La mode artisanale, ce sont des vêtements et des accessoires fabriqués en grande partie à la main, en atelier, par des artisans qui maîtrisent un métier précis : couture, broderie, maroquinerie, chapellerie, tissage. Elle ne se limite pas au luxe. On la trouve aussi chez des créateurs indépendants qui produisent en petite série, et c’est souvent là qu’un particulier peut l’acheter.
Voici les métiers qui la font, les repères pour reconnaître une pièce vraiment faite main, les labels qui garantissent quelque chose, et ce qu’il faut savoir si vous voulez lancer votre propre marque.
Mode artisanale, made in France, luxe : ce qui les distingue
Ces trois termes se recoupent sans se confondre. La mention « made in France » parle de l’origine d’un produit, pas de la façon dont il est fabriqué : un tee-shirt cousu en série dans une usine française y a droit. Le luxe est un positionnement de marque ; il fait travailler de nombreux ateliers d’art, mais toutes ses pièces ne sont pas artisanales.
La mode artisanale, elle, se définit par la méthode : coupe, assemblage et finitions conduits par un artisan, en petite quantité, avec des gestes qu’une chaîne de production ne reproduit pas. La haute couture en est la forme la plus exigeante, avec une appellation protégée en France (voir notre article sur l’artisanat d’art et la haute couture).
Les métiers derrière un vêtement ou un accessoire
| Métier | Ce qu’il fait | Pour en savoir plus |
|---|---|---|
| Couturier, couturière | Coupe, assemblage et finitions d’un vêtement, souvent sur mesure | Devenir artisan d’art en couture |
| Brodeur, brodeuse | Décor à l’aiguille ou au crochet de Lunéville : fils, perles, paillettes | Le métier de brodeur |
| Modiste | Création de chapeaux et coiffes, souvent mis en forme sur une forme en bois | Modiste et chapelier |
| Maroquinier | Sacs, ceintures et petite maroquinerie en cuir, coupés et cousus à la main | Les métiers d’art de la mode |
| Plumassier | Préparation et montage des plumes pour la mode et le spectacle | Le métier de plumassier |
| Tisserand | Fabrication du tissu lui-même, sur métier à bras | Le métier de tisserand |
| Teinturier | Teinture des fibres et des étoffes, y compris aux colorants végétaux | Le métier de teinturier |
Une seule pièce peut passer par plusieurs de ces mains. C’est l’une des raisons de son prix, et de sa rareté.
Reconnaître une pièce faite main
Quelques détails ne trompent pas, à condition de regarder l’intérieur autant que l’extérieur :
- Les finitions intérieures. Coutures anglaises ou bords repliés proprement, parementures cousues, ourlet fait au point invisible : une pièce soignée l’est aussi à l’envers.
- Les boutonnières. Une boutonnière brodée main a des points serrés et légèrement irréguliers, avec souvent une bride au bout ; à la machine, le point est parfaitement régulier et plat.
- Le cuir. La couture au point sellier, faite avec deux aiguilles sur un même fil, est identique des deux côtés et inclinée de façon régulière. La couture machine, elle, montre un point différent sur l’endroit et sur l’envers.
- L’étiquette et le discours. Un atelier indique son nom et son lieu de fabrication, et sait expliquer comment la pièce a été faite. Méfiez-vous d’un « fait main » sans aucune précision.
Astuce d’atelier : si un point casse sur une couture sellier, les points voisins tiennent, parce que chaque point est bloqué par le croisement des deux aiguilles. C’est pour cette solidité que les selliers l’utilisent sur les pièces qui travaillent : anses, sangles, ceintures.
Ce que coûte une pièce artisanale, et pourquoi
Le prix d’une pièce artisanale se construit à partir du temps passé, et non à partir d’un prix de marché : heures de coupe, d’assemblage et de finition, multipliées par un taux horaire qui couvre l’atelier, auxquelles s’ajoutent la matière et les charges. Une broderie, un montage de chapeau ou une couture sellier se comptent en heures, parfois en jours.
C’est pourquoi un prix très proche de celui de la grande distribution doit faire poser la question de la méthode. Pour les créateurs, notre article sur le calcul du prix de vos créations artisanales détaille la méthode.
Labels et repères pour acheter
- Fabriqué à Paris : label gratuit de la Ville de Paris, créé en 2017, attribué pour un an à des produits conçus et fabriqués dans la capitale, avec une catégorie « mode et accessoires » (FashionUnited).
- Origine France Garantie : le produit doit prendre ses caractéristiques essentielles en France, et 50 à 100 % de son prix de revient unitaire doivent y être acquis ; le label est délivré par un organisme certificateur indépendant, pour trois ans (CCI Paris Île-de-France). Il garantit l’origine, pas la fabrication à la main.
- Entreprise du Patrimoine Vivant : distingue des entreprises au savoir-faire rare, dont des maisons de mode et d’accessoires comme Repetto, labellisée depuis 2008 (source). Voir aussi les labels de l’artisanat d’art.
Au-delà des labels, les salons de créateurs, les ateliers-boutiques et les Journées européennes des métiers d’art permettent de rencontrer celui ou celle qui a fabriqué la pièce. C’est encore le meilleur moyen de savoir ce qu’on achète.
Créer sa marque de mode artisanale
Beaucoup de créateurs commencent seuls, avec une machine à coudre semi-industrielle, une petite gamme et une vente directe. Les questions à régler tôt sont toujours les mêmes : le statut, le calcul du prix, le sourcing des matières, la production quand les commandes augmentent, et la frontière entre ce que vous faites vous-même et ce que vous confiez à un atelier.
Notre guide Se lancer dans la mode et la couture reprend ces étapes dans l’ordre. Si vous visez la sous-traitance pour les grandes maisons, lisez aussi notre article sur l’artisanat d’art et la mode de luxe.
Questions fréquentes
Les 12 erreurs qui coûtent le plus cher aux artisans d’art
Douze erreurs précises, chacune vérifiée sur une source publique et datée : la qualité d’artisan d’art qui ne se gagne pas devant un jury, les 60 jours de l’ACRE, le mot « acompte » qu’il faut écrire, les 33 €/kg d’indemnisation d’un transporteur, le stage pour enfants qui bascule dans un régime déclaratif. Avec seize sources officielles pour tout vérifier vous-même.
Ce qu’il faut retenir
La mode artisanale se juge à l’intérieur d’un vêtement et à la couture d’un sac plus qu’à son étiquette. Les labels renseignent sur l’origine, la conversation avec l’atelier renseigne sur la méthode. Et une pièce faite main se répare, ce qui reste son meilleur argument face à la mode jetable.
Ajouter un commentaire