Les domaines des métiers d’art sont au nombre de 16 : c’est ainsi que l’arrêté du 24 décembre 2015 range les 198 métiers et 83 spécialités reconnus par l’État, soit 281 activités. On y trouve des domaines définis par une matière (le métal, le verre, la céramique, le cuir, le textile) et d’autres par un usage (le spectacle, la facture instrumentale, la restauration). Ci-dessous, chaque domaine est présenté avec des métiers tirés du texte officiel et une formation qui y mène. Pour parcourir la liste complète, métier par métier, rendez-vous sur notre page la liste des 281 métiers d’art.
Comment l’État classe les métiers d’art
La définition légale figure à l’article 20 de la loi du 5 juillet 1996 sur le commerce et l’artisanat, réécrit par l’article 22 de la loi n° 2014-626 du 18 juin 2014. Relèvent des métiers d’art les personnes qui exercent, à titre principal ou secondaire, une activité indépendante de production, de création, de transformation, de reconstitution, de réparation ou de restauration du patrimoine. Cette activité se caractérise par « la maîtrise des gestes et des techniques en vue du travail de la matière » et suppose un apport artistique (présentation du ministère de l’Économie).
La loi renvoie à une liste fixée par arrêté des ministres chargés de l’artisanat et de la culture. C’est l’arrêté du 24 décembre 2015 fixant la liste des métiers d’art, publié au Journal officiel le 31 janvier 2016, qui a remplacé la liste de 2003. Il se présente comme un tableau à trois colonnes : le domaine, le métier, puis, le cas échéant, la spécialité.
Domaine, métier, spécialité : trois niveaux
Le domaine regroupe des métiers proches par la matière ou par l’usage. Le métier est l’activité reconnue, par exemple « Céramiste ». La spécialité affine ce métier : sous « Céramiste », l’arrêté distingue notamment le faïencier et le porcelainier.
Les domaines sont très inégaux. Celui du luminaire ne compte qu’un métier, fabricant de luminaires, quand l’ameublement et la décoration en rassemblent un grand nombre, du canneur-rempailleur à l’ébéniste. Certains métiers apparaissent aussi dans deux domaines : le ciseleur figure à la fois en bijouterie et dans le métal.
Erreur à éviter : confondre « familles de métiers d’art » et domaines officiels. Beaucoup de sites proposent leurs propres familles (cinq, sept, dix…). Ce sont des lectures éditoriales, parfois utiles, mais seuls les 16 domaines de l’arrêté font foi, par exemple lorsqu’une chambre de métiers vous demande de situer votre activité.
Le tableau des 16 domaines des métiers d’art
Le tableau reprend les intitulés de l’arrêté, sans le mot « Domaine » qui les précède dans le texte. Les exemples de métiers sont tirés de la liste officielle ; les formations sont des diplômes recensés par l’ONISEP, choisis parce qu’ils mènent directement à l’un des métiers cités. Ce n’est pas une liste exhaustive des formations.
| Domaine officiel | Exemples de métiers (arrêté de 2015) | Formation type |
|---|---|---|
| Architecture et jardins | Ardoisier, campaniste, chaumier | CAP tailleur de pierre, CAP couvreur |
| Ameublement et décoration | Ébéniste, doreur, canneur-rempailleur | CAP ébéniste, BNMA ébénisterie, CAP tapissier-tapissière d’ameublement en siège |
| Luminaire | Fabricant de luminaires (seul métier du domaine) | Pas de diplôme dédié repéré : formation en atelier, à voir avec votre CMA |
| Bijouterie, joaillerie, orfèvrerie, horlogerie | Bijoutier, batteur d’or, chaîniste | CAP art et techniques de la bijouterie-joaillerie, CAP horlogerie, BNMA bijouterie ou horlogerie |
| Métal | Coutelier, dinandier, armurier | CAP ferronnier d’art, CAP bronzier |
| Céramique | Céramiste, décorateur sur céramique, santonnier | CAP tournage en céramique, CAP décoration en céramique |
| Verre et cristal | Verrier à la main, verrier au chalumeau, verrier décorateur | CAP arts et techniques du verre (options vitrailliste ou décorateur sur verre), CAP arts du verre et du cristal |
| Tabletterie | Brossier, écailliste, nacrier | Pas de diplôme dédié repéré : apprentissage chez un professionnel |
| Mode et accessoires | Chapelier, corsetier, éventailliste | CAP plumasserie, CAP métiers de la mode-vêtement flou |
| Textile | Brodeur, dentellier, feutrier | CAP arts de la broderie, CAP arts du tapis et de la tapisserie de lisse |
| Cuir | Bottier main, gantier, gainier | CAP maroquinerie, CAP cordonnier bottier, BNMA maroquinerie de haute facture |
| Spectacle | Costumier, perruquier-posticheur, fabricant de décors de spectacle | CAP accessoiriste réalisateur, DN MADE mention spectacle |
| Papier, graphisme et impression | Calligraphe, dominotier, enlumineur | CAP arts de la reliure, CAP gravure |
| Jeux, jouets et ouvrages mécaniques | Charron, fabricant d’automates, fabricant de jouets | Pas de diplôme dédié repéré : passerelles depuis le bois ou le métal |
| Facture instrumentale | Archetier, fabricant d’anches, facteur et/ou restaurateur d’instruments à vent | CAP assistant luthier du quatuor, CAP accordeur de pianos, DN MADE mention instrument |
| Restauration | Restaurateur de peintures, de sculptures, de textiles | Diplôme de restaurateur du patrimoine (INP, 5 ans), master conservation-restauration des biens culturels (Paris 1) |
Les mentions « pas de diplôme dédié repéré » ne veulent pas dire qu’il n’existe aucune formation : nous n’en avons pas trouvé de nationale propre à ces domaines. Dans ces cas, l’apprentissage chez un professionnel, les formations courtes et les centres de formation des chambres de métiers prennent le relais. Votre chambre de métiers et de l’artisanat reste le bon interlocuteur pour vérifier ce qui existe près de chez vous.
Les domaines définis par la matière
Métal, céramique, verre et cristal, cuir, textile, tabletterie : ici, c’est le matériau qui fait le domaine. La tabletterie est la moins connue. Elle travaille l’os, la corne, l’écaille, la nacre ou l’ivoire pour des objets de petite taille, d’où les métiers de nacrier, d’écailliste ou de cornier.
Le verre et la céramique fonctionnent de la même façon : peu de métiers, beaucoup de spécialités. Le domaine du verre et du cristal ne compte que quatre métiers (verrier à la main, verrier fondeur, verrier au chalumeau, verrier décorateur), mais chacun se décline en spécialités selon la technique et le produit. Pour vous orienter, lisez donc la colonne des spécialités, c’est souvent là que se trouve le métier que vous avez en tête.
Les domaines définis par l’objet ou l’usage
Architecture et jardins, ameublement et décoration, luminaire, bijouterie, mode et accessoires, spectacle, papier et impression, jeux et jouets, facture instrumentale : ces domaines regroupent des gens qui travaillent des matières très différentes pour un même type d’objet. Dans le domaine du spectacle, le costumier coud, le fabricant de décors construit et le perruquier-posticheur implante des cheveux un à un.
Le domaine de la restauration est à part. Il réunit des restaurateurs spécialisés par type d’œuvre (peintures, sculptures, documents graphiques, photographies, textiles, cuirs). Ces métiers demandent une formation longue, de niveau master, en plus de la pratique du geste.
Choisir un domaine selon la matière et le geste
Le nom du domaine dit peu de chose de la journée de travail. Deux personnes du domaine de l’ameublement, un canneur-rempailleur et un ébéniste, n’ont ni les mêmes outils ni le même rythme. Mieux vaut partir de ce que vous aimez toucher et faire avec vos mains.
- Vous aimez la précision au dixième de millimètre : regardez la bijouterie et l’horlogerie, la gravure, la facture instrumentale.
- Vous aimez la force et le feu : le métal (ferronnerie, dinanderie, fonderie) et le verre à chaud.
- Vous aimez le geste répété et patient : le textile (broderie, dentelle, tissage), la reliure, le cannage.
- Vous aimez le chantier et le grand format : le domaine de l’architecture et des jardins (taille de pierre, couverture, charpente).
- Vous aimez comprendre une œuvre avant d’y toucher : la restauration, qui mêle histoire de l’art, chimie des matériaux et pratique.
Pensez aussi aux contraintes physiques. Le verre au four, la fonderie ou la taille de pierre exposent à la chaleur, aux poussières ou aux charges lourdes, avec les équipements de protection qui vont avec. La broderie ou la gravure sollicitent surtout les yeux et le dos, longtemps penché sur l’ouvrage.
Astuce d’atelier : avant de vous inscrire à une formation, demandez à passer une ou deux journées dans un atelier du domaine qui vous attire. Une heure à poncer un plateau ou à enfiler des perles sur un métier à broder vous en apprend plus qu’une brochure. Les chambres de métiers et les lycées professionnels peuvent vous aider à trouver une immersion ou un mini-stage.
Les voies de formation vers les métiers d’art
Les diplômes des métiers d’art ont beaucoup changé depuis 2018. Voici les principaux, du plus court au plus long, d’après l’ONISEP.
Le CAP, porte d’entrée du geste
Le CAP se prépare en deux ans après la 3e, en lycée professionnel ou en apprentissage ; un adulte déjà diplômé peut parfois le préparer en un an, à vérifier auprès de l’établissement. Il en existe pour de nombreux métiers : ébéniste, ferronnier d’art, arts de la reliure, plumasserie, vannerie, arts et techniques du verre… Certains ne sont proposés que dans un ou deux établissements en France, ce qui peut imposer de déménager.
Le BNMA, qui remplace progressivement le BMA
Le brevet national des métiers d’art (BNMA) se prépare en trois ans après la 3e, ou après un CAP. Quatre spécialités ouvrent à la rentrée 2026 : bijouterie, ébénisterie, horlogerie et maroquinerie de haute facture. Les autres doivent suivre à partir de 2027, pour 21 spécialités à terme. Le BNMA remplace progressivement les brevets des métiers d’art (BMA) et le bac pro artisanat et métiers d’art.
Le DN MADE, qui a remplacé la plupart des DMA
Le diplôme national des métiers d’art et du design (DN MADE) se prépare en trois ans après le bac et confère le grade de licence. Il compte 14 mentions, dont matériaux, objet, ornement, instrument, livre, mode, patrimoine et spectacle pour les métiers d’art. Créé en 2018, il a remplacé la plupart des anciens diplômes des métiers d’art (DMA) ; selon L’Étudiant (2022), quelques DMA subsistent, comme le DMA lutherie du lycée Jean-Baptiste Vuillaume à Mirecourt. Les candidatures passent par Parcoursup.
Le DSAA et les formations de niveau master
Après un bac+3, le diplôme supérieur d’arts appliqués (DSAA) se prépare en deux ans et confère le grade de master. En restauration, l’Institut national du patrimoine délivre en cinq ans le diplôme de restaurateur du patrimoine, accessible sur concours ; l’université Paris 1 propose un master de conservation-restauration des biens culturels.
Les titres RNCP et la formation continue
À côté des diplômes de l’Éducation nationale, des écoles privées et des centres de formation délivrent des titres inscrits au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP). Avant de vous engager, vérifiez sur le site de France Compétences que le titre est bien enregistré et à jour. Pour une reconversion, la plupart de ces parcours s’ouvrent aussi aux adultes, en apprentissage ou en formation continue.
Choisir un domaine, c’est surtout choisir une matière et un geste que vous aurez envie de répéter des milliers de fois. Parcourez ensuite la liste des 281 métiers d’art pour repérer le métier précis, puis notre guide complet pour devenir artisan d’art pour préparer la suite.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il de domaines des métiers d’art ?
L’arrêté du 24 décembre 2015 fixant la liste des métiers d’art compte 16 domaines, de l’architecture et des jardins à la restauration. Ils regroupent 198 métiers et 83 spécialités, soit 281 activités reconnues. Certains domaines sont définis par une matière, comme le verre ou le cuir, d’autres par un usage, comme le spectacle ou la facture instrumentale.
Quelle différence entre un domaine, un métier et une spécialité ?
Le domaine est le regroupement le plus large, par exemple la céramique. Le métier est l’activité reconnue par l’arrêté, comme céramiste ou santonnier. La spécialité précise un métier quand ses techniques diffèrent nettement : sous céramiste, on trouve notamment le faïencier et le porcelainier. Un même métier, comme ciseleur, peut figurer dans deux domaines.
Les « familles de métiers d’art » ont-elles une valeur officielle ?
Non. Les familles que l’on lit sur de nombreux sites, en cinq ou sept groupes, sont des regroupements éditoriaux. La seule classification officielle est celle des 16 domaines de l’arrêté de 2015, consultable sur Légifrance. C’est elle qu’il faut citer dans un dossier administratif ou pour situer votre activité auprès d’une chambre de métiers.
Le BMA existe-t-il encore ?
Il est en cours de remplacement par le brevet national des métiers d’art (BNMA), qui se prépare en trois ans après la 3e. Quatre spécialités ouvrent à la rentrée 2026 (bijouterie, ébénisterie, horlogerie, maroquinerie de haute facture) et les autres à partir de 2027. Selon votre spécialité, un BMA peut donc encore être proposé : vérifiez sur le site de l’ONISEP.
Faut-il être artisan pour exercer un métier d’art ?
Pas forcément. Depuis la loi du 7 juillet 2016, la liste des métiers d’art ne préjuge pas du statut professionnel : un métier d’art peut être exercé comme artisan, salarié, profession libérale, fonctionnaire ou artiste-auteur. Le statut dépend surtout de votre activité et de votre façon de vendre ; votre chambre de métiers ou l’Urssaf peut vous orienter.
Les 12 erreurs qui coûtent le plus cher aux artisans d’art
Douze erreurs précises, chacune vérifiée sur une source publique et datée : la qualité d’artisan d’art qui ne se gagne pas devant un jury, les 60 jours de l’ACRE, le mot « acompte » qu’il faut écrire, les 33 €/kg d’indemnisation d’un transporteur, le stage pour enfants qui bascule dans un régime déclaratif. Avec seize sources officielles pour tout vérifier vous-même.



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