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Photographies anciennes : conserver un tirage sans le dégrader

Reconnaître un daguerréotype, un ferrotype ou un tirage couleur, lire ce que le miroir d’argent dit du rangement, choisir une pochette qui ne colle pas : ce que les institutions de conservation écrivent d’un tirage ancien.
Tirages photographiques anciens en noir et blanc étalés sur une table en bois

Sommaire

Sur une photographie ancienne, le geste qui abîme n’est pas le nettoyage : c’est le rangement. La pochette, l’album et le cadre font plus de dégâts que toutes les manipulations réunies, et l’altération finit par dessiner sur l’image la forme de ce qui la contenait. Savoir conserver une photo ancienne demande donc de savoir ce qu’on a, puis où le mettre. Pour le papier imprimé et ses plis, voyez plutôt les affiches et cartes anciennes.

Reconnaître un procédé, sans prétendre le dater

Deux tests gratuits et non destructifs séparent les trois images « sous verre » d’un étui. L’Institut canadien de conservation décrit le daguerréotype comme une image de microscopiques particules d’amalgame d’argent sur une plaque de cuivre argenté : incliné, il apparaît, dans certaines positions, en négatif. C’est le seul objet photographique qui bascule ainsi selon l’angle. Le ferrotype a un support de fer : il est attiré par un aimant, et l’ICC indique que cela sert à identifier le support. Approchez l’aimant, ne le posez pas sur l’image.

L’ambrotype est un collodion sur verre posé sur un fond noir : l’image est en réalité un négatif, et c’est ce fond qui la fait voir comme un positif ; s’il se craquelle ou se détache, l’image redevient un négatif. Nous ne donnons volontairement aucune date d’emploi pour ces procédés : les sources institutionnelles lues n’en fournissent pas.

Les tirages sur papier et ce que leur altération raconte

Le Preservation Self-Assessment Program de l’Université de l’Illinois décrit le tirage albuminé comme un tirage à deux couches, papier et liant d’albumine, au ton brun violacé : il jaunit, prend des taches dans les hautes lumières et montre un réseau de craquelures dans les noirs. Le tirage argentique à la gélatine en compte trois — papier, baryte ou résine, gélatine —, s’efface d’abord dans les clairs et gondole sous une humidité fluctuante.

Le tirage couleur chromogène ajoute trois couches de colorants, jaune, magenta et cyan ; le PSAP le dit extrêmement sensible à la lumière et à l’humidité. Voici le fait qui éclaire tout : quand un tirage couleur « jaunit », il n’a pas pris du jaune, il a perdu son magenta. La couleur ne se salit pas, elle se soustrait. Les taches rousses dispersées relèvent, elles, d’un autre dossier : voyez les rousseurs du papier ancien.

Le miroir d’argent dessine l’emplacement de la pochette

L’AIC, dans le wiki de son groupe consacré aux matériaux photographiques, décrit le miroir d’argent comme une altération physique de la surface colloïdale due au vieillissement : un dépôt bleuté métallique, parfois irisé. Le point décisif est ailleurs : il apparaît le long des bords des plaques ou des coutures des enveloppes de rangement, puis progresse vers le centre, et correspond parfois aux zones encollées au dos. L’altération raconte donc le rangement : le tirage porte au recto le dessin de la pochette où il a dormi.

L’AIC cite parmi les facteurs l’acidité, l’humidité, le gonflement du liant, les gaz oxydants et le contact de l’émulsion avec des matériaux de mauvaise qualité. La NEDCC en ajoute un que chacun peut éviter : les corps gras des empreintes digitales provoquent des dommages chimiques comme le blanchiment ou le miroir d’argent. L’empreinte n’apparaîtra pas tout de suite ; elle apparaîtra. Peut-on l’enlever ? La page de l’AIC, écrite pour des professionnels, porte un avertissement en capitales : les procédures décrites peuvent entraîner des dommages étendus et une perte complète. Nous n’en donnons aucune.

Un tirage couleur pâlit aussi dans le noir

C’est le fait qui ruine la solution que tout le monde imagine. L’Institut canadien de conservation écrit que les colorants des photographies couleur semblent être les seuls matériaux de l’art visuel à pâlir sensiblement dans l’obscurité. Le tiroir ne sauve pas un tirage couleur : il le ralentit. Pour les tirages anciens de valeur, l’ICC recommande de rester sous 50 lux et de limiter l’exposition à six ou huit semaines ; 300 lux pour les tirages postérieurs à 1985, par périodes de même durée. Six à huit semaines, pas six à huit ans.

L’ICC ajoute que la conservation au froid est la mesure la plus efficace pour de grandes collections, et la NEDCC la recommande pour des matériaux particulièrement vulnérables, avec une acclimatation d’une nuit en contenant scellé. Il s’agit d’un stockage maîtrisé et emballé, en cadre institutionnel : ce n’est pas une invitation à mettre ses photographies au congélateur, la NEDCC excluant au contraire formellement les photographies de la congélation de sauvetage après un dégât des eaux.

Pochettes et albums : ce qui colle, ce qui protège

Deux objets détruisent des photographies dans presque toutes les maisons. La pochette de plastique souple en PVC d’abord : la Library of Congress écrit qu’il ne faut jamais employer de conditionnement en papier de bois non traité, en glassine ou en PVC. L’album à pages autocollantes sous film ensuite : la NEDCC écrit que ces pages, souvent très acides, peuvent se lier définitivement à la photographie. Nous ne dirons pas comment en décoller un tirage : aucune source ne le décrit.

ConditionnementVerdict des institutions
PVC, glassine, papier de bois non traité, papier coloréExclu (Library of Congress, NEDCC)
Album à pages autocollantes sous filmExclu — adhérence définitive (NEDCC)
Polyester, polyéthylène, polypropylène, polystyrèneAdmis ; le polyester est le plus inerte (LoC, NEDCC)
Pochette transparente en lieu humideRisque de ferrotypage (NEDCC)
Trombone, agrafe, pliage, montage à secExclu (ICC)

Le choix entre papier et plastique est un arbitrage : le papier est opaque et inscriptible, le plastique laisse voir la pièce sans la sortir. Mais en atmosphère humide, le plastique expose au ferrotypage : la gélatine gonflée devient collante, adhère à la surface lisse et en prend le poli en séchant. La plaque brillante qu’on découvre alors n’est pas une rayure, c’est une empreinte. Il existe enfin un critère vérifiable : le Photographic Activity Test, qui, explique la NEDCC, détecte l’affadissement de l’image et les réactions de tache avec la gélatine. Demander si une pochette l’a passé vaut mieux que de se fier au mot « archival ».

Manipuler et encadrer

La Library of Congress demande des mains fraîchement lavées ou des gants de coton propres et non pelucheux, d’éviter de toucher la surface et d’employer un support auxiliaire ; l’ICC prévient que la surface non protégée d’un daguerréotype est sensible au moindre contact. Les gants ne sont donc pas un absolu : des mains propres et un support suffisent souvent, à condition de ne jamais poser un doigt sur l’image.

Pour l’encadrement, l’ICC préconise de soutenir les tirages par des charnières sur un carton de qualité muséale, sous un passe-partout à fenêtre qui fait espaceur et empêche la surface de toucher le verre ; il déconseille le montage à sec, irréversible. Le reste est traité dans notre article sur la conservation d’une œuvre sur papier encadrée. Si vous faites encadrer, l’interlocuteur est l’artisan d’art encadreur, dont le métier et la formation disent ce qu’il sait poser et déposer.

Le daguerréotype ne se nettoie jamais soi-même

L’Institut canadien de conservation est catégorique : au-delà du retrait des poussières non adhérentes, aucune méthode de nettoyage ne peut être recommandée en sécurité, et les autres opérations sont limitées aux composants qui ne sont pas l’image — étui, passe, verre, cadre. On nettoie la boîte, on ne nettoie pas la photographie. La raison tient à l’objet : il n’y a pas de liant, l’image est la surface, et un chiffon ne passe pas dessus, il passe dedans.

La question n’est pas davantage tranchée chez les professionnels. Dans Topics in Photographic Preservation (volume 14, 2011, groupe des matériaux photographiques de l’AIC), un réexamen du nettoyage électrochimique conclut qu’un travail supplémentaire reste nécessaire pour savoir si la méthode peut être employée de façon responsable. Ce n’est pas un problème impossible, c’est un problème non résolu. L’ouverture du boîtier n’est décrite par aucune de nos sources : nous n’en dirons rien.

Numériser n’est pas conserver

La NEDCC recommande de fournir, chaque fois que possible, des reproductions plutôt que les originaux — ce qui supprime la principale cause de dégradation des photographies de famille. Mais elle écrit aussi que la numérisation n’est pas de la préservation : c’est un moyen de copier. Le fichier devient à son tour une ressource à gérer. Nous ne donnons ni résolution, ni format, ni matériel : aucune source n’en indique.

Deux réserves de méthode, enfin. Nous n’attribuons rien à l’Image Permanence Institute : aucune de ses pages n’a été lue pour cet article. Et l’Institut canadien de conservation range les photographies instantanées Polaroid parmi les procédés à diffusion-transfert de colorants sans leur consacrer de consigne : nous n’en inventerons aucune. Pour le tri entre ce qui se fait soi-même et ce qui se confie, voyez papier et livre, soi-même ou confié et notre guide d’entretien et de restauration.

Questions fréquentes

Comment savoir si ma photo sous verre est un daguerréotype ?

Inclinez-la : l’Institut canadien de conservation indique que, dans certaines positions, le daguerréotype apparaît en négatif — le seul des trois procédés sous verre à basculer ainsi. Un aimant approché du support dira, lui, si vous avez un ferrotype. L’ambrotype ne répond ni à l’un ni à l’autre.

Mes photos couleur sont rangées à l’abri : sont-elles en sécurité ?

Pas totalement. L’Institut canadien de conservation écrit que les colorants des photographies couleur semblent être les seuls matériaux de l’art visuel à pâlir sensiblement dans le noir : l’obscurité ralentit le phénomène, elle ne l’arrête pas. Ce que vous maîtrisez, c’est le conditionnement et la stabilité du lieu.

Ces reflets bleutés sur les bords d’un vieux tirage, est-ce grave ?

C’est probablement un miroir d’argent : l’AIC le décrit comme un dépôt bleuté métallique qui commence aux bords et le long des coutures des enveloppes, puis progresse vers le centre. Ce n’est pas une saleté et cela ne s’essuie pas ; l’AIC met en garde les restaurateurs eux-mêmes contre les traitements proposés.

Quelle température et quelle humidité pour mes photographies ?

Il n’y a pas de chiffre unique. La Library of Congress et la NEDCC situent une collection mixte entre 30 et 50 % d’humidité relative, avec des variations inférieures à 5 % par jour ; l’Institut canadien de conservation juge 30 à 35 % optimal pour les tirages noir et blanc et descend à 25 ± 5 % pour la couleur. Les valeurs diffèrent parce que les matériaux diffèrent. Ce que toutes répètent, c’est la stabilité : l’amplitude des variations, plus que la moyenne, disqualifie le grenier et la cave. Sur les métiers du papier et de l’image, voyez papier, graphisme et impression et l’artisan d’art en impression.

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