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Site internet d’artisan : ce qu’il règle vraiment (et ce que la loi impose)

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Sommaire

Un site internet d’artisan ne se décide pas à partir d’une liste de fonctionnalités, mais à partir du problème que l’on cherche à régler. Cet article reprend les phrases que l’on entend le plus souvent dans un atelier — on ne me trouve pas, on me contacte pour n’importe quoi, je répète les mêmes réponses au téléphone, je n’ose pas afficher mes prix, je n’ai pas le temps — et dit pour chacune ce qu’un site règle et ce qu’il ne réglera jamais. Il traite ensuite ce que la loi impose et que presque aucun site d’atelier ne comporte. Pour la méthode de fabrication plutôt que la décision, voir notre article sur la création d’un site web d’artisan.

Un préalable, et c’est la seule donnée d’enquête de cet article. L’étude Ipsos pour l’Institut pour les Savoir-Faire Français, phase quantitative du 6 au 17 novembre 2025 auprès de 5 000 Français de 14 ans et plus, établit que 97 % des personnes interrogées ont une bonne image des métiers d’art mais que 65 % déclarent mal les connaître. Elle ne porte pas sur les comportements d’achat, et elle le précise. Elle établit donc une seule chose : votre visiteur vous estime a priori, et ne sait pas ce que vous faites.

« On ne me trouve pas »

Un site ne vous rend pas visible. Il vous rend trouvable, ce qui est différent : il donne à une personne, et accessoirement à un moteur, quelque chose à trouver. Tant qu’il n’existe nulle part une page disant en toutes lettres ce que vous faites, sur quels matériaux et dans quel périmètre, rien ne peut vous rattacher à une demande. C’est nécessaire ; ce n’est pas suffisant.

Pour une recherche de proximité, le site n’est d’ailleurs pas seul en cause. Les règles d’éligibilité publiées par Google pour la présentation d’une entreprise — consultées le 16 septembre 2026, et susceptibles d’évoluer — demandent une adresse réelle, le nom réel de l’entreprise sans mot-clé ajouté, des horaires où l’on est effectivement joignable, une catégorie précise, et une zone de service n’excédant pas environ deux heures de trajet. Elles ne demandent aucune astuce : elles demandent l’exactitude, et que ces informations soient celles de vos mentions légales.

Ce qu’un site ne fera pas, en revanche, c’est vous placer devant quelqu’un d’autre. Nous ne publions ici aucune promesse de position ni aucun conseil chiffré : rien de tel n’est vérifiable. La mécanique est détaillée dans nos pages sur le référencement local et sur le référencement pour les artisans.

« On me contacte pour des demandes qui ne m’intéressent pas »

Celui-là, un site le règle vraiment. Une demande non pertinente vient presque toujours d’une page qui dit ce que l’atelier fait sans jamais dire ce qu’il ne fait pas : le visiteur n’a aucun moyen de s’éliminer lui-même, et c’est vous qui payez le tri, en appels et en devis inutiles. Écrire les matières que vous travaillez et celles que vous refusez, si vous acceptez les petites réparations, si vous vous déplacez et jusqu’où, fait plus que n’importe quel formulaire.

Ce que vous montrez trie autant que ce que vous écrivez, et cela dépend du métier. Un céramiste vend des pièces qui existent : dimensions, contenance, contact alimentaire — voir ce qu’un céramiste a intérêt à montrer. Un ébéniste vend le plus souvent ce qui n’existe pas encore : le visiteur doit déduire, d’objets qu’il n’achètera pas, que son problème est soluble par cet atelier — voir comment un ébéniste présente ses réalisations.

« Je répète les mêmes réponses au téléphone »

Un site règle cela, à une condition rarement remplie : que les réponses écrites soient celles qu’on vous demande réellement, et non celles que vous imaginez. La méthode est ingrate et c’est la seule qui marche : noter pendant quelques semaines les questions posées au téléphone, mot pour mot, et écrire celles-là. Ce qui manque sur un site d’atelier ne manque pas parce que l’artisan l’ignore, mais parce que cela lui paraît évident.

Ce qu’il ne règle pas : le premier échange d’une commande sur mesure. Un relevé de cotes, un diagnostic, un compromis entre ce que le client veut et ce que la matière permet ne se dématérialisent pas. Le site fait gagner le début d’un appel ; il ne fait pas gagner l’appel.

« Je n’ose pas montrer mes prix »

Deux questions que l’on confond toujours : afficher des prix sur son site est, dans le cas général, un choix commercial ; donner au client l’information sur le prix avant qu’il s’engage est une obligation. La seconde ne se discute pas, quel que soit votre choix sur la première.

Il existe par ailleurs un régime particulier à connaître. L’arrêté du 24 janvier 2017 relatif à la publicité des prix des prestations de dépannage, de réparation et d’entretien dans le bâtiment et l’équipement de la maison, en vigueur depuis le 1er avril 2017, impose aux activités qu’il vise de publier le barème de leurs principales prestations sur leur site et de remettre un devis détaillé avant la conclusion du contrat, l’ancien seuil de 150 € ayant été supprimé. Nous le tenons de deux sources concordantes consultées le 22 septembre 2026 : une fiche de l’Institut national de la consommation et une circulaire de la CAPEB.

Nous ne pouvons pas dire de manière sourcée si votre atelier entre dans ce champ : la liste que reproduit la circulaire comprend nommément la menuiserie, l’ébénisterie et le mobilier n’y figurent pas, et nous n’avons pas lu l’arrêté sur Légifrance. La DGCCRF ou votre chambre de métiers peuvent trancher, et cela vaut un appel avant de construire une page tarifs. Sur la dépense, voir notre page sur le budget d’un site vitrine.

« J’ai déjà une page sur un réseau social »

Pour montrer un travail en cours, cela suffit souvent. Pour être identifié comme une entreprise, non, et la raison est juridique avant d’être stratégique : les mentions d’identification exigées de tout professionnel qui édite un site ne trouvent pas leur place sur un profil dont vous ne maîtrisez ni la structure ni les pages. Une boutique qui doit ouvrir un compte fournisseur a besoin de votre raison sociale, de votre adresse et de votre immatriculation avant même de vous répondre.

Seconde raison : sur un réseau, vous louez l’audience, vous ne la possédez pas. Le classement, le format et la durée de vie de vos publications sont décidés ailleurs. Les réseaux ne sont pas inutiles — ils sont un excellent atelier ouvert — mais ils ne constituent pas une adresse. Voir notre article sur la visibilité en ligne d’un artisan d’art et celui sur l’identité visuelle d’un atelier.

Ce qui est obligatoire, et que presque personne ne met

Les mentions légales, y compris sur un site qui ne vend rien

L’obligation vient de l’article 6 de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique. Elle ne dépend pas de la présence d’une boutique : un site purement vitrine y est soumis, ce que beaucoup d’ateliers ignorent. La fiche de Service Public Entreprendre consacrée au site d’un entrepreneur individuel, consultée le 22 septembre 2026, énumère : nom, prénom et adresse avec la mention « entrepreneur individuel » ou « EI » ; immatriculation ; adresse électronique et téléphone ; TVA le cas échéant ; identité de l’hébergeur. Elle indique une sanction d’un an d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende ; ce montant est celui de la fiche, nous ne l’avons pas vérifié dans le code.

Le médiateur de la consommation, qui vise le site nommément

C’est la plus méconnue, et elle est ancienne. Le portail de la médiation de la consommation du ministère de l’Économie, consulté le 22 septembre 2026, écrit que « depuis le 1er janvier 2016, vous devez, en tant que professionnel, permettre à tout consommateur/client l’accès à un dispositif de médiation ». Il faut en communiquer les coordonnées en trois endroits : « sur votre site internet, si vous disposez d’un tel support », sur les conditions de vente ou de service, et sur les bons de commande. Un simple site vitrine assorti d’un devis suffit donc à déclencher cette obligation. La page n’indique aucune sanction ; nous rapportons la règle d’après elle, et non d’après le code, que nous n’avons pas pu consulter.

Conditions de vente : lesquelles, selon ce que vous vendez

La même fiche distingue deux cas. Pour une vente à des particuliers, les conditions générales de vente doivent être affichées : caractéristiques essentielles, prix TTC, frais et délais de livraison, paiement, droit de rétractation, garanties légales, règlement des litiges ; sanction indiquée, 3 000 € d’amende. Pour une vente à des professionnels, elles sont communiquées sur demande. La conséquence est souvent mal tirée : un atelier qui travaille sur devis sans vendre en ligne n’a pas besoin de conditions de boutique, mais de conditions de prestation adossées à son devis. Si vous vendez en ligne, voir notre article sur l’intégration d’une boutique.

Le formulaire de contact est un traitement de données

C’est le seul endroit d’un site vitrine où une donnée personnelle est collectée, et le point d’entrée de toute la demande. La fiche publiée par la CNIL et Bpifrance, Sachez que faire quand votre entreprise communique et/ou vend en ligne, datée d’avril 2018, demande des mentions d’information sous le formulaire, la sécurisation des données — notamment par le HTTPS, et sans transmettre de données personnelles par courriel —, une politique de confidentialité accessible, et un moyen simple d’accès, de rectification et de suppression. Cette fiche date de 2018 et les recommandations de la CNIL sur les traceurs ont évolué : vérifiez leur état avant de paramétrer un bandeau de cookies.

Ce qui est dûQui est concernéOù cela se metD’après
Mentions d’identification (dont « EI », immatriculation, hébergeur)Tout site professionnel, même sans ventePage dédiée, accessible de partoutArticle 6 de la LCEN ; Service Public Entreprendre
Coordonnées du médiateur et adresse de son siteTout professionnel vendant à des consommateursSite, conditions de vente ou de service, bons de commandeeconomie.gouv.fr
Conditions générales de vente affichéesVente en ligne à des particuliersPage dédiée ou tunnel de commandeService Public Entreprendre
Conditions communiquées sur demandeVente à des professionnelsDocument remis sur demandeService Public Entreprendre
Information sur les données du formulaireTout site comportant un formulaireSous le formulaire, et politique de confidentialitéCNIL / Bpifrance, avril 2018
Barème des principales prestationsActivités visées par l’arrêté du 24 janvier 2017 — champ à vérifierSite internet du professionnelINC ; circulaire CAPEB

Le devis signé chez le client : ce que le site doit avoir dit avant

Ce point concerne tous les métiers qui se déplacent : relevé de cotes, dépose, pose, diagnostic au domicile. Selon la fiche de l’Institut national de la consommation sur la vente hors établissement, consultée le 22 septembre 2026, un contrat conclu en présence simultanée des parties dans un lieu qui n’est pas celui où le professionnel exerce habituellement est un contrat hors établissement — et cette qualification s’applique même lorsque c’est le client qui a demandé la visite.

Trois conséquences, que la même fiche énonce. Le contrat doit être écrit et signé, assorti d’un formulaire de rétractation détachable. Le client dispose de quatorze jours pour se rétracter. Et le professionnel ne peut percevoir aucun paiement, sous quelque forme que ce soit, pendant les sept jours suivant la signature, sauf exceptions étroites dont les réparations urgentes expressément demandées. Un atelier qui repart du salon d’un client avec un acompte encaissé le jour même est donc en dehors des clous.

L’information précontractuelle due dans ce régime porte notamment sur l’identité, les caractéristiques de la prestation, le prix, les délais et les coordonnées du médiateur : exactement ce qu’un site peut porter à l’avance. La fiche cite aussi, parmi les exclusions du droit de rétractation, les biens confectionnés selon les spécifications du consommateur ; elle ne permet pas d’en conclure qu’un meuble de catalogue fabriqué après commande y entre, ce serait une interprétation. Nous ne citons ici aucun numéro d’article du Code de la consommation : la fiche nous a été restituée en partie en anglais.

« Je n’ai pas le temps » : faire soi-même, faire faire, ou ne rien faire

C’est la seule objection à laquelle un site ne répond pas du tout, et il faut le dire franchement. Un site demande du temps à la fabrication, et surtout après : ce qui le rend utile, ce sont des informations à jour, et elles ne se mettent pas à jour seules.

DécisionCe qu’elle demande réellementQuand elle est la bonneLe risque qu’elle porte
Faire soi-mêmeDu temps d’écriture, pas du temps technique : l’essentiel est de décider ce que vous ditesOffre stable, envie d’écrire, besoin de garder la mainUn site commencé et jamais fini, qui date visiblement
Faire faireUn cahier des charges, des textes fournis par vous, un accord écrit sur la propriété des accès, du nom de domaine et des contenusOffre complexe, obligations à mettre en place, temps d’atelier trop précieuxDépendance : un site que l’on ne peut plus modifier ni emporter
Ne rien faire pour l’instantUne fiche locale exacte et des mentions d’identification disponibles quelque partCarnet plein, activité en cours de définition, changement de cap prévuRester invisible pour un prescripteur qui doit vous identifier

La troisième ligne mérite d’être prise au sérieux. Un atelier dont le carnet est plein, ou dont l’offre est en train de changer, n’a pas de raison impérieuse de fabriquer maintenant un site qu’il faudra refaire ; ce qu’il a intérêt à faire tout de suite est bref, et le reste peut attendre. La contrepartie argumentée est dans notre page sur les avantages d’un site vitrine, et l’accompagnement que nous proposons sur la page votre site vitrine artisan.

Questions fréquentes

Un site vitrine sans boutique doit-il vraiment avoir des mentions légales ?

Oui. L’obligation découle de l’article 6 de la loi pour la confiance dans l’économie numérique du 21 juin 2004, et elle porte sur l’édition d’un site accessible au public, pas sur la vente : l’absence de panier n’y change rien. La liste est courte. C’est la page la plus rapide à écrire de tout le site, et c’est aussi celle qui manque le plus souvent.

Je ne vends qu’au coup par coup, sur devis : le médiateur me concerne-t-il ?

Si votre client est un consommateur, oui. La page du ministère de l’Économie ne pose aucune condition tenant au volume, au canal de vente ou à l’existence d’une boutique : elle demande de permettre l’accès à un dispositif de médiation et d’en communiquer les coordonnées sur le site, sur les conditions de vente ou de service et sur les bons de commande. Cela suppose d’y avoir adhéré au préalable ; votre chambre de métiers est le bon interlocuteur pour savoir de quel médiateur vous relevez.

Mon client a signé le devis chez lui : puis-je encaisser l’acompte ?

Pas ce jour-là. Selon la fiche de l’Institut national de la consommation sur la vente hors établissement, un contrat signé au domicile du client relève de ce régime même si c’est lui qui a sollicité la visite, et le professionnel ne peut recevoir aucun paiement pendant les sept jours suivant la signature, sauf exceptions étroites dont les réparations urgentes expressément demandées. S’y ajoutent quatorze jours de rétractation et un contrat écrit avec formulaire détachable. C’est une contrainte de trésorerie réelle : elle se prépare.

Un site me garantit-il plus de clients ?

Non, et personne ne peut l’affirmer honnêtement. Nous n’avons trouvé aucune étude mesurant ce qui déclenche une prise de contact depuis le site d’un artisan d’art, et nous préférons l’écrire plutôt que combler ce vide par un chiffre. Ce qu’un site fait est plus modeste et plus sûr : il rend votre activité identifiable, il trie les demandes, il évite de répéter, et il porte les informations que la loi vous impose de donner.

Comment vendre ses créations d’artisanat d’art en ligne ?

Utilisez une boutique personnelle, des plateformes spécialisées (Etsy, Artmajeur, artisandart.fr), et optimisez votre présence sur les réseaux sociaux pour toucher un public large et ciblé.

Quelles plateformes spécialisées dans l’artisanat d’art existent en France ?

Empreintes est le concept store et la boutique en ligne d’Ateliers d’Art de France, rue de Picardie à Paris — un lieu de vente, plus qu’une place de marché ouverte. Etsy est très utilisé en France, mais c’est une plateforme américaine, avec les commissions et les règles qui vont avec. Artisandart.fr référence les ateliers et leurs créations.Un conseil qui vaut pour toutes : une place de marché vous loue une visibilité, elle ne vous la donne pas. Votre propre boutique reste le seul canal sans commission, où vous gardez la relation client et l’adresse e-mail de l’acheteur.

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