger trop d’émail : il coule ou bulle |
| Cuisson | Enfournement, courbe, défournement | Ouvrir le four trop chaud |
Débouchés : atelier, signalétique et décor
La fiche de l’Institut pour les savoir-faire français décrit deux voies : créer ou reprendre un atelier en indépendant, ou travailler comme ouvrier qualifié dans une entreprise. Les commandes vont de la plaque de maison personnalisée à la signalétique des communes, en passant par le mobilier (tables, plans de vasque, plans de travail de cuisine) et le revêtement mural. Certaines entreprises du secteur, comme Pyrolave, détiennent le label Entreprise du patrimoine vivant.
Pour vous installer, l’immatriculation se fait au registre national des entreprises via le guichet unique, et la chambre de métiers vous dira si vous pouvez revendiquer la qualité d’artisan d’art. Comme pour d’autres métiers rares, le métier de cirier par exemple, la clientèle se construit lentement : salons, Journées européennes des métiers d’art (journeesdesmetiersdart.fr) et réseau local autour de Volvic comptent beaucoup. Aucune statistique publique ne donne de revenu moyen pour ce métier.
Les 12 erreurs qui coûtent le plus cher aux artisans d’art
Douze erreurs précises, chacune vérifiée sur une source publique et datée : la qualité d’artisan d’art qui ne se gagne pas devant un jury, les 60 jours de l’ACRE, le mot « acompte » qu’il faut écrire, les 33 €/kg d’indemnisation d’un transporteur, le stage pour enfants qui bascule dans un régime déclaratif. Avec seize sources officielles pour tout vérifier vous-même.
Par où commencer
Si le métier vous attire, commencez par un stage d’initiation à Volvic (l’office de tourisme Terra Volcana en recense) puis contactez l’IMAPEC pour connaître les dates de la prochaine session et les modalités de sélection. Vous saurez vite si la patience des essais de couleurs et le rythme du four vous conviennent.



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