Cet article s’adresse aux artisans, pas à leurs clients : il est écrit pour le bijoutier qui ouvre une boutique en ligne. Vendre ses bijoux en ligne ne crée presque aucune règle nouvelle ; cela rend publiques et consultables toutes celles qui existaient déjà. Deux administrations vous regardent, et pas pour la même chose. Si vous partez de zéro, commencez par ce qu’un céramiste doit montrer sur son site : le socle y est traité une fois pour toutes.
Une précision de méthode
Vous ne trouverez ici aucun numéro d’article de loi ou de code. Le jour de nos vérifications, Légifrance nous a refusé l’accès : huit références relevées par des relais n’ont pas pu être lues dans leur texte d’origine, nous ne les avons pas vérifiées, et nous préférons écrire la règle sans sa référence. Les pages citées ici — douane, DGCCRF, Institut national de la consommation, Direction générale des Entreprises, Bpifrance Création — sont publiques et consultables.
La douane regarde le métal, la répression des fraudes regarde les mots
Les ouvrages en métaux précieux relèvent de la garantie des métaux précieux, administrée par la douane : elle regarde le titre du métal et les marques frappées sur la pièce. La DGCCRF, elle, regarde l’information du consommateur : dénominations, titres affichés, traitements déclarés, allégations.
D’où la thèse de cette page : la garantie ne s’attache pas au canal de vente, elle s’attache à l’ouvrage. Ce qui change en ligne, ce n’est pas l’obligation, c’est l’exposition — et le fait que tout ce que vous écrivez sur une fiche produit est une allégation commerciale, datée et archivée.
Ce qui ne change pas, et que nous avons déjà traité
Mentions légales, conditions générales, médiateur, données personnelles, contrat hors établissement, présentation des réalisations, déroulement d’une commande : tout cela est commun aux métiers d’art et se trouve déjà ici. Voyez comment un ébéniste présente ses réalisations, notre page sur le temps que prend un travail d’atelier, et, côté visibilité, le référencement des artisans, le référencement local et la visibilité en ligne d’un artisan d’art. La suite ne traite que ce qui est propre à la bijouterie.
La garantie des métaux précieux
La déclaration d’existence, avant de commencer
Tout professionnel détenant de l’or, de l’argent ou du platine doit déclarer son existence avant de débuter son activité. Nos deux sources ne désignent pas le même destinataire : la fiche de service-public parle d’un organisme de contrôle agréé, Bpifrance Création d’un bureau de garantie. Partez des annuaires de la douane, justificatif d’enregistrement en main.
Deux poinçons, qui ne disent pas la même chose
Le poinçon de garantie atteste du titre de l’ouvrage ; il est apposé après essai chimique confirmant les titres légaux minimaux — 375 millièmes pour l’or, 800 pour l’argent, 850 pour le platine. Le poinçon de maître, ou de responsabilité, est selon la douane « à la fois une signature et un engagement » : losange pour le fabricant, ovale pour l’importateur. Le premier dit ce qu’est la pièce, le second qui en répond. Côté acheteur, ces marques se lisent avec notre article sur les poinçons de l’argenterie française.
Qui appose le poinçon de garantie
Trois voies, au choix du professionnel : un bureau de garantie de la douane — six en métropole, quatre en outre-mer —, un organisme de contrôle agréé, ou un professionnel habilité par convention. La douane indique quatre organismes agréés ; sa page dédiée était indisponible lors de nos vérifications et nous n’en nommons que deux, Francéclat et Cookson CLAL CRT : consultez la liste à jour chez elle. Depuis novembre 2024, le marquage laser sous surveillance douanière est possible.
Les seuils de dispense : le point où l’on se croit à l’abri à tort
Voici l’information la plus utile de cette page. Sont dispensés du poinçon de garantie les ouvrages pesant moins de 3 grammes pour l’or et le platine, moins de 30 grammes pour l’argent — comme le sont les objets antérieurs à 1838 et ceux portant déjà d’anciens poinçons français.
Mais la dispense porte sur un poinçon, pas sur les deux : les ouvrages dispensés doivent néanmoins porter le titre légal et le poinçon de maître ou de responsabilité. Beaucoup de bijoux d’artisan pèsent moins de trois grammes d’or, et le raccourci — « c’est léger, donc je n’ai rien à faire » — est faux. La douane et la fiche de service-public le disent dans les mêmes termes.
Vermeil, plaqué, doré : ce ne sont pas des mots, ce sont des seuils
La fiche de la DGCCRF sur l’étiquetage des bijoux fixe les titres autorisés et les appellations spéciales. Écrire « vermeil » sur une dorure trop mince n’est pas une approximation commerciale : c’est une dénomination non conforme.
| Mention | Ce qu’elle suppose |
|---|---|
| Titres autorisés, en millièmes | Or : 999, 916, 750, 585, 375 — Argent : 999, 925, 800 — Platine : 999, 950, 900, 850 |
| Vermeil | Argent recouvert d’or de titre au moins égal à 750 millièmes, sur au moins 5 microns |
| Plaqué ou doublé | Métal précieux de titre au moins égal à 500 millièmes ; au moins 3 microns pour l’or et le platine |
| Doré, platiné | Couche inférieure à 3 microns |
| Métal argenté | Au moins 10 microns |
| Métaux précieux | Le titre en millièmes est obligatoire |
| Pierres et perles | Dénomination exacte, traitements subis, précautions d’entretien ; « semi-précieux » et « semi-fins » sont interdits |
| Bijoux fantaisie | Prix, dénomination du produit, matériaux principaux |
Deux réserves. Ces valeurs viennent de la fiche DGCCRF telle que nous l’avons lue : l’articulation exacte entre seuil de titre et épaisseur mérite d’être recontrôlée avant que vous ne rédigiez vos descriptifs. La même fiche rappelle que des limites de libération s’appliquent au nickel, au cadmium et au plomb ; nous ne détaillons pas le barème du nickel, que le résumé consulté ne précise pas. C’est l’équivalent, pour le bijoutier, de l’aptitude au contact alimentaire chez le céramiste.
Les pierres, et ce qu’une enquête a réellement trouvé
La DGCCRF a publié une enquête sur la conformité des bijoux comportant des pierres gemmes ou des perles : 790 contrôles, et 28 % des 264 établissements visités présentant des anomalies, pour 168 avertissements et 47 injonctions. Nous n’avons pas relevé la date de cette enquête et nous ne l’inventons pas ; le taux porte sur un contrôle ciblé et ne décrit pas la profession.
Ce qui rend ce document utile, ce sont les manquements nommés : ce ne sont pas des fraudes, ce sont des omissions d’artisan consciencieux mais mal informé. Titres absents. Dénominations de pierres absentes. Traitements non déclarés — irradiation, laser, teinture. Perles reconstituées présentées comme naturelles. Prix incomplets, factures inexactes.
Elle nomme aussi des pratiques trompeuses qui circulent en ligne : attribuer aux pierres des propriétés de bien-être — la lithothérapie est citée telle quelle —, employer « diamant de laboratoire » pour un diamant synthétique, ou mettre en avant la dénomination prestigieuse en taisant l’autre. Les pierres créées en laboratoire appellent une désignation spécifique ; des pratiques traditionnelles bénéficient d’exceptions, mais le texte qui les fixe n’a pas pu être lu et nous ne le résumons pas.
Les registres : deux régimes distincts, et celui qu’on oublie
Le premier est le registre des métaux précieux : achats, ventes, réceptions et livraisons, avec nombre, poids, titre, origine et dates, conservé six ans au lieu d’exploitation.
Le second est le registre des revendeurs d’objets mobiliers, et c’est celui qu’on oublie. La Direction générale des Entreprises écrit que toute activité impliquant la revente ou l’échange habituel de biens d’occasion, même en proportion mineure, impose une inscription : déclaration en préfecture, registre quotidien identifiant objets et intervenants, conservé cinq ans sur cahier et dix ans en informatique. Un bijoutier qui reprend des pièces anciennes ou met deux bijoux chinés dans sa boutique entre dans cette phrase.
En revanche, nous ne pouvons pas vous dire comment ces deux régimes s’articulent : faut-il les deux, un seul ? Aucune source consultée ne tranche. Posez la question à votre organisme de contrôle et à votre préfecture, et gardez la réponse écrite.
L’or du client : ce qui est prévu, et ce qui ne l’est pas
Un seul élément est documenté, et il est utile : pour les travaux de réparation, Bpifrance Création indique que des fiches de réparation peuvent se substituer au livre de police, portant nom du déposant et du dépositaire, dates, et description de l’objet avec son poids et sa teneur en métal. Peser et consigner à l’entrée n’est donc pas de la méfiance : c’est la forme prévue, et elle protège l’atelier.
Deux conséquences s’en déduisent, et nous les donnons comme un raisonnement, pas comme une citation. L’origine du métal ne change rien aux obligations de marque : une pièce faite avec l’or d’un client reste une pièce de l’atelier, qui porte sa marque et répond de son titre. Et le titre de cet or n’est pas acquis, puisque le poinçon de garantie n’est apposé qu’après essai.
Pour le reste, nous ne pouvons pas répondre de manière sourcée. Aucune source publique trouvée ne décrit nommément le travail à façon sur métal du client : ni la qualification du contrat, ni le sort des chutes et de la limaille, ni la perte au feu, ni l’obligation de restituer le métal non employé, ni le traitement fiscal. C’est une zone que nous ne pouvons pas documenter ; ce qui reste en votre pouvoir est de l’écrire au devis, dont notre page sur ce que doit contenir un devis donne la trame : ce qui est reçu et comment il est consigné, ce que portera l’ouvrage fini, et le sort du métal non employé.
Expédier un objet de valeur : le risque du colis est le vôtre
Selon l’Institut national de la consommation, lorsque le vendeur organise le transport, il reste responsable du bien jusqu’à sa remise au consommateur, y compris des dommages de transport ; le risque n’est transféré que si l’acheteur a choisi lui-même le transporteur. Une clause qui ferait porter au client le risque d’un transport que vous avez choisi serait sans effet : mode d’expédition, valeur déclarée et assurance sont une décision à votre compte, et notre page sur le transport et l’assurance d’un objet confié en donne la méthode.
La même source rappelle qu’à défaut de date convenue, la livraison doit intervenir sans retard injustifié et au plus tard dans les trente jours suivant la conclusion du contrat, et que les formules du type « dès que possible » sont présumées abusives. Pour une pièce sur mesure : annoncer un délai et le tenir, ou le renégocier explicitement.
Questions fréquentes
Mes bijoux font moins de 3 grammes : suis-je dispensé de tout ?
Non. Vous êtes dispensé du poinçon de garantie, pas du poinçon de maître ni de la mention du titre. C’est la confusion la plus fréquente, et la plus facile à corriger : si vous n’avez pas encore de poinçon de maître, c’est par là qu’il faut commencer.
Puis-je écrire qu’une pierre apaise ou protège ?
L’enquête de la DGCCRF cite nommément l’attribution de propriétés de bien-être aux pierres parmi les pratiques trompeuses relevées, et note que des professionnels invoquaient une formation en lithothérapie pour les justifier. Une fiche produit qui affirme qu’une pierre apaise entre donc dans le champ de cette enquête. La prudence est de décrire la pierre — dénomination exacte, traitements subis — et rien d’autre.
Une bague mise à la taille est-elle exclue du droit de rétractation ?
Nous ne pouvons pas répondre de manière sourcée, et nous ne trancherons pas. L’exclusion vise les biens confectionnés selon les spécifications du consommateur ou nettement personnalisés, mais aucune source consultée ne dit où passe la limite entre la gravure d’une initiale, la mise à la taille d’un anneau et une fabrication intégrale. Ce qui est certain : elle se juge au cas par cas, elle doit être annoncée avant la commande, et une exclusion écrite après coup n’en est pas une.
Par où commencer si je me lance ?
Par la déclaration d’existence et le poinçon de maître, avant la première vente. Puis par une relecture froide de vos descriptifs : chaque emploi des mots vermeil, plaqué, doré, naturel ou synthétique engage un seuil. Notre page sur le métier de bijoutier situe la filière, et le guide de l’artisan d’art rassemble le reste de la démarche d’installation.

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